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Éditorial

Bò wout la !

Bò wout la !

À environ trente kilomètres de la ville des Cayes, à l’entrée de Cavaillon, le marché comme d’habitude continue à déborder sur la route. Un camion ayant perdu les freins avait joué aux quilles avec tous ces pauvres gens qui étendaient leurs marchandises sur le trottoir et même dans une partie de la rue. Plus d’une dizaine de morts. Le traumatisme semble avoir duré seulement quelques semaines. On oublie vite et l’État ne réagit que sur le coup, pour faire semblant de se préoccuper de la population. Maintenant, tranquillement, on reprend peu à peu les mêmes malsaines habitudes. On recolonise la rue. On se repositionne pour mieux être visible. En attendant le prochain accident qui arrivera forcément.

À environ trente kilomètres de la ville des Cayes, à l’entrée de Cavaillon, le marché comme d’habitude continue à déborder sur la route. Un camion ayant perdu les freins avait joué aux quilles avec tous ces pauvres gens qui étendaient leurs marchandises sur le trottoir et même dans une partie de la rue. Plus d’une dizaine de morts. Le traumatisme semble avoir duré seulement quelques semaines. On oublie vite et l’État ne réagit que sur le coup, pour faire semblant de se préoccuper de la population. Maintenant, tranquillement, on reprend peu à peu les mêmes malsaines habitudes. On recolonise la rue. On se repositionne pour mieux être visible. En attendant le prochain accident qui arrivera forcément.

 On ne tire pas leçon des catastrophes chez nous. Un moment, il y a un élan de solidarité. Les traditionnels vautours profitent pour jouer avec la bonté des étrangers en mettant sur pieds des projets qui draineront dollars ou euros. Ensuite, on continue avec les mêmes travers, travers juteux pour beaucoup. On en sait quelque chose avec le tremblement de terre de janvier 2010.

Pour revenir à la route, il est toujours étonnant de voir le rapport que notre population développe avec l’asphalte. On fait tout au bord de la route. Marchés publics, commerces divers, hôtels, restaurants, discothèques, églises, oumfort aux drapeaux toujours d’une étrange saleté. Dans la soirée, les jeunes s’asseyent au bord de la route pour parler, discuter. Les rendez-vous se donnent au bord de la route. On y met même les bêtes à brouter. Les activités humaines le long des routes nationales sont si intenses qu’un conducteur doit faire preuve de beaucoup de vigilance pour éviter un accident. Sur la route, il y a aussi les motos. Rien de plus arrogant ici qu’un taxi-moto ! Il faut tout leur concéder, car ils ont toujours raison sur la voie publique. On ne sait comment on obtient un permis de conduire pour une moto chez nous. La conduite d’une moto, toute personne sensée le sait, est plus difficile qu’une voiture et l’obtention d’un tel permis demande plus de pratique, plus de maîtrise et plus de connaissances.

Bò wout la ! On est fier d’y habiter, malgré le bruit, la poussière et le danger. Le commerce y est plus facile et socialement on peut être mieux vu que celui qui réside nan fon ou nan mòn. Une maison, une propriété peut donc s’acheter de loin plus cher bò wout la que nan fon ou nan mòn. Cela profite au moins à ceux qui sont à la recherche d’un peu de paix et de calme et qui fuient donc l’agitation tonitruante des villes et des bò wout.

Le vrai délire reste ces marchés publics sur nos routes nationales. L’État avait un programme de construction de marchés publics. Il ne semble pas que ce programme ait abouti à grandchose. Sur la route de Carrefour, bò wout la, s’étale un marché de poisson dont la puanteur n’a d’égale que sa grande fréquentation et qui cause souvent des embouteillages. Un marché est en construction pour ce grand commerce de fruits de mer à ciel ouvert. On espère que cette fois, on libèrera la voie publique. À Pont Sondé, c’est le cauchemar les jours de marché où même le pont est colonisé par vendeurs et acheteurs. Un vrai problème de sécurité publique qui ne semble pas concerner l’État.

 On en vient au problème de l’organisation de l’espace physique par l’État. Pour cela, il faut une préoccupation, une vision, un respect pour soi en tant que peuple, un désir d’être et de devenir dans le présent et dans le futur. On en est encore loin.

Gary VICTOR

D’ici à 2022, la caravane Moise-Lafontant sera de retour. Ses conducteurs, pourront-ils se frapper la poitrine et dire :«Les chiens aboyaient, mais la caravane passait»?

Mérès M. Weche

Tout cela n’est que la conséquence d’une indifférence généralisée visà- vis d’une Université condamnée à une autonomie morbide, de la crise dramatique des valeurs, de la perte de légitimité d’une hiérarchie sans moyens, et d’étudiants aux abois mutés en commandos de la désespérance.

Il est temps de revoir nos méthodes de lutte pour le changement souhaité par tous. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur notre passé pour se rendre compte que contrairement aux idées reçues, tous les conflits ne sont pas porteurs d’espérance ; il existe de ces déchirements qui n’apportent que plus de misère et creuse encore plus le fossé du sous-développement.

C’est Demesvar Delorme, un de nos grands théoriciens qui écrivait déjà il y a deux siècles : « Les agitations sont devenues l’état normal de la République. Il n’en pouvait être autrement…chacun voulut chercher son bien être dans les places lucratives au moyen des insurrections : il y eut des insurrections de palais, des insurrections de Sénat qui sont un genre tout à fait nouveau. Les questions de politique pure et les questions personnelles l’emportent sur le reste ». Sténio Vincent in le glissement de la nation p28.

Voilà pourquoi amis lecteurs, les nouvelles aussi rares que minimes soient-elles, jettent du baume sur nos blessures à vif, même si une hirondelle ne fait pas le printemps !

L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?

 Roody Edmé

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