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Le menu de la Transition post-Moïse

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Réforme constitutionnelle. Conférence nationale souveraine. Procès du scandale Petrocaribe (et autres). Certainement en adéquation avec ce contexte de souveraineté limitée ou de tutelle camouflée, le contenu de la Transition refondatrice ou de rupture tant exaltée par les opposants radicaux est là. Avec qui ? Par quelle voie ? Sous quelle couverture militaro-policière ? Les questions de détails, toujours, en disent long. C’est de l’or noir. Un nouvel horizon politique se fera jour avec le départ constitutionnel (7 février 2022) ou prématuré (n’importe quand) du président Jovenel Moïse. Facilité de langage ? Peu importe. Ce qui nous guette, sans doute déjà, est l’indifférence à la démocratie électorale et la dévalorisation de sa valeur régulatrice comme solution à cette crise virale au dénouement imprévisible, mais aux conséquences catastrophiques pour le pays (pertes massives d’emplois, finances publiques en banqueroute, banditisme en hausse, fuite des capitaux, dépréciation accélérée de la gourde, etc.). Quand on croit que notre pays en butte à toutes sortes de calamités tombe, c’est pour chuter encore plus bas. Le besoin de table rase est sans fin chez la plupart de ceux qui assimilent sincèrement – et hypocritement pour certains – la formule/solution transitionnelle comme panacée, comme le seul moyen de mettre fin à nos turpitudes. Sincèrement ? Le temps présent, comme avec la promesse mensongère du « Nouveau Contrat social » anti-Aristide (2005), tend à brouiller la frontière entre le possible et l’invraisemblable, entre le vrai et le faux. Hypocritement ? On objectera que cette question de Transition refondatrice – au demeurant merveilleuse pour les ‘‘jamais élus’’ d’abord, fascinante à bien des égards, mobilisatrice au prime abord – est certes justifiée par l’ampleur des réformes qu’elle sous-tend, mais les modalités de sa réalisation, profondément dépendantes des aléas de la conjoncture, ne reposent sur rien de certain ni de rassurant. Mais personne ne peut nier ce besoin vital de renouveau institutionnel et de remise en question radicale de nos modes de fonctionnement ! Pour élaborer et exécuter ces réformes, il faudrait que les chefs de partis, comme les leaders de la société civile et le patronat, y compris le secteur populaire et syndical, acceptent d’arriver à un compromis historique sur le destin de ce pays de… en esquissant un Plan national de Développement étalé sur plusieurs décennies. Bien sûr, ce qui importe désormais – en fin de compte – est de parvenir à une vision partagée de l’avenir du pays qui doit se situer au-delà de nos clivages et de nos luttes intestines pour combattre ardemment – entre autres – les problèmes angoissants de la corruption, de l’impunité, de l’insécurité et de la pauvreté qui sont les principaux virus qui détruisent notre société. Il n’y a pas à en sortir de là ! Il serait illusoire de croire qu’on pourrait tout changer en deux ou trois ans, en dehors de toute légitimité électorale, par le pouvoir-faire oraculaire de la Conférence nationale souveraine dans le cadre d’un gouvernement de facto.

Troublante conjoncture, où les citoyens les plus motivés demandent, à juste titre, qu’on résolve les problèmes constitutionnels (uniformisation de la durée des mandats des élus, redéfinition du rôle du Parlement ou chambre unique, élimination du poste de Premier ministre, institution d’un seul maire, inefficacité des organes de lutte contre la corruption, question de la décharge, indépendance de la justice, etc.) les plus immédiats et leurs soucis les plus pressants (insécurité, inflation, instabilité, pauvreté, chômage, vie chère, impunité, corruption), alors que rien ne serait plus important, dans leur intérêt, que de s’occuper de tout cela dans le cadre d’un pouvoir légitime, issu du vote populaire. Il faut se méfier des belles envolées ! Mais il est absolument évident que la réforme constitutionnelle est devenue une question centrale. D’autant que les responsables de cette faillite collective sur fond d’instabilité permanente d’impunité, de corruption et d’insécurité galopante se retrouvent dans tous les camps. Dès lors, ce ne sont ni les promesses électorales (fallacieuses) ni les mirobolantes propositions de sortie de crise qui nous intéressent ici, mais les conditions de vie déplorables de la grande masse des démunis qui ne cessent de se dégrader. Attention aux émeutes de la faim ! Nous sommes là en présence, après plus de trente ans de « démocratisation » ratée, erratique, sans finalité, d’une perversion de l’État de droit : le règne de l’impunité et de l’indigence. Ce dont il est question ici est paradigmatique du mauvais fonctionnement de notre « système » ou « régime » dit démocratique contre-productif, sans rapport avec le développement économique du pays : les changements politiques et institutionnels n’existent pas sans contrepartie économique, sociale, sécuritaire, éducative, sanitaire (etc., etc.) pour toute une société. En effet, toutes ces réformes préconisées par les plus ardents partisans de la Transition de rupture, décidés à aller jusqu’au bout dans leur entreprise de démolition, auraient dû être ou devraient être initiées et impactées par un gouvernement légitime et non par un gouvernement provisoire. Ce qui est une perspective tout aussi (apparemment) impossible à maîtriser, à atteindre, compte tenu de l’état lamentable de notre pays en termes de patriotisme et de vision inclusive du bien commun.

Pierre-Raymond DUMAS

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