Haïti face à l’exercice fiscal 2026-2027 : une économie sous pression et des perspectives incertaines
L’ouverture de l’exercice fiscal 2026-2027 intervient dans un contexte marqué par la persistance de la crise économique, sociale, humanitaire et sécuritaire. L’économie haïtienne demeure soumise à une combinaison de contraintes internes et externes qui affectent simultanément la production, les échanges, l’investissement, les finances publiques et les conditions de vie des ménages. Le Fonds monétaire international souligne que l’insécurité continue de peser sur l’activité économique et sur la fourniture des services de base, tandis que la transition politique demeure fragile (FMI, 2026a, 2026b). Selon le FMI, le produit intérieur brut réel devrait enregistrer en 2026 une huitième année consécutive de contraction, après une baisse de 2,7 % en 2025. La CEPALC, pour sa part, projette une croissance moyenne de 2,2 % pour l’Amérique latine et les Caraïbes en 2026 et identifie Haïti parmi les économies de la sous-région confrontées à une contraction de leur activité (CEPAL, 2026). Ces données montrent que la situation haïtienne ne correspond plus à un simple ralentissement temporaire : elle traduit une faiblesse prolongée de la capacité productive et de la demande intérieure, dans un environnement où les chocs sécuritaires, politiques, climatiques et externes se superposent.
Cette contraction affecte directement les principaux secteurs de l’économie. Les données de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique montrent que l’activité économique demeure particulièrement exposée dans les branches dépendantes de la mobilité, de l’approvisionnement et de la demande intérieure, notamment l’agriculture, la construction, le commerce et les activités liées aux services (IHSI, 2026a, 2026b). Les perturbations de la circulation et des circuits d’approvisionnement augmentent les coûts de transaction, réduisent les possibilités de commercialisation et limitent les débouchés des producteurs. La contraction de ces secteurs ne se résume donc pas à une diminution du produit intérieur brut : elle affecte également les revenus des ménages, les possibilités d’emploi et, indirectement, les recettes susceptibles d’être mobilisées par l’État. Cette relation entre activité économique et conditions de sécurité est également soulignée par la BRH, qui considère la persistance de la crise sociopolitique et les déplacements de population comme des facteurs qui continuent de fragiliser l’appareil productif (BRH, 2026a).
L’évolution des prix apporte toutefois un élément de stabilisation relative. Selon l’IHSI, l’inflation annuelle est passée de 32,2 % en octobre 2025 à 17,0 % en août 2026 (IHSI, 2026c). Cette décélération constitue une amélioration du point de vue de la stabilité des prix, mais elle ne signifie pas une diminution du coût de la vie. En août 2026, les prix du riz progressaient encore de 20,5 % sur un an, ceux des viandes de 24,6 % et ceux des pois de 20,5 % (IHSI, 2026c). La désinflation doit donc être distinguée d’une baisse générale des prix : les ménages continuent de supporter le niveau élevé atteint par les prix au cours des années précédentes. Dans une économie où les revenus de nombreux ménages restent faibles ou irréguliers, cette situation continue d’exercer une pression importante sur le pouvoir d’achat et sur la consommation des biens essentiels.
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