Pablo Neruda: entre l'enthousiasme poétique et la geste historique de 1939
Pablo Neruda, Prix Nobel de littérature, sans doute le poète, à côté de Gabriela Mistral, entre autres, à avoir donné ses lettres de noblesse au Chili, est un nom très respecté dans le milieu national et international; sa poésie épique, lyrique et anti-impérialiste et sa combativité sont reconnues dans tous les milieux. Toute nouvelle contribution à la biographie du grand Pablo Neruda doit paraître séparée d'une œuvre de fiction où les clés pour comprendre le monde de la presque moitié du XXe siècle s'imposent comme pivot central d'une action qui atteint un dramatisme, encore plus grave quand elle n'est pas traitée comme outillage philanthropique.
Justement, l'évolution idéologique de Pablo Neruda, l'homme adroit dont la poésie, selon l'expression de l'écrivain catalan Benguerel, aide à «estimer un pays», est une des grandes disjonctives qui se présentent au moment d'étudier sa vie. La construction du mythe d'un Neruda poète sans la mission révolutionnaire ou l'engagement humanitaire ne cadre pas trop bien avec le personnage qui, après un poste de consul à Buenos Aires en 1933, et à Barcelone en 1934, destitué, puis se fit nommer par le professeur radical chilien Pedro Aguirre Cerda, consul, à cette même ville en 1938, avec siège à Paris où il fut chargé de l'émigration espagnole; un mythe dont la construction n'y alla pas sans de sérieux contretemps ou même des accusations au poète-diplomate à cause de ses idées révolutionnaires. Là, Neruda, un des chantres les plus inspirés par la quotidienneté des plus faibles, se manifesta véritablement en posant une action d'amour de grande envergure à l'endroit du peuple espagnol au sein duquel il comptait de nombreux amis.
La guerre civile espagnole (1936-1939) terminant mal et les héroïques combattants qui se réfugient en France (240.000?) n'ayant pas été bien traités par le gouvernement français qui, au dire de certains écrivains, cède aux pressions réactionnaires, Neruda posa une action décisive. Il s'agissait d'une œuvre à caractère philanthropique empreinte d'humanisme grâce aux efforts de sauvetage à partir du sol français de plus de deux milliers d'Espagnols à bord d'un bateau dont il a dit dans un de ses livres de mémoire: «Ce qui est certain c'est que jamais ce bateau transporta plus de soixante-dix ou quatre-vingts personnes à bord». À bord du légendaire Winnipeg, il réussit à faire embarquer, pour les mettre à l'abri sur sa terre natale, non compris les 150 membres de l'équipage, soit plus de 2.350 réfugiés tirés des camps de concentration et universités français, gagnant l'admiration et la reconnaissance même de ceux qui ne professaient pas la même idéologie que lui.
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