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Tribune

« La parade des Truands au rythme du néolibéralisme »

« La parade des Truands au rythme du néolibéralisme »

Au crépuscule, quand la lumière décline et que les illusions s'illuminent, un panneau surgit tel un mirage risible au pied du vieux pont colonial du Haut du Cap. On y lit, en lettres capitales et électrisées : « Projet de curage du bassin Haut D'eau  Financement BID : 150 millions USD pour un avenir durable». Ces mots brillent fièrement, se reflétant dans les eaux pestilentielles de la rivière, comme pour dire : « Regardez, on vous noie, mais avec des millions ».

En longeant le lit de la rivière, tandis que la lumière aveuglante d'un panneau publicitaire éblouit même les plus lucides, un spectacle accablant s'étale derrière lui. Des tonnes de déchets plastiques flottent au gré du courant, des bestioles en mission kamikaze virevoltent, des amas d'immondices se forment sur les berges, parfois entrecoupés de carcasses d'animaux en décomposition. Des latrines de fortune, perchées au-dessus des flots stagnants, déversent sans relâche leurs matières nauséabondes, transformant la rivière en un égout à ciel ouvert. Les enfants y pataugent, comme s'il s'agissait d'une piscine municipale sponsorisée par la Banque Mondiale. Les pêcheurs résignés, lancent leurs filets dans cette eau infectée, derniers gestes de survie dans un monde que tout le monde semble avoir oublié.

La rivière du Haut du Cap, elle, déborde à chaque pluie, avec la régularité cynique d'un budget détourné. Elle inonde, ronge, efface, pendant que les autorités brillent par leur absence. Le projet de 150 millions de dollars est une fiction administrative. Les travaux ont timidement commencé avant d'être abruptement suspendus quelques jours seulement après leur lancement. L'embouchure, devenue un mur de sable, renvoie les flots vers l'amont. L'eau stagne, remonte et submerge les habitations. Voilà la norme d'un pays livré à lui-même, gouverné à distance par des envoyés spéciaux d'institutions financières internationales et d'une armée d'ONG qui parlent le langage du développement, mais vivent de la permanence du désastre.

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