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La PNH fragilisée

La PNH fragilisée

Les dernières sorties fracassantes de certains agents policiers dans les rues ont attesté le manque de contrôle et mainmise du haut commandement de l’institution sur la troupe. Entre utilisations abusives de leur force contre des citoyens paisibles et l’organisation de mouvements de protestation violente, les agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) continuent d’inquiéter la population haïtienne et menacent l’avenir de l’unique institution policière dans le pays.

Les mouvements de protestations en série entamés depuis la fin de l’année 2019 et au début de cette année par des agents policiers ont eu de graves répercussions sur le fonctionnement de la Police nationale d’Haïti (PNH). Des policiers armés dans les rues pour manifester violemment font trembler la population. Et, la répétition des bavures policières à travers le pays montre la velléité de certains agents de l’unique force de police dans le pays de s’outrepasser des principes qui devraient être leur boussole. Le haut Commandement de l’institution semble être impuissant.

Après plusieurs mois de tergiversations pour la reconnaissance du Syndicat (SPNH-17), les policiers ont finalement eu gain de cause. Cependant, un autre groupe dénommé « Fantom 509 » s’arrange pour continuer à agir de manière violente pour contraindre le Gouvernement à revoir leur salaire à la hausse. Ce groupe de policiers, dont leurs identités sont encore inconnues, livre la Police nationale en spectacle depuis quelque temps. Ils prennent l’habitude de faire des déclarations choquantes, et d’organiser des marches violentes dans les rues. Les incidents survenus au ministère de la Justice le 10 mars et ceux au ministère de l’Économie et des Finances le 27 avril en sont des preuves. Par des déclarations, ils montrent leur ambition d’aller plus loin pour contraindre les autorités à regarder dans leur sens. En fait, les forces de l’ordre troublent la paix publique.

D’un autre côté, les agents ne veulent pas se soumettre aux codes d’éthique de l’institution. S’il est vrai que les bavures policières ont toujours existé, cependant elles tendent à augmenter au cours de ces deniers jour. De citoyens paisibles comme des professionnels en sont victimes. Le cas récent, attribuable à cette structure rebelle de la Police, est celui du journaliste de la radio télé Caraïbes, Georges Emmanuel Allen qui a été tabassé par des policiers sous prétexte de ne pas respecter le couvre-feu. Alors qu’il venait de présenter une édition de nouvelles, il a été stoppé par des policiers malgré une autorisation du secrétaire d’État à la Communication. Le confrère a été volontairement humilié par les policiers.

L’Inspection générale de la PNH reste muette depuis des mois

La convocation de la coordonnatrice Yanick Joseph à l’inspection générale a laissé de mauvais goûts pour cette structure indépendante de la PNH. Des policiers ont saccagé les locaux de l’Inspection générale. Au terme de ces actes de vandalisme, 5 policiers ont été révoqués. Sous la pression de ces mêmes policiers, les cinq policiers ont été réintégrés. Toutefois, depuis après cette convocation, l’Inspection générale qui a promis de sévir contre les auteurs de ces actes n’a pas pu produire aucun rapport. Et, malgré les multiples affronts causés par les policiers, l’IGPNH ne pipe pas un mot pour ramener à l’ordre la troupe.

Considérée comme la Police des polices, l’IGPNH est mal perçue par les policiers. Ces derniers contestent assez souvent la décision de cette instance qui essaie de préserver la discipline au sein de l’institution. Pour de nombreux policiers, la création du syndicat est une forme de réponse à l’IGPNH. « S’il y a une inspection générale pour punir les policiers, il nous faut un syndicat pour défendre nos droits », estiment-ils.

Le haut Commandement dépassé parla bataille pour la création et la reconnaissance dudit syndicat de la PNH a favorisé cette situation de débandade. Le haut Commandement de l’institution a perdu son autorité sur la troupe. Le CSPN et la Direction générale sont les premiers ennemis des policiers. En dépit des efforts de ces autorités, les policiers sont toujours méfiants envers les hauts gradés. Ils ne veulent pas laisser la responsabilité au haut Commandement de négocier avec le Gouvernement sur la base de leurs revendications. Le service de bien-être créé par la Direction générale n’apaise pas encore les grognes des policiers.

L’institution policière est à bord d’une implosion. Entre le haut Commandement et les policiers, la communication ne passe pas. La création et la reconnaissance du syndicat fragilisent davantage la PNH. De nombreux policiers profitent de ces désarrois pour se comporter en hors de la loi. En revanche, seule une réforme en profondeur peut éviter d’hypothéquer l’avenir de cette jeune institution nationale.

Woovins St Phard

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