Le récit d’une candidature ratée avant même l’inscription
En Haïti, la politique a parfois le don de surgir là où on l’attend le moins: au détour d’un appel téléphonique, dans l’enthousiasme soudain d’amis bien intentionnés, ou encore dans la ferveur d’un groupe de citoyens prêts à vous confier le destin de toute une nation, sans toujours disposer des moyens de vous inscrire sur une liste électorale. Entre l’appel au devoir patriotique, les promesses de grandeur publique et les réalités beaucoup moins glorieuses du financement politique, voici le récit d’une vocation ministérielle et électorale aussi inattendue que délicieusement absurde.
Cette semaine, un ami resté en Haïti m’a appelé avec le sérieux solennel des grandes heures de la politique nationale. Il voulait me parler d’un sujet capital : mon entrée éventuelle dans l’équipe gouvernementale. Il faut contribuer à quelque chose, m’a-t-il lancé, comme si le pays attendait depuis longtemps que je sorte enfin de ma discrète neutralité pour sauver la République. Je lui ai répondu, sans détour : Non, merci. Je ne suis pas intéressé.
Mais mon interlocuteur n’était pas du genre à se laisser décourager par un simple refus. Il s’est mis à détailler mes qualités : figure intellectuelle, homme de réflexion, citoyen utile, compétence rare, patriote disponible pour ne pas dire en réserve de la République. J’ai répété : Non. Catégoriquement non. Actuellement, je ne suis intéressé.
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