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Culture

Monsieur le Président

Monsieur le Président

(1ère. Partie)

            Récompensé voilà plus d’un demi-siècle par le prestigieux prix Nobel de Littérature, l’auteur de  Monsieur le Président, Miguel Angel Asturias, a livré, entre autres, un roman d’une grande facture qui, traduit de l’espagnol par Georges Pillement et Dorita Nouhaud, et publié par les Editions Albin Michel, s’annonce comme la ‘’peinture d’une dictature en Amérique centrale, celle du sinistre et solitaire Estrada Cabrera, du Guatemala, au début du XXe siècle, quant à la façon dont celui-ci « exerce son autorité », enfermé dans son palais, visible seulement de ses intimes,  dévoré par la passion du Pouvoir, affectueux avec ses familiers, mais hypocrite et prêt à  les perdre au premier soupçon’’ ou quand ils lui avaient fait un désagréable ombrage, et la première chose qu’on peut dire à propos est irrévocable, parce que ce qui sera salué ici, c’est son triple triomphe dans la narrativité, le langage et la créativité. D’un côté, Angel Asturias est un maître du langage d’une telle habileté que le même Georges Pillement, dans l’introduction qu’il a consacrée au roman, se démarquant de son métier de traducteur expert, s’il ne veut renoncer à l’éthique, se découvre face à la grande facture de Monsieur le Président, le qualifiant sans réserve comme un des « chefs-d’œuvre » de la littérature contemporaine. D’un autre côté, l’écrivain guatémaltèque démontre une fois de plus que, dans ce roman, il faut le souligner, insinue aussi une autre intention thématique, celle de l’histoire d’un amour « romantique », parce que né du premier regard et pour toujours « maléfique » dans un pays où chacun vit sous la menace, obligé de choisir entre la mort et la compromission (crime, malversation, délation), non seulement il sait raconter les histoires, mais aussi créer l’émotion, authentique, évoquer les personnages, les placer et déplacer avec une virtuosité telle, en dépit de leur grand nombre,  ce qui n’est pas un moindre mérite dans un domaine  dans lequel on se retrouve tant de fois face à des romans dont on pourrait faire abstraction parce qu’ils découvrent le déjà connu et, par conséquent, cheminent ou nous font cheminer par des sentiers déjà tracés et des aventures dont on devine la fin.

Le noyau argumentaire du roman peut se résumer en peu de mots : Monsieur le Président constitutionnel de la République, qui avait la mort comme meilleur allié, pour l’avoir révélé lui-même, n’admet pas qu’on lui porte ombrage. Ainsi le Général Eusebio Canales, homme de valeur et prônant la Révolution, accusé injustement de meurtre par celui-ci, courait-il sans doute à sa perte, lorsque dans un discours il avait affirmé, en se désignant, que le Général est le « Prince » de la Milice.

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