La bestialisation
Si l’on veut comprendre à quoi ressemble l’Haïtien en 2022, il faut aller l’observer dans les pompes à essence: en sueurs, essoufflé, menaçant parfois, se débattant comme si sa vie en dépendait. Il s’agite telles ces bêtes mises en cage, que l’on affame et à qui on lance quelques grains de subsistance pour qu’elles ne meurent pas de faim, mais qu’il faut maintenir dans la privation, sorte d’expérience sordide visant à déterminer leur réaction face aux grains qu’on leur lance occasionnellement.
C’est une image effrayante et avilissante de l’homme réduit à la déshumanisation donc à la bestialité. Ce processus dure depuis quelque temps. Il est nourri par un petit groupe d’individus qui ne sont eux-memes plus humains. Mais ils vont forcer sur la corde jusqu’à la rompre parce qu’ils n’ont aucun sens de la mesure, parce qu’ils ne peuvent comprendre à quel point l’Haïtien souffre, parce qu’ils sont immunisés de la souffrance humaine, parce qu’ils ne sont pas capables d’humanité.
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