Pèlerinage au cimetière des anciens chefs d'État haïtiens
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Devoir de mémoire et de reconnaissance, démarche politique et symbolique, il arrivera un moment, en dehors des anciens collaborateurs et les sympathisants, une grande majorité des anciens adversaires et des opposants farouches apprendront à comprendre certaines vérités et des secrets, jusqu'à même pardonner un grand nombre des anciens dirigeants haïtiens, certainement pas tous. Pourquoi ?
Devant l'évidence qu'ils étaient tous des simples mortels comme le commun des humains, ces imposantes figures du pouvoir suprême qui se sont succédées, figuraient tout simplement dans la liste des plus audacieux et courageux parmi la foule passive et craintive. En profitant d'un certain momentum pour prendre l'ascenseur et de l'avance, ils finissaient par inscrire leur nom au sommet pas sans blessures, ni sans sacrifices en retour. Comment croire qu'ils finissent tous entre le silence, dans certains cas dans l'indifférence et parfois l'indigence ? Pas de chance !
Durant les deux premiers jours du mois de novembre de chaque année, les Haïtiens dans la majorité des cas pour les familles respectueuses de la mémoire ancestrale, sont trop occupés à gérer leurs défunts proches et intimes pour se souvenir, encore moins se préoccuper de ces autres morts puissants et populaires jadis, qui passent désormais au second plan et dans l'oubli. Pouvoir, pouvoir, pouvoir, il est un temps, pourquoi ? Podyab !
Devant Bawon nous sommes tous égaux. Vrai ou faux ? Certainement pas. Sinon, ces hommes et ces femmes du pouvoir et de pouvoir n'auraient pratiquement pas droit au trépas. Cependant, face à la justice des morts qui fonctionne on dirait beaucoup plus rapide et rapide que celle des vivants, de nos dirigeants, il semble que le protocole imposé aux dépouilles et à nos défunts anciens chefs d'Etat haïtiens ne leur permet pas de se reposer éternellement. Dommage !
Dans le silence orphelin et la distance de leurs proches, pour ne pas dire dans l'oubli le plus total, ils se font rattraper par la formule : Kabrit ki gen twòp mèt mouri nan solèy ! Double deuil !
Des tombes éparpillées et sans aucune surveillance, encore moins de bienveillance, dans la majorité des villes se trouvant sur la trajectoire et de l'agenda des destructeurs des vies et des biens. Après tant de combats gagnés et de contributions apportées, les anciens chefs d'État haïtiens se font rattraper désormais par les gangs. Boomerang !
Dans ce pèlerinage imaginaire ou invisible, mais tellement nécessaire à réaliser au cimetière symbolique et virtuel, élargi ou éclaté qui abrite aux quatre coins du pays et dans d'autres parties du monde les restes des hommes et des femmes qui ont occupé les plus hautes fonctions suprêmes de l'État, il s'agira pour les vivants et les plus vaillants des héritiers d'inscrire leurs actions dans au moins sept grands objectifs.
Des destinations pour ne pas se perdre....
D'abord il s'agira de: 1-Répertorier tous les tombeaux réels ou symbolique de nos illustres défunts chefs d'État pour en faire une cartographie mortuaire et un catalogue ; 2-Réparer ou restaurer si nécessaires ces hauts lieux de mémoire et mystique du pouvoir invisible ; 3-Réinventer même d'autres si nécessaire afin de pouvoir perpétuer certains mythes et valeurs dans la société ; 4-Rapatrier certains des restes de ces personnalités historiques pour les placer dans un mausolée national officiel ou cimetière national du pouvoir en Haïti, en suivant la démarche du musée du Panthéon national haïtien MUPANAH ; 5-Régulariser la gouvernance des cimetières ordinaires et officiels en Haïti dans une approche politique, mystique, économique et écologique ; 6- Récupérer tous les cadavres des anciens officiels du pays afin de peupler le prochain cimetière des officiels haïtien pour empêcher à n'importe qui se tourner vers les hautes fonctions du pays ; 7-Rééduquer la population haïtienne et les familles autour de la place suprême des morts dans l'économie nationale, développement du pays et la sécurité des frontières physiques et ésotériques, matérielles, immatériels et invisibles.
