Entretien de Robert Lodimus avec Me Théodore Achille sur les événements politiques qui ont provoqué le renversement de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986
Répression, disparition, torture, assassinat, exil
Chaque année, à la même date, – celle du 29 mars –, le peuple haïtien commémore la constitution de 1987. Ce document voté presque à l’unanimité, – hormis les duvaliéristes, bien entendu –, devait permettre à la république d’Haïti de s’ouvrir à une nouvelle ère politique : celle de la « démocratie ». Nous parlons de la « démocratie » selon Solon, le philosophe grec qui a vécu de 640 à 558 av. J. – C. Et pourquoi pas aussi d’après Périclès. Les citoyennes et les citoyens portaient des vêtements blancs le jour où ils étaient appelés à se prononcer par referendum sur le projet de Loi suprême élaboré sous la direction du général-président Henri Namphy et du docteur Louis Roy. Mais au lieu d’être la catalyseuse de ce bien-être individuel et collectif tant espéré, la constitution de 1987 s’est plutôt révélé une véritable source de conflits pour les Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur. Malgré l’article 291, les duvaliéristes n’ont jamais abandonné les avenues du pouvoir politique. Le 7 février 1986, au moment du renversement et de la fuite de Jean-Claude Duvalier, il y a eu une passation de pouvoir entre des « copains » d’une même et grande association de malfaiteurs politiques.
Des chefs de groupements tentent toujours de faire admettre que la constitution de Namphy et de Roi est née « bonne », et que ce sont les politiciens qui la corrompent. À notre humble avis, ces considérations émanent d’un raisonnement simpliste. Le diable aurait-il ouvert les portes du paradis de saint Pierre au peuple haïtien? Totalement absurde. Le but premier de cette « Charte controversée » était d’empêcher théoriquement la dislocation du système politique qui charpente l’idéologie duvaliérienne, qui se compare à certaines plantes herbacées. En Chine, dès l’installation du maoïsme, on a effectivement assisté à une rupture sociale, politique et économique entre l’ancien et le nouveau. Mao a entrepris un vaste mouvement d’épuration au niveau de toutes les sphères sociétales. En Russie, à Cuba, c’est le même constat. En Haïti, il n’y a pas eu de la part des opposants antiduvaliéristes cette vision, et surtout cette capacité de rompre définitivement avec le passé et d’instaurer un ordre constitutionnel nouveau pour réorienter la société haïtienne sur le plan politique, économique, social et culturel. La population s’est contentée de couper la tête de quelques « macoutes » insignifiants. Mais rien de plus. Les moyens de production continuent de demeurer entre les mains de l’oligarchie traditionnelle et gloutonne. Les forces armées antinationales ont fait la pluie et le beau temps jusqu’à ce que les États-Unis, le Canada, la France aient décidé de les remplacer par une institution policière tout aussi servile, qui regroupe également des assassins, des trafiquants de drogue, des tueurs à gage, des malfrats qui s’associent aux bandes armées des quartiers bidonvillisés. Le duvaliérisme n’a jamais été interdit de fonctionnement en Haïti. En qualité de système politique, il n’a pas été non plus remplacé par un autre. Comme dans les pays qui ont connu une forme quelconque de « révolution ».
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