La mascarade continue !
Haïti, terre où le soleil martèle comme un tambour Asòtò, faisant vibrer la mer jusqu’à lui arracher des chants, et où l’Histoire, haletante, clame encore, tel un tonnerre, le nom de Jean-Jacques Dessalines. Inflexible justicier de la liberté, visionnaire à la flamme indomptable, forgea dans le feu de l’histoire une nation debout face aux empires. Ici, sur cette terre de révoltes éclatantes et de rêves en flammes, naissent des géants. Mais aussi, par quelque sortilège que seuls les loas oseraient expliquer, d’étranges créatures surgissent. Comme cette légion de “neuf nains politiques” qui trônent fièrement au Conseil présidentiel de transition (CPT), ultime gadget politique, de la dernière création de l’Ambassade américaine. Un club où l’on parle de transition comme d’autres parlent de régime minceur, sans jamais brûler un gramme de graisse.
Chez nous, l’ironie porte la couronne. Sous les cocotiers, voûtés par le poids des ans et des renoncements, les fils dénaturés ne sèment plus ni l’arachide ni la dignité, mais les combines. Le CPT, auberge de truands sous franchise diplomatique, exhibe la vitrine d’un marché noir politique. Dans cet espace, les coups de couteau ne viennent pas de la rue, mais de la table de réunion, servis avec sourire et poignée de main protocolaire. Pendant que le peuple, ventre creux, crie famine, eux se partagent budgets et privilèges avec la voracité d’un enfant dévastant un pot de confiture. Le chapitre Fritz A. Jean se referme. Comme prévu, on lui retire le masque pour l’offrir à Laurent St Cyr, nouveau capitaine du navire naufragé, chargé de voguer entre les récifs des gangs, les vagues de soumission et les tempêtes de corruption. Le public haïtien, habitué aux changements de visages sans changement de cap, s’installe pour assister au même spectacle aussi hideux que prévisible.
Comptable d’un naufrage organisé
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