Les femmes dans l’histoire de l’ENARTS !
Écouter l'article
De la présence des femmes dans les industries culturelles en Haïti, après les différentes publications sur la place et l‘influence des figures féminines dans de nombreuses filières artistiques, culturelles et patrimoniales, dont les musées en Haïti, les arts plastiques, ou des femmes devenues ministres de la Culture et de la Communication dans l’histoire d’Haïti, je vous invite à découvrir la présence des femmes dans l’histoire de l’École nationale des Arts (ENARTS).
Depuis l’ouverture des portes de l’ENARTS, le premier lundi de novembre 1983, comme le rapporte son principal fondateur et premier directeur général de l’institution, le professeur Michel Philippe Lerebours, nombreuses sont les femmes professionnelles, artistes et professeures et d’autres intervenantes haïtiennes et des étrangères qui ont contribué à la promotion et l’évolution de cette institution éducative, artistique et culturelle, en temps normal comme en période de crise. À noter, 40 ans après la création de l’École nationale des Arts, aucune femme n’a été nommée au poste de directrice générale de l’ENARTS.
Difficile de revisiter la dynamique culturelle au début des années 80 en Haïti, avec l’élan porté par les principales institutions culturelles placées sous tutelle de l’Institut national haïtien de la Culture et des Arts (INAHCA) tels que l’ISPAN, le MUPANAH, les Archives nationales d’Haïti, le Bureau national d’Ethnologie, et en particulier l’ENARTS, sans saluer l’influence manifeste de la Première dame de l'époque, madame Michèle Bennett Duvalier, dans son statut de présidente d’honneur du conseil d’administration de ces opérateurs publics culturels, grâce à la vision d’excellence, la compétence et l'apport indéfectible de l’un de ses principaux collaborateurs de confiance, Gaston Hermantin.
Du premier conseil d’administration de l’ENARTS figurent les personnalités suivantes: le Dr Michel Philippe Lerebours faisant office de premier directeur général. Il était assisté de madame Paulette Pougeole Oriol, secrétaire générale. Elle allait remplacer un an après, le professeur Gérald Alexis, qui assurait le rôle de directeur des études. Et le professeur Claude Moïse, à son tour, allait combler le poste vacant de madame Oriol.
Du passage de madame Paulette Pougeol Oriol au conseil d’administration de l’ENARTS à nos jours, plusieurs autres femmes ont servi au sommet stratégique de l’institution. L’école a été successivement dirigée après le départ du professeur Lerebours par une et plusieurs commissions intérimaires pendant les périodes de troubles, en dehors du passage du père Frantz Grandoit, du spécialiste en politique culturelle Ronald C. Paul, du musicien Thurgot Théodat, et actuellement de l’artiste plasticien Philippe Dodard qui se bat par tous les moyens pour faire fonctionner et apporter de la visibilité à l’institution en dépit des crises internes de l’école et globales que connaît le pays.
De la présence des femmes dans l’histoire de l’ENARTS. Il est possible de les classer dans cinq grandes catégories: 1-Les membres du conseil et personnel administratif de l’institution sans aucune distinction ; 2-Les femmes professeures, animatrices de conférences ou des ateliers qui interviennent au bénéfice des étudiants inscrits dans les différents départements ; 3-Les jeunes filles et les femmes étudiantes de l’ENARTS, incluant les anciennes et nouvelles, dont certaines deviendront des employées et professeures de l’école.
Dans la quatrième catégorie qui sera abordée dans un autre texte, elle est composée des filles et les femmes proches des trois premières catégories, les visiteuses, les femmes artistes d’horizon divers qui fréquentent les lieux et les anciens et actuels étudiants comme Rutshelle Guillaume parmi d’autres, ou encore feu Lédy Noncent, les intervenantes comme l’artiste Elisabeth Briel, ou les marraines de promotion, comme feu Marie José Nadal (promotion Point-2-Départ 2000-2004) et qui participent activement dans la vie de l’ENARTS au quotidien.
