Un rappel sur l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934)- Les leçons à tirer
Le 28 juillet 1915 qui rappelait le débarquement des troupes militaires américaines en Haïti ne fut pas un évènement occasionnel et uniquement associé au lynchage d’un président en exercice dans l’enceinte de la légation française, en l’occurrence Vilbrun Guillaume Sam. Des faits et précédents indiquaient une stratégie planifiée du Département d’Etat américain alors inscrite dans un vaste plan d’expansion des territoires de la région considérée comme une arrière cour. En effet, la situation de pauvreté était à l’époque préoccupante en raison de la pénétration du grand capital financier américain et par des actions d’expropriation des paysans en conséquence . Un fort exode rural eut marqué le paysage socio-économique. La migration internationale commençait à se manifester , ce progressivement dans les plantations cannières en République dominicaine. Aussi des paysans vulnérables se trouvaient-ils souvent manipulés et embrigadés pour prêter services à des troupes de gouvernements dans les différentes guerres civiles survenues. L’insécurité régnait de manière chronique. Les départements du Nord, de l’Artibonite, de l’Ouest et à Port-au-Prince cette situation était beaucoup plus inquiétante (ibid,p 14) .Ce qui se serait apparenté au panorama actuel que nous avons s’il existait ouvertement l’investissement du grand capital financier américain. Mais il existe ce que Vorbe a qualifié d’Humanitarisme militarisé (Vorbe,2011) .D’où la nécessité de tirer des leçons du passé , garantir une meilleure gestion du présent pour mieux préparer notre devenir
En effet, le présent texte tient lieu d’un rappel sur l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934). Aussi y a-t-il beaucoup à dire par les historiens sur les mobiles de cette occupation ainsi que ses conséquences. Il est plausible dans l’opinion de plus d’un qu’avec l’occupation on allait connaitre une ère de modernisation. Sans nous attarder sur un débat approfondi sur la question de modernisation, il ressort qu’on limite la modernisation à la construction des infrastructures urbanistiques , à l’accès à la communication et la technologie ainsi qu’en référence au progrès dans l’administration et la gestion de l’économie. Est- ce un leurre d’évoquer la modernisation d’Haïti avec l’occupation américaine de 1915-1934 ? S’agit-il d’une action durable en matière de progrès et de réforme économique, sociale et institutionnelle? Les gouvernements après l’occupation ont-ils défait les efforts et acquis de progrès apportés?
Les questions soulevées pertinentes certes ne vont pas être développées. Elles ne font qu’ attirer l’attention sur des éclairages à projeter et indiquer des pistes pour faire la part des choses d’une propagande qui ne sert pas à restituer l‘intégrité de la mémoire du peuple haïtien dans un rappel sur l’occupation américaine d’Haïti de 1915 à 1934. A cet effet, il y a lieu de considérer des auteurs respectables qui se distancient de tout parti pris idéologique. Nous voudrions faire référence au Dr Bordes qui a présenté un ouvrage intitulé Haïti-Médecine et Santé publique, Période de l’occupation américaine 1915-1934 paru en 1992. Corvington (1987), dans “Port-au-Prince au cours des ans 1922-1934 complète notre démarche. D’autres auteurs sont consultés sur des aspects analytiques et critiques en guise de toile de fond. Mais il convient surtout d’évoquer des faits saillants pour déconstruire des raccourcis autour des bienfaits de l’occupation en termes de modernisation et de stabilité politique d’Haïti ainsi que des apports dans l’avancée des services sociaux au bénéfice de la population.
Tout de go, nous voudrions inscrire l’occupation américaine d’Haïti dans le contexte de l’expansionnisme et des convoitises territoriales originelles étasuniennes de la Caraïbe (Marinez,1986; Menendez, 2005). Une cascade d’interventions ont eu lieu en dehors des menaces d’autres puissances concurrentes et avec des chiffres à l’appui ( entre 1809 et 1898 ont eu plus de 40 interventions, interférences et agressions de toutes formes (Marinez,1986) . Il s’agit aussi des perspectives de l’impérialisme fondé sur la nécessité d’un capitalisme monopoliste et de la conquête de marchés pour le surplus du capital financier alors consolidé entre 1870 et 1920 (Sweezy et Baran, 1988). L’occupation d’Haïti ne fut pas orpheline, soit un cas unique. Ce fut aussi l’affaire de la République dominicaine, de Puerto Rico, de Cuba, de Nicaragua, de Panama et d’autres territoires de l’Amérique centrale (Melendez,2005). Aussi Gaillard (1981) n’a -t-il pas fait état des mêmes considérations comme historien intéressé à cette période américaine dans “Les Blancs débarquent 1915-Premier écrasement du Cacoïsme’?Les prétentions existent avant même la date du forfait à savoir dans la nuit du 27 au 28 juillet 1915 quand les marines et les troupes yankees occupaient les points stratégiques du pays tels ports, douanes, banques, casernes et autres.
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