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Haïti - Urbanisme : quand est-ce que les gens cesseront de construire n'importe où, n'importe comment ?

Haïti - Urbanisme : quand est-ce que les gens cesseront de construire n'importe où, n'importe comment ?

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Le séisme du 12 janvier 2010 qui a fortement ravagé le pays, d'une façon ou d'une autre, laisse un goût amer pour bon nombre de personnes. Douze ans après, on voit que les gens du territoire continuent à construire n'importe où, n'importe comment, sans tenir compte des conséquences que cela pourrait avoir à l'avenir. Cependant rien n'est encore fait du côté de nos municipalités en vue de mettre un terme à la construction anarchique qui constitue une véritable épée de Damoclès pour les Haïtiens.

 

D'entrée de jeu, il importe de souligner qu'en matière de construction, les relevées bibliographiques existantes... exigent que des paramètres (nature du sol, position du terrain...) soient pris en compte pour tenir solide un bâtiment, etc. Ils sont bels et bien appliqués ailleurs, néanmoins chez nous, ils font l'objet de mépris. Les gens construisent leurs maisons comme bon leur semble, ne respectent pas vraiment les normes de construction. On les trouve sur des terrains marécageux, sur des terres salines, sur des pentes, sur des terres cultivables; aussi près des rivières, des ravines. De plus, les matériaux de construction sont souvent utilisés sans tenir compte de la dimension du bâtiment à ériger. Les plans élaborés par les architectes ne sont pas toujours respectés. Les travaux sont souvent effectués par certains propriétaires qui ajoutent ce qui n'a pas été prévu dans les plans des architectes, simplement pour dépenser moins de sou. Or, la loi du 23 juillet 1924, sur les modes de construction - précise « qu’aucune construction ne pourra être édifiée dans les limites d’une ville […] sans une autorisation spéciale de la mairie qui fixe les règles en ce qui concerne les matériaux à utiliser dans la construction, leur résistance et des fondations ».

Toujours, en ce qui a trait aux matériaux, pas mal de recommandations sont faites. Le sable tiré de l'exploitation des mines, tout comme le sable de mer, longtemps utilisés dans les constructions sont déconseillés par le MTPTC. À l’inverse c’est le sable de silice ou sable de rivière lavé et préparé dans les usines ainsi que le gravier concassé qui sont recommandés. Il a aussi recommandé deux guides de bonnes pratiques pour la construction et la réparation de petits bâtiments en maçonnerie chaînée afin de résister à une solicitation sismique. Dans ces documents, très peu vulgarisés mais disponible en libre téléchargement sur son site internet, les recommandations du MTPTC à suivre pour les petits bâtiments en béton armé et en blocs de béton creux sont accompagnées de beaucoup d’illustrations sur la qualité des produits, la préparation du mortier et du béton, ainsi que les interdictions. Mais elles sont passées inaperçues, car on ne voit que le côté opposé des choses dans notre milieu.

Certes, l'accès au crédit est un obstacle majeur au respect des normes de construction en Haïti. Mais en réalité, toutes les pagailles (détaillées au-dessus) qu'on rencontre chez les bâtisseurs, nous le disons, à haute et intélligible voix, ne sont autre que le résultat d'un État qui ne remplit pas son rôle. Ah oui! La loi fixe les règles pour la délivrance des permis, mais la majorité des mairies ne s'assure guère de les faire respecter, et les autres institutions travaillant dans le domaine d'urbanisme n'assument pas ses responsabilités. Donc, on est loin de redresser la barre!

Si au milieu de ce siècle éclairé qu'on est (21e), une bonne partie de la population continue de construire comme avant le séisme; au niveau d'Onaville, de Canaan, Jérusalem... les constructions anarchiques se font de manière incessante; les maisons sont bâties sur des terrains inappropriés; la construction des maisonnettes se poursuit près des plateformes qui doivent conduire les eaux de pluies; les mesures pouvant réduire la multiplication des habitats précaires dans les villes, en appliquant des lois relatives à l'urbanisme et la conception ainsi qu'à la mise en application d'une politique publique de création d'habitat ne sont pas prises par les autorités; un plan global de développement pour le renforcement du service des cadastres municipales afin d'éviter que les villes ne s'étendent comme des champignons qui s'autodétruiront par la suite, ne sont pas prises en considération par les dirigeants, alors on est encore loin de remettre la situation ou les choses en ordre !

Tous ces manquements, toutes ces irrégularités, me permettent de comprendre l'ampleur du danger et combien on est vulnérable au moment qu'un tremblement de terre de la même magnitude (ou plus) du 12 janvier s'annonce à (ou aurait annoncé de) frapper le pays, les pertes (de toutes sortes) seraient toujours énormes au point qu'elles pourraient même multiplier. Est-ce pourquoi je demande à nouveau, quand est-ce que les gens cesseront de construire n'importe où, n'importe comment ? Les règles juridiques sont là ! L'Etat haïtien, quand ces désordres ne seront plus être visibles?

 

Jimmy DELISCA

Ingénieur agronome, écologiste

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