Des professeurs, il y avait beaucoup de femmes, se souvient encore le fondateur de l’ENARTS. «il y avait Rose Marie Desruisseau, au départ, certainement Paulette Poujol Oriol, Nicole Saint-Victor, Michéline Dalencourt, Michèle Lemoine, Paula Clermont Péan, Edwidge Roche», rapporte le professeur Michel Philippe Lerebours, tout en se souvenant dans les sections Danse et Musique, les noms des professeures de renom telles: Lavinia Williams, Michèle Céléstin (histoire de l’art), et de madame Alzire Rocourt, qui m’a accueilli dans son salon il y a quelques années pour parler de culture, des arts et de pays.
Des professeurs de haut calibre, en particulier des femmes, l’ENARTS a toujours bénéficié des services et des compétences de grandes figures des arts, de la culture avec un aura international. En dehors des autres noms cités au début, les anciens étudiants de l’ENARTS peuvent se féliciter d’avoir profité des cours des personnalités telles: Luce Turnier, Emerante Dépradine (cours d’expression corporelle), Rachel Beauvoir Dominique, Micheline Laudan Denis, Micheline Dalencourt (appréciation musicale), Viviane Gauthier, Nicole Saint-Victor (voix chorale).
Durant l'administration de l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, cette ancienne professeure de l'ENARTS s'était beaucoup investie pour redynamiser cette école après quelque temps de crise. Une des anciennes étudiantes, Barbara Prézeau, y figure sur la liste des visages de référence de l'école. Carline Toussaint à la fois fois professeure de céramique et responsable du département des Arts plastiques, la feu féministe Magali Marcelin, Guerda Boiguené, Lynda François, Monette Alcin, figurent parmi les plus récentes professeures à compléter la liste des anciennes et actuelles professeures de l’ENARTS.
Des noms échappent certainement à l’ancien conservateur de musée avec le temps : «Je me souviens en arts plastiques, il y a Barbara Prezeau, Mireille Milord en danse», rapporte le professeur Lerebours. Deux de ses anciens étudiants, témoins ou acteurs dans l’évolution de l’institution l’artiste et professeur Etzer Pierre et Alix Cayot Dessources se rappellent des noms de quelques anciennes étudiantes de l’ENARTS telles que : Guerda Jean (danse), Huberta Ciceron, Johanne Siclait, Yvosia Maçon et Nicole Lumarque.
Dans le renouvellement du personnel de l’institution au féminin pluriel, plusieurs personnalités féminines continuent de s’investir dans la survie de l’ENARTS, en tant que patrimoine national. Feu madame Carline Antoine, cadre de la direction académique dans le temps. Présente et active lors des concours d’admission, elle a grandement marqué son passage à l’ENARTS, en dehors d’une autre figure infatigable et empathique de la direction académique, madame Isabelle Leroy Manigat, une autre gardienne de la mémoire de l’institution.
D'autres noms de femmes professionnelles aussi courageuses et dynamiques, qui participent dans la gouvernance de l’institution aux quatre saisons. Pas toujours visibles, elles représentent l’ossature de l’ENARTS. Plusieurs noms à retenir parmi ces anciennes et actuelles employées de l’institution comme les dames Olymptia Pierre, Guilène Cadet, Marie Micheline Filus, Antoinette Flezien, Floriane Jean, Viviane Jean Baptiste, Hachette Jerome, Ghislaine Joseph, Natacha Lamande, Mirlyne Louis Charles, Nordé Précieuse, Ingrid Pierre, ou Djenny Sénèque, entre autres.
Définitivement toutes les autres femmes en général et indistinctement composent la cinquième catégorie. On retrouve les noms, les figures, les modèles historiques comme Anacaona, Claire Heureuse, Sanite Bel-Air, etc., et les figures féminines politiques ou diplomatiques. La présence des figures féminines esthétiques et symboliques, mythiques ou mystiques, incluant les muses qui influençant la forme et le fond les œuvres réalisées par des membres de la communauté de l’ENARTS (professeurs et étudiants) n’est plus à démontrer. En dehors des portraits des femmes anonymes ou célèbres qui dominent l’actualité en permanence, participent également dans l’histoire et l’évolution de l’ENARTS d’un point de vue artistique, académique, culturel et institutionnel.
