Et la culture dans tout cela ?
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La culture est un des secteurs qui n’a jamais figuré comme champ prioritaire dans les petits papiers de nos dirigeants. Et pourtant elle constitue le bloc de granit sur lequel s’est échafaudé ce pays. Si aujourd’hui on parle d’Haïti parfois en termes respectables, c’est qu’on évoque son incroyable richesse culturelle au milieu de tant de précarité. Notre fameuse résilience devenue une curiosité presque touristique viendrait semble-t-il de notre capacité de création, de notre habilité à recréer le monde en mille et une légendes, à projeter de la beauté ou à exprimer l’indicible.
La culture est un des secteurs qui n’a jamais figuré comme champ prioritaire dans les petits papiers de nos dirigeants. Et pourtant elle constitue le bloc de granit sur lequel s’est échafaudé ce pays. Si aujourd’hui on parle d’Haïti parfois en termes respectables, c’est qu’on évoque son incroyable richesse culturelle au milieu de tant de précarité.
Notre fameuse résilience devenue une curiosité presque touristique viendrait semble-t-il de notre capacité de création, de notre habilité à recréer le monde en mille et une légendes, à projeter de la beauté ou à exprimer l’indicible.
L’art haïtien est connu et respecté en dehors de nos frontières et nos écrivains sont les vrais ambassadeurs d’un pays décrié, déchiré par de nombreuses poches de conflits et prisonnier des effets néfastes de politiques inadaptées. Le vaudou et le créole demeurent nos deux principaux facteurs « d’authenticité » et d’enracinement face aux eaux déferlantes d’une mondialisation qui noient sur des vagues anonymes les différences culturelles.
Ce sont des vérités qui sont inscrites noir sur blanc à longueur d’articles de presse et qui se répètent à satiété sur les ondes de nos radios et télévisions. Pourtant aucun accompagnement institutionnel ne vient consolider ces acquis encore fragiles pour, à terme, en assurer leur pérennité.
Si dans nos écoles, on n’encourage pas les cours de musique, voir même l’enseignement de son histoire ; on n’organise pas de manière systématique des ateliers de lecture et de théâtre ; le ministère de la culture ne conserve pas sur support digitalisé les meilleurs moments du théâtre haïtien de Théodore Beaubrun à Hervé Denis…comment donc peut-on entretenir la qualité de la transmission de cette culture dont nous nous gargarisons à chaque prix littéraire obtenu par l’un des nôtres à l’étranger ou à chaque fois qu’un de nos groupes musicaux cartonne sur des planches en terre étrangère ?
Il est impératif que nous ayons des archives culturelles d’État capables de conserver, de diffuser si besoin dans les médias ou en ligne les morceaux choisis de notre production culturelle. Comment se forme aujourd’hui un musicien haïtien ? Je vous fais cette question à mille gourdes ! Jusqu’où irait la désertification s’il n’y avait pas les chorales des églises et les initiatives bienfaitrices de certaines fondations ?
La chercheuse et soprano Karine Margron attirait l’attention dans le numéro228 de la revue Conjonction consacré à la musique haïtienne sur l’urgente nécessité de protéger un patrimoine en voie de disparition : « Il est essentiel de mener au plus vite, des actions ciblées dans le but de conscientiser les communautés par rapport à l’importance et la nécessité de la sauvegarde du patrimoine musical. Une démarche qui englobe un travail de définition, d’identification, de documentation, de recherche, de préservation, de transmission et de revitalisation »
La mise en mémoire de nos chants traditionnels est une obligation stratégique qui doit interpeller les acteurs publics que privés. La mise en place d’outils institutionnels de préservation et de transmission aux générations futures devient donc vitale pour la survie de l’identité haïtienne.
L’absence de salles de spectacles est une obscénité dans une société où la culture est si prégnante dans le quotidien de chacun, où toutes les formes d’art s’exposent dans nos rues comme pour une échappée belle loin du chaos de la circulation. L’existence aujourd’hui des « galeries du soleil » est une réponse informelle à la carence de salles d’exposition spécialement pour une certaine peinture populaire.
S’il n’y avait pas la salle polyvalente de la FOCAL, celle de l’Institut Français d’Haïti et le Centre Anne Marie Morisset pour soulager la soif ardente des milliers de jeunes en manque de divertissement culturel et qui se pressent chaque après-midi dans ces salles trop petites, où serions-nous aujourd’hui ? Que se passe-t-il avec le ciné Triomphe remis à neuf ? Ses salles spacieuses sont-elles hantées par des fantômes comme dans cette oeuvre de Gaston Leroux : Le fantôme de l’opéra ?
Au moment où disparaissent comme dans un terrible jeu de quilles nos meilleurs écrivains, il est temps de penser à la passation de flambeau, d’assurer la transmission de nos savoirs culturels et surtout leur préservation. L’État n’a certes pas beaucoup de moyens matériels, mais il peut contribuer à mettre en réseau les ressources publiques et privés et, grâce à ces efforts combinés inverser sensiblement la tendance négative.
Roody Edmé
Roody Edmé
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
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