Des anciennes résidences où sont nées ces personnages politiques, comme les maisons qu'ils ont habité pendant des années pourraient bien compléter la liste des ces hauts lieux de la mémoire, dans cette double démarche qui vise à rendre hommage et à encourager des réflexions historiques sur le destin et le devenir de ces hommes et femmes politiques en Haïti. Après, combien de ces anciens chefs d'Etat haïtiens qui sont devenus depuis, des fantômes qui continuent de visiter ou d'habiter leurs anciens bureaux et leurs résidences privées et privilégiés à force de s'accrocher à tous les lieux de pouvoir ? Suivez mon regard !
Détaché de leur peau, de leur chair et de leurs os, depuis bien des années, des décennies et plusieurs siècles, les restes, les fragments et la poussière de ces anciens hommes et femmes d'État haïtiens, nos anciens dirigeants et présidents de la République continuent de sont éparpillés et évaporés aux quatre coins du monde, sans parfois même laisser de traces. Entre l'Europe, l'Amérique du Nord, tres peu en Amérique latine et la Caraïbe, pas un seul jusqu'ici qui est retourné sur le continent de nos ancêtres en Afrique. Pas un seul soit porté disparu pour ne plus retrouver ses traces !
De l'empereur Jean-Jacques Dessalines au président Jovenel Moïse, le pays ne dispose en 2025 aucun haut lieu officiel pour les commémorer. Leurs dernières résidences et leurs dernières demeures sont pratiquement tombées à l'abandon et dans l'oubli. Il n'existe aucun fonds officiel, d'enveloppe budgétaire formelle dans les lois des finances et dans la programmation du ministère de la Culture en charge de ce pan du patrimoine humain, encore moins dans le budget de la présidence pour protéger et préserver cette partie symbolique et ultime de la mémoire des hommes et des femmes qui se sont succédées au pouvoir. Triste et sombre exil mortuaire du pouvoir !
Dans l'obligation de laisser le pouvoir tôt ou tard, cette vérité qui fait très mal à certains, pour inévitablement mourir un jour comme un passage obligé pour tous les humains face à ce provisoire destin, les hommes et les femmes en poste, et qui souhaitent à tout prix occuper les premiers rangs du pouvoir devraient penser au moins une fois à anticiper leur tour, leur fin, qui les attendent de près ou de loin. En parcourant ce texte, parmi d'autres réflexions encore plus profondes et fécondes, qui peuvent servir de prétextes pour vous motiver à participer à ce premier pèlerinage au cimetière des anciens chefs d'État en Haïti, vous finirez par comprendre les torts et les remords, les décors et l'inconfort qui habitent les souvenirs et la mémoire de celles et ceux qui vous ont précédés.
Décidez-vous pendant qu'il est temps, et pendant que vous disposez de tous les moyens et les ressources à votre pouvoir pour réparer ces dommages, qui ne doivent pas se limiter à de simples cérémonies d'hommage. C'est à vous qu'il revient le droit de vie et de mort sur la population, sur les institutions et sur l'imaginaire collectif, pour réécrire et pour reconstruire l'histoire. En commençant par la mémoire. Celle de nos morts en particulier, qui continuent d'habiter le quotidien des vivants. Tous des passants, et bientôt seront inévitablement absents dans l'espace-temps du pouvoir, ce mirage constant dans lequel nous continuerons de tomber, aussi puissant soit-il !
Disait William Faulkner, "Le passé ne meurt jamais, il n'est même pas passé". Autant croire que ce cimetière habite constamment la pensée de tous les anciens et actuels dirigeants haïtiens. A force de s'écarter de la pensée de Winston Churchill, rappelant : "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre", les actuels dirigeants continuent de tourner en rond, et tout autour du pot, notamment du puits dans lequel le Govi de leurs prédécesseurs attendent une main bienveillante pour le sortir, et le placer sur l'Autel de la Patrie à restaurer, à rétablir, à réinventer ou à revisiter lors d'un prochain pèlerinage au cimetière des chefs d'État haïtiens.
Dominique Domerçant
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