Lettre ouverte aux universitaires haïtiens
A l’occasion de la fête du drapeau et de l’université, je viens proposer une modeste et brève réflexion pour rebondir sur l’article rédigé par La Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCDH) dont le titre ( Haïti : que signifie aujourd’hui la fête du drapeau?) résonne avec force intelligence dans le contexte d’indigence qui verrouille la vie en Haïti sur cette déshumanisation invariante rendant insignifiante la commémoration de ces dates historiques.
Évidemment l’article en question est pour moi un prétexte, comme toute question, d’ailleurs, de faire vivre la pensée critique et scientifique. Puisque, comme le sous-entend Gaston Bachelard, c’est la question, comme provocation ou problématisation, qui offre à l’esprit humain le moyen de transcender sa banalisation routinière en faisant l’effort d’une spiritualisation appelée à faire naitre une certaine innovation…..provisoire. Alors, vient la question qui dérange et qui nous renvoie au cœur de l’axiomatique de l’indigence : si Haïti s’enchevêtre dans cette impuissance collective qui fossilise la vie depuis 219 ans, n’est-ce pas l’insignifiance de l’imaginaire des élites qui, dans le confort de leur impensé, ont incapables de spiritualisation ? Par spiritualisation, j’entends un effort constant, permanent, aérien (intranquille et libre) de l’esprit qui, refusant l’inclinaison pesante des postures humaines vers le cycle bas de la vie, cherche à s’élever vers les hautes sphères de la pensée. Car c’est là que l’esprit peut tisser des liens systémiques avec son environnement pour faire naitre de nouveaux possibles humains, dans lesquels ce bipède pensant qu’est l’homme pourra s’épanouir dignement en magnifiant l’écologie du vivant.
Je m’empresse de contextualiser cette définition par un exemple de cas. En ce 18 mai qui ramène la fête du drapeau, alors que les rues de la capitale, notamment le périmètre délimité au Nord par l’avenue John Brown, au Sud par l’avenue Lamartinière, à l’est par l’avenue Martin Luther King et au Sud par l’avenue Christophe (pour ne citer que ce périmètre), puent sous la floraison de montagnes de détritus jonchées d’excréments humains, souvent longues de plus de 15 mètres et hautes de plus d’un mètre, les universitaires, que sont Nesmy Manigat comme ministre de l’éducation nationale, Emmelie Prophète comme ministre de la culture et Mirlande Hyppolite Manigat comme présidente du Haut Conseil de Transition, se trouvent sans doute au Cap Haitien pour commémorer, dans une indigente solennité, la fête du drapeau.
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