Administration
Avec la décentralisation, n’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ?
Près de quarante ans après sa création, la décentralisation a du mal à prendre pied. Et si l’on réhabilitait ce qui fonctionnait dans le système des chefs de section, sans ses dérives répressives ? Pour y voir clair, il faut d’abord comprendre cette structure — et ce qui a fait son efficacité.
Issu du milieu paysan mais créé par l’État, le chef de section a longtemps été une figure clé du pouvoir en milieu rural haïtien. À la fois agent de l’État et acteur communautaire, il incarne la rencontre entre deux logiques décrites par J. Despeignes : la domination légale de l’État territorial, fondée sur la loi et l’administration et l’autorité coutumière de l’État segmentaire, enracinée dans les traditions et les usages ruraux.
Son rôle ambivalent — entre contrôle administratif, gestion des conflits et influence culturelle — a fait de lui un personnage emblématique de la politique haïtienne. Même après sa disparition officielle en 1987, remplacé par les collectivités territoriales, le chef de section demeure dans la mémoire collective une figure symbolique de la gouvernance rurale et le reflet de la persistance des structures traditionnelles.
Tirant son autorité de l’armée, le chef de section assurait la police des campagnes en raison de sa notoriété locale. Souvent héritier d’une fonction transmise de père en fils, il connaissait intimement les réseaux sociaux, culturels et religieux du monde paysan — hougans, cultivateurs, sociétés secrètes, chefs de rara, etc
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