Coronavirus : une tempête dans un verre d’eau ?
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La peur du coronavirus serait-elle exagérée ? À en croire les dernières découvertes de certains scientifiques qui se sont exprimés dans la presse en Europe, la crainte serait surdimensionnée. Mais pas en ce qui concerne les personnes âgées et malades.
« Ce virus influence nos vies de façon complètement exagérée. C'est disproportionné par rapport au danger qu’il représente ! » a déclaré dans le quotidien allemand Die Welt (8 avril 2020), Klaus Püschel (68 ans), médecin légiste très célèbre en Allemagne. L’expert médico-légal de Hambourg procède à l'autopsie des morts dans sa ville. Il a indiqué au journal Hamburger Morgenpost que jusqu'à présent, à Hambourg, seules les personnes préalablement malades sont décédées du virus. Il estime que le taux de mortalité due au coronavirus n’atteindra pas un pic cette année et la peur collective suscitée par le Covid-19 ne serait donc pas justifiée.
Il a en outre affirmé que toutes les personnes décédées, qu’il a examinées jusqu'à présent, avaient un cancer, une maladie pulmonaire chronique ou bien ils étaient de gros fumeurs, gravement obèses ou avaient souffert de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Dans ces cas-là, le virus a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Son équipe vient d'examiner le corps de la première femme de 100 ans morte du Covid-19. « Dans ce cas aussi, c'était la toute dernière goutte ». Elle devait de toute façon mourir.
D’après ce médecin légiste, l'inquiétude des gens est due au fait que le virus se propage très rapidement, car il n'y a pas encore de protection immunitaire. « Mais nous n'avons pas les conditions italiennes en Allemagne. Nous avons un bon système de santé, dit-il, et je suis convaincu que nous pouvons bien gérer la pandémie ».
Dans sa dernière livraison du 4 avril 2020, l’hebdomadaire Der Spiegel ne dit pas autre chose. Se basant sur les dernières découvertes des chercheurs allemands, il indique que 70 % des 800 personnes décédées du coronavirus (le nombre de décès a entre-temps augmenté pour atteindre plus de 2 000) en Allemagne avaient plus de 70 ans. Le virus est très dangereux pour les gens qui vivent dans les maisons de repos. Environ 818.000 seniors vivent dans 14 500 centres d’accueil en Allemagne et c’est surtout là qu’on doit renforcer le dispositif sanitaire.
De son côté, la chaîne de télévision française C-News, dans une édition du 5 avril dernier, évoque la situation des Noirs américains qui seraient apparemment plus touchés que leurs concitoyens blancs en raison des inégalités sociales et des maladies antérieures. Selon la Fédération française des diabétiques, les personnes atteintes de diabète sont particulièrement à risque. Il se trouve que les Noirs sont déjà naturellement plus en danger parce que « le risque de diabète est 77 % plus élevé chez les Afro-américains que chez les Américains blancs non hispaniques », comme l’indiquait déjà en 2015 la National Medical Association.
« Nous savons que les Noirs sont plus susceptibles d’avoir du diabète, des maladies du cœur et des poumons », a dit mardi sur CBS Jerome Adams, administrateur de la santé publique aux Etats-Unis et porte-parole du gouvernement fédéral américain en matière de santé publique. Des maladies qui augmentent, selon les scientifiques, le risque de complications de la Covid-19. Pour illustrer le problème affectant la communauté noire, Adams, lui-même Noir, a évoqué de ses propres problèmes de santé : « Je l’ai déjà dit, je fais moi-même de l’hypertension. J’ai une maladie du cœur et j’ai déjà passé une semaine en réanimation à cause d’un problème cardiaque. Je fais de l’asthme et je suis pré-diabétique. J’illustre ce que c’est de grandir pauvre et noir en Amérique ».
Aux États-Unis, les morts seront principalement dues à l'obésité à laquelle s'ajoutent d’autres maladies. Il existe 40 % d'obèses et la grande majorité d’entre eux sont des enfants. Les personnes obèses représentent 73 % des hospitalisations alors qu’elles ne représentent que 15 % de la population.