Découvrir la présence des femmes dans l’histoire et l’évolution de l’École nationale des Arts (ENARTS) offre l’occasion de parler positivement des actifs de l’institution, en abordant la question de genre dans cet espace multiculturel qu’a toujours été l’école. En attendant d’explorer davantage les trois autres catégories de femmes, on ne manquera pas de mentionner le nom de «Madan Rano» ou «Madan Lano», dans la liste des femmes qui ont marqué leur passage sur la cour de l’institution, à l’entrée et en face de la bibliothèque. À chacun ses souvenirs ou ses soupires, par rapport au devenir de cet emblématique temple artistique et culturel de la rue Monsieur Guilloux.
De 1983 à 2023, quelles sont les femmes qui ont le plus marqué l’histoire de l’ENARTS et pourquoi ? Comment mesurer la participation ou la passivité des femmes dans les successions de crises qu’a connues l’école depuis sa création ? Combien et comment répartir les anciennes étudiantes de l’ENARTS qui se sont détournées de la pratique et de la profession artistique jusqu'à s'effacer totalement et pourquoi ? Quel est le pourcentage de jeunes filles ou de femmes inscrites dans les registres de l’ENARTS depuis 1983 ? Combien de femmes ont été formées ou disposent d’un diplôme de l’ENARTS ? Quels sont les véritables apports de l’ENARTS en matière d’éducation artistique et culturelle (initiale et continue) des jeunes et des talents du pays, en particulier des femmes en Haïti ?
Dominique Domerçant
4 commentaires
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Coachy Jean Baptiste
À quand la prochaine ? Vu la liste de noms de femmes mentionnées dans l'article ; l'auteur pourrait ne pas être au courant du personnage. Par contre, j'en suis convaincu que ses sources l'avaient connu. Et ils devraient lui en parler. Comme évoqué dans un commentaire, Madame Chancy! N'en déplaise, elle a été la première Patronne de l'ENARTS. Son successeur, Frantz Grandoit, travaillait sous sa direction pendant les périodes difficiles dont les stigmates raisonnent comme le Cri. Aujourd'hui, peut-être qu'une femme nouvelle à sa tête pourrait apporter un souffle nouveau et une dynamique différente. Cet article, probablement, est un signe prémonitoire d'un changement à venir. Qui sait ?
AZIRI
Merci pour vos beaux souvenirs de l’ ENARTS. Nous les autres en terre voisine nous parlons toujours de nos souvenirs de cette école qui nous a ouverte les yeux sur une vue globale de l’ art dans toutes ses dimensions. Merci a Monsieur Lerebours et les professeurs que moi personnellement n’ oublierons jamais 🇭🇹🙏👍🏿
Ralph Civil
Je pense qu'il a un petit creux dans la liste au plus haut niveau. Avant l'arrivée de père Grandroit, il y avait madame Chancy , qui faisait office de directrice au sein du CIG.
Joseph Meclis
Je vous félicite pour l’ initiative car, ceci montre combien l’ école à été et , restera tjrs un lieu où la question de genre n à jamais été un problème . Et tout en vous rappelant mon amis et camarade que n’ était-ce pas la vigilance de certaines de ses femmes, leurs combativités , peut être les différentes crises qu’a connu l’Enarts seraient pire . A tous cela je pense que des personnes comme Aline Lacombe , Dandine murât , Mona gay madame micheline . Ne son pas ? des personnes que quiconque qui fréquentaient l’ établissements à cette époque peu facilement oublier. Pourvu que certaines d’ elles étaient professeurs et faisaient partis des professeurs les plus qualifiés et ,qui on marque l’histoire et la vie à l école pendant ces vingt dernières années .