Avoir sa peau dans le jeu : Enex Jean-Charles et la tragédie constitutionnelle haïtienne
La théorie du Skin in the Game, où le risque fonde la responsabilité
La notion de Skin in the Game, forgée et popularisée par Nassim Nicholas Taleb, repose sur un principe d’une simplicité presque brutale : nul ne devrait décider pour les autres sans être lui-même exposé aux conséquences réelles de ses décisions (Taleb, 2018). Avoir sa peau dans le jeu, c’est être comptable de ses actes jusqu’au bout, accepter que le risque ne soit pas transférable, que l’erreur ne puisse être déléguée aux anonymes, aux masses, à ce peuple abstrait qu’on évoque à la première tribune mais qu’on oublie à la première crise.
Taleb adopte une perspective similaire à celle d’Hannah Arendt, selon laquelle une véritable politique nécessite la présence de l’homme dans l’espace public en tant que sujet responsable, en capacité de rendre des comptes de ses actions devant autrui (Arendt, 1958). La faute politique, comme elle l’indique implicitement dans La condition de l’homme moderne, découle précisément du divorce entre l’action et la responsabilité, entre le pouvoir et la conscience morale de ses conséquences.
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