Les hypertendus sont les plus touchés
Interrogé récemment par le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung à propos des cas de mortalité, le virologue le plus célèbre en Allemagne, Hendrik Streeck (42 ans), confirme que les décès dus au coronavirus vont augmenter « mais pas en des chiffres aussi apocalyptiques que ceux qui sont en partie en circulation ». Il rappelle qu’il faut également tenir compte du fait que les décès de Sras-CoV-2 en Allemagne étaient exclusivement ceux de personnes âgées. « À Heinsberg (ville dont il est originaire), par exemple, un homme de 78 ans souffrant de maladies préexistantes est mort d'une insuffisance cardiaque, et ce sans aucune atteinte pulmonaire de la part du Sras-2. Comme il était infecté, il apparaît naturellement dans les statistiques du Covid-19. La question est cependant de savoir s'il ne serait pas mort de toute façon, même sans le Sras-2. » En Allemagne, précise-t-il, environ 2 500 personnes meurent chaque jour, et seulement douze décès jusqu'à présent (N.d.l.r. : aujourd’hui, 8 avril 2020, plus de 2.000 morts, l’interview datant du 16 mars 2020) sont en lien avec le Sras-2. « Bien sûr, des gens mourront encore, mais je prends le risque de dire qu’il se pourrait bien qu’au cours de l’année 2020, nous n'allons pas avoir plus de décès au total que d’habitude ».
Le 26 mars dernier, une étude réalisée en Italie par l’Institut supérieur de la Santé a révélé que près de trois victimes du Covid-19 sur quatre souffraient d’hypertension artérielle, soit 73 % - il s’agit de l’affection la plus présente chez les personnes décédées. La moitié des patients (50,7 %) décédés en Italie du coronavirus souffraient d’au moins trois autres pathologies, et 25,7 % de deux autres maladies. Cette étude qui se base sur un échantillon de 6 801 victimes du Covid-19 a révélé que l’autre affection souvent présente chez les victimes du coronavirus est le diabète, soit un taux de 31,3 % des malades.
D’autres facteurs de comorbidité ont été relevés : 27,8 % des victimes souffraient de cardiopathie ischémique (des troubles cardiaques dus au rétrécissement des artères coronaires), 23,7 % de fibrillation atriale (trouble du rythme cardiaque qui fait battre le cœur de manière rapide et irrégulière) et 17,1 % d’insuffisance cardiaque.
Parmi les autres maladies, on a relevé que 22,2 % des personnes infectées étaient atteintes d’insuffisance rénale chronique et 17,3 % avaient d’un cancer au cours des 5 dernières années.
L’étude montre que l’âge moyen des décès est de 78 ans. Elle a noté une surreprésentation des hommes. Les premiers symptômes observés avant l’hospitalisation des victimes sont la fièvre (75 %), la gêne respiratoire (71 %) et la toux (40 %). Lors de l’hospitalisation, dans 96,4 % des cas, on a relevé une insuffisance respiratoire, qui est la complication la plus évoquée, devant l’atteinte rénale aiguë (24,7 %).
Dans son texte intitulé « Le confinement, remède pire que le mal ?» paru dans Figaro Vox du 6 avril 2020, le journaliste et géopoliticien français Renaud Girard (64 ans) indique qu’une chose est « déjà certaine » : « Le Covid-19 ne bouleversera pas les statistiques de la mortalité mondiale pour l’année 2020. Soixante millions de personnes meurent chaque année dans le monde (dont 600.000 en France, soit 11.500 par semaine) et l’épidémie de Covid-19 ne changera pas ce chiffre significativement. La grande majorité des victimes seront des personnes âgées ou des patients dont le système immunitaire a été affaibli par d’autres pathologies. En France, l’âge moyen des décédés du Covid-19 est de 81,2 ans. Au Luxembourg, il est de 86 ans ».
« L’âge moyen des victimes du coronavirus est de 78 ans, en Italie et ailleurs, fait remarquer le blogueur, écrivain et traducteur français Christian Isidore Angelliaume (66 ans). Or la grippe saisonnière tue 1 % de gens (entre 10 000 et 15 000 personnes par an), cela nous donne entre 1 et 1,5 million de personnes contaminées. Malgré un vaccin largement utilisé, il meurt entre 10 000 et 15 000 personnes chaque année en France, soit 60 mille dans l’Union européenne ». Il suggère qu’à la place du confinement on fasse simplement tester les gens sensibles (plus de 60 ans et déjà malades) pour les protéger. La solution ? « Il faut détecter la maladie chez les gens à risque (déjà malades et âgés) pour en prendre rapidement soin et laisser la population s'auto-immuniser, comme pour la grippe. ».
Huguette Hérard
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