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Éditorial

Le signe de l’impunité

Le signe de l’impunité

Guy Philippe, sénateur élu de la Grande Anse, a été condamné à neuf ans de prison par un tribunal américain. Il avait obtenu d’institutions haïtiennes l’autorisation de prendre part aux élections et, le jour de son arrestation, il était à Port-au-Prince pour recevoir son certificat de sénateur au Conseil électoral provisoire.  Depuis une vingtaine d’années, l’arrestation de hauts fonctionnaires haïtiens, de personnalités proches du Palais national, par les autorités américaines ou même françaises a souvent fait la une de l’actualité. On vu des parlementaires, de hauts gradés de la Police nationale dans le viseur de la justice américaine ou européenne pour trafic de drogue, blanchiment d’argents, etc… Parallèlement, la justice haïtienne ne semble pas être concernée par ce qui prouve une totale déliquescence de nos institutions. Est-ce que l’illégalité n’est punie que lorsqu’elle vient à menacer les intérêts d’États étrangers, le nôtre pouvant s’accommoder de toutes les déviations, de toutes les corruptions ?

Guy Philippe, sénateur élu de la Grande Anse, a été condamné à neuf ans de prison par un tribunal américain. Il avait obtenu d’institutions haïtiennes l’autorisation de prendre part aux élections et, le jour de son arrestation, il était à Port-au-Prince pour recevoir son certificat de sénateur au Conseil électoral provisoire.

 Depuis une vingtaine d’années, l’arrestation de hauts fonctionnaires haïtiens, de personnalités proches du Palais national, par les autorités américaines ou même françaises a souvent fait la une de l’actualité. On vu des parlementaires, de hauts gradés de la Police nationale dans le viseur de la justice américaine ou européenne pour trafic de drogue, blanchiment d’argents, etc… Parallèlement, la justice haïtienne ne semble pas être concernée par ce qui prouve une totale déliquescence de nos institutions. Est-ce que l’illégalité n’est punie que lorsqu’elle vient à menacer les intérêts d’États étrangers, le nôtre pouvant s’accommoder de toutes les déviations, de toutes les corruptions ?

Pourtant, l’illégalité est de plus en plus pointée du doigt dans notre société. Nos médias répercutent souvent dénonciations et témoignages. Les auteurs de ces dénonciations et de ces témoignages, ne faisant pas confiance à la justice, préfèrent ainsi profiter de cette liberté d’expression, acquise des luttes ayant abouti à la chute de la dictature duvaliériste. Quand la justice ne fait pas son travail, de telles pratiques peuvent donner lieu à des excès. Les flibustiers en ont profité pour tenter de restreindre la liberté d’expression par une loi sur la diffamation. Même si on dit chez nous qu’on a la mémoire courte, même si la justice est inefficiente et en partie aux ordres des pouvoirs politiques et économiques, on comprend qu’à l’ère des réseaux sociaux, un prévaricateur peut se sentir gêné aux entournures alors qu’il ne craint pas trop ceux qui auraient du lui mettre les menottes aux poignets. On peut payer très chèrement une réputation déplorable.

 Nous sommes à l’ère flamboyante de l’impunité. Cette ère ne prospère pas seulement grâce aux manigances de ceux qui sont aux commandes du système. Cette ère prospère aussi grâce à tous ceux qui espèrent un jour avoir ces mêmes commandes. Nous l’avons souvent répété. La branche est pourrie, mais on espère avec force venir s’asseoir dessus. On ne veut donc pas la couper. Il y a une inconnue, une menace, une autre précarité dans la légalité qui effraient. Comme on est aussi tous très pressés de gravir les marches, de préférence de les sauter, on s’accommode du système qui permet toutes les déviations, et qui sans se soucier du ridicule est prêt à couronner n’importe quel ignorant.

Nous sommes peut-être sous l’égrégore de la flibuste. Notre terre, depuis ce jour funeste de l’arrivée des Espagnols sur les côtes d’Hispaniola, a accueilli tous les forbans du monde. Si les damnés de Saint-Domingue ont réussi dans un premier temps à faire chanceler un ordre impie, ils sont vite retombés sous la coupe d’autres forbans peut-être plus impitoyables, incapables même de penser un futur pour eux-mêmes. Aucune société ne peut progresser sans justice. Aucun progrès économique ne peut être accompli sans un système judiciaire fort limitant au maximum la corruption, la criminalité sous toutes ses formes. Nous n’aurions jamais été capables de sanctionner ces seigneurs en eaux troubles. Tout autant que cet état de choses ne changera pas, nous serons toujours à la traîne des nations du monde.

Gary VICTOR

 Il faudrait tirer des leçons des gestions passées en ayant en tête le gonflement de nos représentations à l’étranger sous le simple fait de la volonté de nos princes au pouvoir. Il faudrait surtout une transparence dans les décisions et dans leur exécution pour que la nation entière soit témoin que ce gouvernement souhaite vraiment changer de paradigmes.

L’héritage est lourd et date de deux siècles et plus, le récent passif n’est pas non plus pour arranger les choses dans une République où le copinage l’emporte trop souvent sur la gestion rationnelle.

 La construction de l’État nécessite un renouvellement des institutions et leur autonomie vis-à-vis des clans politiques et du vieux népotisme haïtien.

La nostalgie de la continuation sous une forme ou une autre et la confusion malheureuse entre le patrimoine de l’État et celui des équipes qui se succèdent au pouvoir sont des freins à toute réelle modernisation de l’appareil d’État.

Des signaux clairs, sobres et résolus contre la corruption et l’impunité devront accompagner toute vraie réforme. Et ceci, loin des effets de manche ou des parties de poker menteur destinées trop souvent à faire le jeu d’un Don Quichottisme politique.

 Il faut donc aller au plus profond du mal pour combattre le dysfonctionnement institutionnel et restaurer ainsi la viabilité d’un appareil d’État incapable de générer des ressources afin de promouvoir les biens publics.

 Le National continuera dans l’urgence de la critique constructive à accompagner les pouvoirs publics et l’ensemble des citoyens dans cette longue marche pour le renouveau de notre pays. C’est une promesse de toute la rédaction au moment ou sort ce précieux 500e numéro.

Roody Edmé

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