Quand on veut s’enliser !
Les tenants de la grande poésie vont sûrement me plaindre d’avoir «profané la mémoire» de Davertige, en utilisant le titre d’un de ses plus beaux poèmes contenus dans «Idem», pour traduire la fumisterie ambiante à l’administration communale de Pétion-Ville. Je prie Villard Denis et Alain Bosquet de ne pas se retourner dans leurs tombes, car c’est pour moi le meilleur retournement d’images pour traduire le déclin de cette ville en ce premier quart du vingt-et-unième siècle.
Les tenants de la grande poésie vont sûrement me plaindre d’avoir «profané la mémoire» de Davertige, en utilisant le titre d’un de ses plus beaux poèmes contenus dans «Idem», pour traduire la fumisterie ambiante à l’administration communale de Pétion-Ville. Je prie Villard Denis et Alain Bosquet de ne pas se retourner dans leurs tombes, car c’est pour moi le meilleur retournement d’images pour traduire le déclin de cette ville en ce premier quart du vingt-et-unième siècle.
Il suffit d’avoir été un cadre de la mairie de Pétion-Ville, ayant échoué dans sa tentative de remettre sur pied la bibliothèque municipale, à partir d’un généreux don de livres fait par la CIDIHCA, pour se rendre compte de la déperdition irréversible de cette ville. Aujourd’hui, ce sont des volutes de fumée qui la colorent en noir et blanc, et non ces beaux vers de Davertige, «dignes de tous les éloges», écrivait Alain Bosquet, qui voyait poindre en France «le génie à l’état sauvage». L’État sauvage, c’est nous aujourd’hui, après avoir été, avec Toussaint Louverture, l’inspirateur des Droits de l’Homme. Son humanisme, fortement exprimé dans la Constitution de 1801, faisait d’Haïti la première «Terre des Hommes» de toute l’histoire du Nouveau Monde.
Loin de rêver de cette ville-dortoir qui n’était certes pas celle de tout le monde, rien ne nous oblige à accepter qu’elle soit aujourd’hui une ville sans trottoir. Non parce qu’elle n’en a pas, mais à défaut d’aménagement du territoire et d’une intelligente administration.
Située sur la colline de la «coupe charbonnière», Pétion-Ville devait changer de nom pour passer de «La Coupe» à sa dénomination actuelle rappelant un des héros mulâtres de notre glorieuse histoire. En dépit des différenciations basées sur les nuances de l’épiderme, certaines rues portent le nom d’héros noirs, dont Louverture, mais c’est en vain qu’on cherchera celui de Dessalines.
Les dernières statistiques de 2013 et 2015 évaluent la population de Pétion-Ville à presqu’un demi-million d’habitants, vivant respectivement dans des zones résidentielles, des milieux suburbains et des bidonvilles. La plus spectaculaire agglomération - en termes d’abris de fortune et de constructions sommaires -, dans un contexte de massification grégaire, a pour non «Jalousie»; une dénomination qui traduit cette déviance maladive qui porte l’un à ressentir un dépit envieux envers l’autre. Un mal atavique dans notre pays.
Il faut dire que depuis le départ de Paul Vériquin comme Maire de Pétion-Ville, la géographie commerciale de cette ville a profondément changé dans le sens anarchique du terme; marchands et marchandes envahissent les trottoirs. Passant de l’étalage à l’étalement urbain, ils s’arrangent en groupe pour s’y installer définitivement. Ce n’est malheureusement pas à coups de matraque – quand ils ne sont pas tout bonnement transformés en chair à canon – qu’on arrivera à les déloger. L’essentiel, c’est de tenir compte des nouveaux paramètres du cadre de vie.
Dans toutes les grandes cités du monde, les mouvements sociaux découlant de l’émigration amènent des explosions démographiques, la plupart du temps démesurées. Cependant, l’évolution de la mobilité sociale est prise en charge à temps, par des mesures qui peuvent paraitre des fois très drastiques, mais dans le respect des lois édictées et sans violence avérée.
Ce qu’il faut à l’Administration communale de Pétion-Ville, c’est de prendre en considération les principales missions de l’aménagement du territoire : la gestion des marchés publics, la réglementation de la question de logements, la lutte contre les bruits de toutes sortes, la préservation des sites naturels et historiques, l’accueil d’entreprises, la reconversion de ces anciens espaces devenus des dépotoirs malsains, etc. C’est la coordination de ces multiples intérêts qui fait la beauté d’une ville.
Mérès M. Weche
Au moment d’écrire cet éditorial, un marchand contestataire d’une décision municipale vient d’être assassiné par des agents préposés à la Mairie de Pétion-ville. Que pourra la vidéosurveillance contre l’amateurisme et la violence du « chef » ?
Aucune technologie ne pourra aider à sécuriser les haïtiens et leurs biens si les pouvoirs compétents n’appliquent, au préalable, pas les bonnes recettes pour permettre à la population d’être tranquille et confiante. Nous ne sommes pas encore à l’abri des dangers y compris des lois inapplicables.
Jean-Euphèle Milcé
Roody Edmé
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
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