Marquons un temps d’arrêt !
Il existe dans l’opinion une perception de plus en plus répandue selon laquelle le gouvernement a du mal à trouver ses marques. Le fait social haïtien est lourd à porter et les problèmes se sont accumulés au fil des ans au point qu’aujourd’hui il est difficile de savoir par où commencer pour sortir ce pays du marasme. Il se trouve que le nouveau pouvoir a été investi au milieu d’un embrasement général du front social et le volontarisme du président risque de ne pas suffire. Le chef de l’État s’agite jusqu’à l’épuisement, de peur que l’immobilisme structurel ne le transforme en statue de sel. Il faut toutefois une approche stratégique impliquant l’ensemble des secteurs organisés pour affronter les défis de l’heure.
Il existe dans l’opinion une perception de plus en plus répandue selon laquelle le gouvernement a du mal à trouver ses marques. Le fait social haïtien est lourd à porter et les problèmes se sont accumulés au fil des ans au point qu’aujourd’hui il est difficile de savoir par où commencer pour sortir ce pays du marasme.
Il se trouve que le nouveau pouvoir a été investi au milieu d’un embrasement général du front social et le volontarisme du président risque de ne pas suffire. Le chef de l’État s’agite jusqu’à l’épuisement, de peur que l’immobilisme structurel ne le transforme en statue de sel.
Il faut toutefois une approche stratégique impliquant l’ensemble des secteurs organisés pour affronter les défis de l’heure.
La précarité ambiante et la rareté des ressources financières accentuent la paralysie d’un appareil d’État peu préparé à remplir ses fonctions régaliennes. L’initiative du député de Pétion-ville Jerry Tardieu de réunir différents groupes et personnalités de ladite commune dans un « brase lide » avec les responsables de la sécurité est à encourager partout dans le pays.
Il faut que les citoyens participent au plus près des collectivités dans la mise en oeuvre des politiques publiques. Seule une réponse concertée de l’ensemble des populations de nos villes et campagnes peut faire reculer le spectre hideux de l’insécurité et de la misère.
La concertation et le dialogue national libèreront de nouvelles énergies, des forces en rupture avec un passé fait de gabegie administrative et d’exclusion économique et sociale. Voilà ce qui pourra aider sans nul doute à la refondation véritable de notre nation.
Déjà au XIXe siècle, le premier historien haïtien Thomas Madiou (1814- 1884) dans son autobiographie récemment rééditée chez Henri Deschamps, écrivait ceci : « Malgré la proclamation des principes de 1789 à Saint- Domingue, malgré le triomphe de la Liberté et de l’Indépendance, le système colonial a laissé dans nos moeurs des traces bien dessinées et encore vivaces…ce qui existe n’est pas précisément l’esclavage d’autrefois, mais une servitude d’un autre genre…les hommes qui ont quelque connaissance sont la plupart si corrompus, ils emploient des moyens tellement réprouvés par la morale et la religion chrétienne que le gros peuple ne croit en la vertu de qui que ce soit…ceux qui possèdent ne sont aux yeux du peuple que des bandits heureux » (Madiou p 9).
Cette analyse qui date de deux siècles peut nous permettre de méditer avec humilité sur le chemin parcouru. Il est inconcevable que notre société continue à vivre dans l’exclusion et la détestation. La haine sociale alimentée par les injustices elles-mêmes arrimées à la mauvaise gouvernance ne peut qu’accélérer notre tendance, devenue presqu’instinctuelle, à la descente aux enfers.
Ce pays a un besoin urgent de se réconcilier avec lui-même. Pour y parvenir, il nous faut sortir de la contemplation de nos malheurs, arrêter l’autoflagellation. Nous agissons trop souvent comme s’il y avait quelque chose de jouissif à caresser nos souffrances.
Une des solutions consiste à nous engager résolument sur les chemins d’un vrai débat national sur l’avenir d’Haïti. Le dialogue social doit donc être institutionnalisé et permanent et non se faire à coups de crise. En attendant, nous avons grand besoin de nous imposer une période assez longue de stabilité. Une trêve dans la guerre de basse intensité que nous nous livrons depuis des lustres.
La trêve n’exclut nullement la mobilisation intelligente et structurée pour forcer à la correction d’un contrat social en lambeaux. Ce qui n’est pas souhaitable ce sont les poussées aveugles de violence, le chaos social qui revient de manière cyclique dans notre histoire tumultueuse comme un torrent grossit au fil des ans par les eaux glacées de nos égoïsmes.
Un temps d’arrêt et de réflexion constructive est fondamental pour redonner, par exemple, à l’École et à l’Université leur vraie fonction, pour encourager des initiatives louables comme celles de « Summer tech » et les diverses foires culturelles et scientifiques qui se déroulent dans la Cité, malgré tout. En dépit de la densité du malaise qui accable les citoyens.
Ce sursaut est plus que nécessaire, pour une normalisation du pays et donner une chance à cette jeunesse qui a soif d’avenir, mais qui, pour l’instant, désemparée, tenaillée par la précarité et orpheline de modèles moraux, l’exprime dans certaines circonstances assez mal.
Roody Edmé
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