Anatomie du nouveau Projet d’appui à la réforme curriculaire (PARC)
Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a procédé, le 1er juillet dernier au Cap-Haïtien, au lancement officiel du Projet d’appui à la réforme curriculaire (PARC). Cette nouvelle initiative vise à moderniser les programmes scolaires, à renforcer la gouvernance du système éducatif et à améliorer la réussite des élèves. Avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement (BID) et du Partenariat mondial pour l’éducation (PME), le ministère entend accélérer la mise en œuvre des objectifs de l’Éducation pour tous.
L‘expérimentation des nouveaux programmes scolaires révisés et actualisés pour les cycles I et II du fondamental est prévu dès l’année scolaire 2027-2028. Cette phase pilote concerne 108 écoles publiques réparties dans six départements : le Nord, le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Centre, l’Artibonite et l’Ouest.
Cette réforme est l’aboutissement de plusieurs années de conception, de réécriture, d’ajustements menés par le MENFP en collaboration avec ses partenaires dans le cadre de ce vaste chantier de transformation du système éducatif. Pour le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, le Dr Vijonet Déméro, la réforme entre désormais dans une phase décisive : celle de l’expérimentation à grande échelle. Cette étape bénéficiera à près de 30 000 élèves ainsi qu’à 600 enseignants. Le titulaire du ministère se réjouit de voir cette réforme passer de la vision à l’action, marquant ainsi le début de sa mise en œuvre concrète.
« Le ministère a d’ores et déjà publié une série de circulaire visant à restructurer et moderniser notre système. Nous avons officialisé la restructuration de la commission nationale de curriculum et initié la réorganisation de la direction de curriculum de la qualité (DCQ). La version révisée de la constitution de la commission nationale de curriculum sera publiée sous peu. De plus, le nombre de jours de classe a été rigoureusement fixé par niveau d’enseignement afin de garantir l’équité, le respect des normes internationales et l’efficacité des apprentissages. »
Depuis 2022, la réforme est mise en œuvre de manière progressive. À travers plusieurs phases, des spécialistes du MENFP travaillent à la refonte des programmes du premier et du deuxième cycle de l’enseignement fondamental. Cette réforme ambitionne de mieux répondre aux besoins réels des élèves en leur permettant d’acquérir des compétences adaptées aux défis de leur avenir. Selon le titulaire du MENFP, sa mise en œuvre, à travers le Projet PARC, s’accompagne également d’un ensemble de mesures destinées à améliorer les conditions d’apprentissage. Celles-ci comprennent notamment la modernisation des cantines scolaires, la réhabilitation de certaines infrastructures éducatives, la formation des acteurs du système éducatif à l’éducation numérique, à l’éducation à la citoyenneté et à l’éducation financière, ainsi que le renforcement des initiatives en faveur de la santé mentale et du bien-être scolaire.
Une vision est largement partagée par la représentante de la BID en Haïti, Corinne Cathala. À ce jour, le portefeuille de la BID dans le secteur de l'éducation représente près de 140 millions de dollars américains. Ces interventions poursuivent trois objectifs bien définis : Améliorer la gouvernance du système éducatif ; Renforcer l'accès à une éducation de qualité ; Améliorer les apprentissages dans les écoles fondamentales. Des résultats encourageants ont déjà été obtenus. Les dimensions de qualité des écoles ont été considérablement améliorées à travers les interventions du Système d’Assurance de la Qualité, 106 écoles publiques ont leur Plan d’Amélioration d’École approuvé et 75 de ces plans sont déjà en pleine exécution ; plus de 88 000 enfants bénéficient aujourd'hui du programme d'alimentation scolaire ; et plusieurs initiatives contribuent à améliorer les conditions d'apprentissage.
Selon la responsable, l’éducation demeure le meilleur investissement pour renforcer la cohésion sociale et préparer l’avenir du pays. « C'est précisément pour répondre à ces défis que la réforme curriculaire a été engagée. Aujourd'hui, l'école ne peut plus seulement transmettre des connaissances. Elle doit permettre aux enfants et aux jeunes de développer leur esprit critique, encourager leur créativité. C’est de notre responsabilité collective de leur permettre non seulement d’apprendre mais aussi de comprendre le monde et de devenir des acteurs du développement de leur pays. »
Autre innovation majeure de cette réforme : le renforcement de la place du créole dans le système éducatif. Seule langue maîtrisée et parlée couramment par l’ensemble de la population haïtienne, le créole occupe une place centrale dans la nouvelle approche pédagogique. Si le français demeure largement utilisé dans les domaines du droit, de l’administration et de l’enseignement, la réforme entend mieux valoriser la langue maternelle des élèves comme vecteur d’apprentissage. Cette orientation s’inscrit dans la continuité des efforts engagés depuis plusieurs années. En 2015, un accord conclu entre le MENFP et l’Académie du Créole haïtien avait déjà consacré le renforcement de l’usage du créole à tous les niveaux de l’enseignement. Avec la réforme curriculaire, le créole devient officiellement la première langue d’apprentissage, une évolution destinée à favoriser une meilleure compréhension des enseignements et à améliorer les acquis scolaires des élèves.
« Cette réforme est essentielle car elle touche directement ce qui se passe directement dans les salles de classe visant à faire en sorte que les enfants puissent apprendre dans des langues qu’ils comprennent : l’intégration du créole dans l’enseignement notamment dans les premières années, constitue à cet égard une avancée majeure. Il contribue à réduire les inégalités d’apprentissage et à rendre l’école plus inclusive et plus accessible pour tous et toutes » souligne Alexandra Solano, coordinatrice régionale pour l’Amérique Latine et la Caraïbe, pour le partenariat mondial pour l’éducation (PME).
Mis en œuvre par l’Unité de coordination des projets du MENFP, le PARC bénéficie d’un cofinancement de 29,7 millions de dollars américains accordé par la BID et le PME. Le projet profite également de l’expertise technique du Bureau international d’éducation de l’UNESCO. Inscrite dans le cadre du Plan décennal d’éducation et de formation 2020-2030, cette réforme repose sur deux grandes composantes. La première est consacrée à l’amélioration de la qualité de l’enseignement à travers la réforme curriculaire et le renforcement des capacités du système éducatif. La seconde vise à améliorer l’accès à l’école et le maintien des élèves dans le système éducatif, notamment grâce au renforcement du Programme national d’alimentation scolaire, qui bénéficiera à 67 000 élèves.
Gaby SAGET
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