Haïti : de l’exclusion du droit à l’éducation à la pratique de charité,
Par Hancy PIERRE
L’esclave eut été interdit d’apprendre à lire et à écrire, dans la colonie de Saint Domingue. Ce fut une inquiétude que l’esclave possède ses aptitudes provoquant ainsi l’insurrection et la rébellion « (Ianni, 1976 :56). Cette interdiction s’étendait aussi au mulâtre car une ordonnance royale contenait dans un de ses articles une stipulation atroce : tout mulâtre esclave qui voudrait s’instruire serait puni de cent coups de fouet : tout mulâtre affranchi redeviendrait esclave » Fouchard,1988 : -61).
Des correctifs sont loin de redresser cette situation au fil des temps pour garantir le droit à l’éducation. L’occupation américaine ( 1915-1934) si elle avait prôné l’idée d’accès à “la civilisation”, l’offre d’éducation ne fut plutôt un leurre. Un parti pris a été institué par l’occupant pour la promotion de l’école des fermes inscrites dans le clivage école rurale- école urbaine. Ce qui a porté les paysans à payer la rançon de la domesticité de leurs enfants confiés aux familles bourgeoises en échange de promesse de l’instruction de ces enfants. Le nombre des enfants en domesticité fut alors très imposant.
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1 commentaire
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Donnky EMMANUEL, Mspm
A travers cet article, le Professeur Hancy Pierre présente un tableau dense et documenté de l’histoire de l’éducation en Haïti, depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, en insistant sur les exclusions, les inégalités structurelles et la privatisation progressive du social. Il a le mérite de rappeler que l’école haïtienne s’est construite dans une logique d’exclusion héritée de la colonie et aggravée par des choix politiques et des influences extérieures. Toutefois, on ne saurait réduire le débat actuel à ce constat historique sans mentionner les efforts en cours pour corriger cette trajectoire. L’auteur semble ignorer que, dans la conjoncture présente, le Ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, Augustin ANTOINE, a placé au cœur de son action la restauration de l’autorité de l’école. Cette initiative, qui se déploie malgré un contexte sécuritaire et socio-économique difficile, marque une rupture par rapport à la simple logique d’assistance ou de charité. Elle vise à redonner à l’école publique sa place de pilier central dans la reconstruction du pays. Il est vrai que les difficultés sont réelles et anciennes - « la réalité est telle quelle est, et cela depuis la nuit des temps », pourrait-on dire. Les inégalités, la dépendance à l’aide internationale, l’exclusion sociale et la fragilité institutionnelle ne disparaissent pas en un jour. Mais il importe de reconnaître et de valoriser les initiatives actuelles qui cherchent à renverser cette tendance. La restauration de l’autorité de l’école s’inscrit dans une démarche politique de long terme : redonner confiance aux familles, renforcer le rôle des enseignants, et replacer l’éducation au centre du projet de société. Ainsi, si l’analyse de M. Pierre éclaire utilement les racines historiques du problème, elle reste incomplète sans la prise en compte des efforts contemporains pour redonner sens et dignité à l’institution scolaire. C’est dans ce dialogue entre mémoire des difficultés et reconnaissance des initiatives présentes que pourra émerger une voie réaliste vers une école plus juste, plus forte et plus inclusive.