MIAMI — Par une matinée moite, dans le palais de justice fédéral de North Miami Avenue, un ancien soldat colombien est monté à la barre et a décrit, du ton neutre d'un homme rendant compte d'un travail, comment un contrat de sécurité qu'il croyait avoir signé en Floride s'était mué, quelque part au-dessus de la Caraïbe, en l'assassinat d'un chef d'État.
Près de cinq ans après que le président Jovenel Moïse a été abattu dans sa chambre, sur les hauteurs de Pétion-Ville — son épouse, Martine, grièvement blessée à ses côtés —, le règlement de comptes judiciaire le plus considérable à ce jour autour de son meurtre se déroule à plus de 1 100 kilomètres de la scène du crime. Le procès, désormais en cours dans le district sud de la Floride, ne se tient pas en Haïti. Il ne le pouvait pas. Le système judiciaire haïtien, laminé par l'emprise des gangs et l'effondrement de l'autorité de l'État, n'a pas été en mesure de mener cette affaire à une conclusion crédible. Et c'est ainsi que l'histoire de la mort d'un président haïtien se raconte, fragment par fragment, dans un tribunal américain.
Ce qui ressort des témoignages n'est pas le portrait d'un raid de commando incontrôlé, mais celui d'une entreprise transnationale — financée, recrutée et orchestrée pour l'essentiel sur le sol américain — qui a circulé le long des couloirs bien rodés reliant l'économie diasporique du sud de la Floride au vide politique de Port-au-Prince.
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