Quel horizon pour les caravaneurs ?
Cela fait cinq mois depuis que l’administration Moïse/Lafontant est en place et le tâtonnement est visible. Sans compter que les difficultés accumulées depuis des lustres sont venues se greffer sur une crise de valeurs et la perte de certains repères moraux. Nombre d’observateurs se demandent pourquoi le train gouvernemental a tant de mal à démarrer et trouvent la réponse dans le fait que la destination n’est pas encore clairement déterminée. Ce n’est pourtant pas le premier gouvernement qui baigne dans un flou artistique et qui lutte avec son ombre. Nos retards accumulés ne sont-ils pas justement la résultante de nos luttes sans grandeur génératrices d’instabilité, ou encore, celle de notre absence carabinée de perspective ?
Cela fait cinq mois depuis que l’administration Moïse/Lafontant est en place et le tâtonnement est visible. Sans compter que les difficultés accumulées depuis des lustres sont venues se greffer sur une crise de valeurs et la perte de certains repères moraux.
Nombre d’observateurs se demandent pourquoi le train gouvernemental a tant de mal à démarrer et trouvent la réponse dans le fait que la destination n’est pas encore clairement déterminée. Ce n’est pourtant pas le premier gouvernement qui baigne dans un flou artistique et qui lutte avec son ombre. Nos retards accumulés ne sont-ils pas justement la résultante de nos luttes sans grandeur génératrices d’instabilité, ou encore, celle de notre absence carabinée de perspective ?
Cette sensation de nager dans du chloroforme inquiète nos jeunes qui ont mal dans leur avenir. Et pourtant, il y a bien une caravane qui dès les premiers jours de ce pouvoir s’attèle aux tâches urgentes et ingrates de nettoyage des canaux d’irrigation et de réouverture de pistes agricoles. La question n’est pas de savoir si la caravane est une bonne chose. Elle l’est sans l’ombre d’un doute !
Le Gouvernement veut du concret et le président de la République souhaite voir ses ministres avec leurs bottes salies par la boue des rizières de l’Artibonite au lieu de les savoir cloîtrés dans le silence ouateux de leurs cabinets aussi duveteux qu’aseptisés. Toute action volontariste et engagée sur le terrain est bienvenue dans un pays connu pour son immobilisme historique.
Toutefois, les craintes qui, d’urgentes politiques publiques se perdent dans la poussière de la caravane présidentielle et que l’Exécutif fasciné par ce projet abandonne d’autres secteurs clés de la vie nationale, hantent le sommeil des citoyens. Nous avons déjà été victimes par le passé de fantasmes politiques qui au réveil nous ont laissés avec une terrible gueule de bois.
Une bonne note tout de même : de l’Artibonite au Grand Sud l’attelage gouvernemental semble s’adapter au terrain et souhaite faire du structurel, une fois passée la phase coup de poing : celle qui consiste à curer les canaux et à rouvrir les pistes agricoles. Tout cela est fort utile, mais il faudra ensuite penser au crédit et à la capitalisation d’une paysannerie historiquement mal encadrée où quand elle l’était jusqu’ici, c’était souvent au profit d’autres secteurs et pour des raisons purement politiques comme au temps des dictatures.
Un nouvel encadrement, en phase avec les intérêts des paysans comprenant formation professionnelle, appui technique et accès aux marchés, pourrait de manière rationnelle compléter le désengorgement des habitations réalisé par les équipements lourds du Centre national des équipements(CNE) transformé désormais en bras mécanique de l’État.
Une véritable politique agricole doit émerger des sillons de ces travaux de labourage, qui s’ils sont nécessaires ne sont pas suffisants. D’autres secteurs de la vie nationale devraient y être associés. Ce sera peut être l’occasion d’organiser avec les organisations paysannes des états généraux sectoriels et de donner du grain à moudre à notre jeune et turbulente Université plongée dans une spirale autodestructrice.
Enfin, on le sait pour l’avoir vécu dans notre chair que l’orgueil et l’autisme en politique conduisent droit dans le mur. Si le Gouvernement à son corps défendant a su éviter jusqu’ici les polémiques sans grandeur des administrations précédentes, il semble que son talon d’Achille réside dans un manque flagrant de communication fructueuse, toutes choses qui alimentent la sensation de flou.
Roody Edmé
Il est temps de revoir nos méthodes de lutte pour le changement souhaité par tous. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur notre passé pour se rendre compte que contrairement aux idées reçues, tous les conflits ne sont pas porteurs d’espérance ; il existe de ces déchirements qui n’apportent que plus de misère et creuse encore plus le fossé du sous-développement.
C’est Demesvar Delorme, un de nos grands théoriciens qui écrivait déjà il y a deux siècles : « Les agitations sont devenues l’état normal de la République. Il n’en pouvait être autrement…chacun voulut chercher son bien être dans les places lucratives au moyen des insurrections : il y eut des insurrections de palais, des insurrections de Sénat qui sont un genre tout à fait nouveau. Les questions de politique pure et les questions personnelles l’emportent sur le reste ». Sténio Vincent in le glissement de la nation p28.
Voilà pourquoi amis lecteurs, les nouvelles aussi rares que minimes soient-elles, jettent du baume sur nos blessures à vif, même si une hirondelle ne fait pas le printemps !
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
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