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Gouvernements de transition en Haïti au 21e siècle : mécanisme d'exclusion du vote populaire par les élites

Gouvernements de transition en Haïti au 21e siècle : mécanisme d'exclusion du vote populaire par les élites

Le renversement inédit du Premier ministre Ariel Henri fait poindre la nécessité d'un nouveau gouvernement de transition en succession à un autre qui, en réalité faisait du surplace durant 31 mois. Une fois de plus, le contribuable haïtien va avoir la tâche ingrate d'entretenir des sinécures qu'il n'a pas mandatées. Le pire, c'est que ce peuple dont les rangs sont continuellement décimés par la violence des groupes armés peine à retrouver tout espoir d'un lendemain meilleur. Pendant que les propositions de gouvernement transition et les accords politiques fusent de toute part, les exécutions sommaires, le kidnapping, le pillage, le rançonnement, le vol à main armée, le viol demeurent le lot quotidien des Haïtiens. Vu qu'on est cloîtré chez soi, point n'est besoin de signaler que la réouverture des classes sur toute l'étendue du territoire est plus que jamais compromise. Bernée de toute part, la population haïtienne entend mener en son nom une révolution qui vandalise les écoles, les facultés, les hôpitaux, les pharmacies qui desservent les plus humbles de ses membres. Dans leur délire de destruction, les pseudo-révolutionnaires n'ont même pas eu le bon sens d'épargner l'unique stade du pays. Pendant que la population est abandonnée à son sort, la formule fourre-tout de « changement de système » sert de rhétorique à une classe politique revendiquant le pouvoir politique sans passer par les élections. Le bel euphémisme « de partage de responsabilité » est une tournure de langage utilisé par des politiciens pour détourner l'attention du public sur leur volonté de séparer les postes de l'administration publique entre eux. Dindon de la farce, la population haïtienne est prise dans un étau qui fait penser à la formule faisant du peuple « un éternel perdant ».

Presque dysfonctionnel depuis l'approche du 7 février 2024, Haïti s'enlise dans un chaos pouvant déboucher sur une crise humanitaire. Inhumains, cyniques et désirant le pouvoir seulement pour les jouissances que cela procure, les politiciens haïtiens ne s'en émeuvent guère du quotidien terrible de leurs concitoyens. Bizarrement, la consécution des faits fait penser à une situation pourrie par la classe politique et la société civile dans le but d'empêcher au peuple haïtien de choisir ses dirigeants par son bulletin de vote. En fait, la moindre évocation du « mot » élection fait rouspéter les politiciens haïtiens. En ce sens, l'insécurité comme élément de langage fait l'affaire de ceux qui nourrissent l'espoir qu'un jour ce sera le tour de leur accord politique d'être au pouvoir. Ce qui est étonnant, c'est que des hommes politiques qui se disent démocrates sont beaucoup plus enclins à prendre le pouvoir à partir de document signé en parentèle au lieu de se soumettre à l'arbitrage du peuple. Après avoir mis la population haïtienne devant le fait accompli de la gouvernance par la transition, la classe politique et la société civile haïtiennes font main basse sur le pouvoir politique et entendent le conserver le plus longtemps que possible par-devers elles. Mêlant candeur et naïveté, la population haïtienne attend la sécurité de ceux dont l'insécurité conditionne la prise, l'exercice et la conservation du pouvoir. De ce qui précède, il importe de comprendre à la lumière de certains faits historiques, comment les gouvernements de transition passent d'un simple mécanisme faisant le pont à très court terme entre un pouvoir déchu et un nouveau au 19e et au 20e siècle avant de devenir au 21e siècle une forme de prise de pouvoir plus ou moins durable par la classe politique et la société civile en dehors de l'expression du vote populaire.

Dans la tradition politique haïtienne, la transmission du pouvoir d'un chef d'État élu à un autre est l'exception au lieu d'être la règle. Deux explications peuvent être avancées : les choix de « chefs d'État à vie » et les récurrentes émeutes accompagnées de prises d'armes pour renverser la majorité des « premiers citoyens » de la nation. D'où la nécessité d'un groupe d'hommes réunis invariablement sous l'appellation de gouvernement provisoire, gouvernement de salut public ou comité révolutionnaire pour réaliser les élections et élaborer une nouvelle constitution (si les forces politiques en présence l'exigent) dans un très court terme. Faisons un bref survol historique! Après la mort de Dessalines le 17 octobre 1806, Henri Christophe, général en chef de l'armée ordonna par la proclamation du 3 novembre 1806 des élections pour le 20 du même mois (Dorsainvil, 1942, p. 153). L'objectif fut d'élire une chambre des députés qui aura subséquemment les missions de former une assemblée constituante et d'élire le président de la République. En effet, la constitution fut votée le 27 décembre et le lendemain le général Christophe fut élu président (Leconte, 1931, p. 202). Après le refus de la présidence par ce dernier, les deux (2) États sécessionnistes qui naquirent de la bataille de Sibert se sont dotés d'un chef d'État en moins trois (3) mois. C'est ainsi que Christophe fut élu président dans le nord le 17 février 1807 (Leconte, 1931, p. 212) et Pétion le fut dans l'Ouest et le Sud le 9 mars 1807 (Dorsainvil, 1942, p. 164). Quelques décades plus tard, un mécanisme beaucoup plus rapide a été mis en œuvre pour remplacer Faustin 1er renversé en janvier 1859. En ce même mois de janvier, le Comité révolutionnaire des Gonaïves remplaça la Constitution de 1849 par la Constitution de 1846 dans le but de rétablir la république et Nicolas Geffrard fut élu à la magistrature suprême de l'État en remplacement de Soulouque en un temps record (Dorsainvil, 1942, p. 228). Après huit (8) ans de règne, Geffrard dut démissionner à son tour. Ce fut le 13 mars 1867 (Dorsainvil, 1942, p. 228, Bellegarde, 1953, p. 222). Le 14 juin de la même année, Salnave fut élu président par l'assemblée constituante pour le remplacer (Dorsainvil, 1942 p. 244).

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