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Arnold Hérard, le dernier des Mohicans!

Arnold Hérard, le dernier des Mohicans!

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Il était une fois, dans les années 1950, un jeune juriste qui, par ses plaidoiries passionnées, captivait l'auditoire. Arnold Hérard était reconnu comme un avocat à succès, courtisé par toutes les grandes entreprises de l'époque. Toutefois, hors du prétoire, ce redoutable orateur se révélait être une personne presque timide, d'une humilité remarquable. Même pour ses adversaires occasionnels, Arnold était un ami fiable sur qui l'on pouvait toujours compter.

Arnold Hérard n'était pas seulement un éminent homme de loi de la génération de Me René Chalmers ou encore Gérard Gourges, il était également un cadre influent du Mouvement Ouvrier Paysan (MOP) de Daniel Fignolé. Tout comme le fondateur de ce parti, il adhérait profondément à ce que son mentor appelait «l'investiture sociale des masses». Ce concept, révolutionnaire pour l'époque, pouvait se traduire par «tout moun se moun», ou la fin du «pays en dehors». À cette époque, la question de couleur dominait les débats, et laissait peu de gens indifférents.

Le professeur Hérard était adulé de ses élèves du lycée Pétion et du Collège Saint-Pierre, et plus tard, après son long exil, par les étudiants de nos diverses facultés, dont ceux du GOC. Au sein de cette dernière institution, il deviendra responsable du département des sciences juridiques. Ceux qui l'ont bien connu ont toujours été frappés par son humanisme et, surtout, par son intégrité. Fils du Bel-Air, ce quartier «révolutionnaire» et «centre culturel» par excellence, le professeur, comme l'appelaient respectueusement ses apprenants, était un fervent supporter du Violette Athletic Club, fondé par son père, François Hérard. Sa sœur, Violette, porte d'ailleurs un prénom choisi en hommage à ce club emblématique.

Arnold appartenait à une génération d'hommes debout, la toute première que la dictature a exilée, laissant un immense vide sur le plan intellectuel et dans la transmission des savoirs. Ce militant engagé demeura fidèle à ses idéaux jusqu'au bout, ne cédant jamais aux sirènes de la corruption. Drapé dans sa dignité, il se retira dans un refuge secret, un lieu que son jeune frère, diplomate et écrivain, Jean Robert Hérard, nous a décrit avec une tristesse palpable. C'était comme s'il avait voulu se cacher pour mourir, loin du tumulte d'une société qu'il ne reconnaissait plus.

 

Roody Edmé

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