Sur la pente raide...
Ce sont les contours des pistes d’une « autre Haïti possible » (au sens où l’entend Valéry Numa à son émission radiophonique très prisée « Invité du jour ») qu’ont tenté de dessiner presque tous les chefs d’État haïtiens qui se sont succédé depuis la fin de la dictature de Jean-Claude Duvalier (pour ne pas le nommer !) le 7 février 1986. De Ertha Pascal Trouillot, Leslie François Manigat à Jovenel Moïse, en passant par Jean-Bertrand Aristide et René Préval, il est un peu cocasse et décevant de constater à quel point nos dirigeants ont été incapables d’accorder leurs violons pour engager le pays sur la voie du progrès et du développement. Le bilan est à somme nulle. Les mensonges de l’histoire et la revanche démocratique de ceux que Jean L. Prophète appelle « les enfants du village » auront été parfaits. Ils sont même à citer en modèles. S’il en est besoin.
Ce sont les contours des pistes d’une « autre Haïti possible » (au sens où l’entend Valéry Numa à son émission radiophonique très prisée « Invité du jour ») qu’ont tenté de dessiner presque tous les chefs d’État haïtiens qui se sont succédé depuis la fin de la dictature de Jean-Claude Duvalier (pour ne pas le nommer !) le 7 février 1986. De Ertha Pascal Trouillot, Leslie François Manigat à Jovenel Moïse, en passant par Jean-Bertrand Aristide et René Préval, il est un peu cocasse et décevant de constater à quel point nos dirigeants ont été incapables d’accorder leurs violons pour engager le pays sur la voie du progrès et du développement. Le bilan est à somme nulle. Les mensonges de l’histoire et la revanche démocratique de ceux que Jean L. Prophète appelle « les enfants du village » auront été parfaits. Ils sont même à citer en modèles. S’il en est besoin.
Il a fallu attendre le mouvement rpk/gnbiste provoqué par la commémoration du bicentenaire de l’indépendance en 2004 et, avant toute chose, la lecture attentive du rapport de Régis Debray qui contenait toutes les explications sur la contradiction indépassable entre politique et système démocratique, pour se faire une idée de la pente raide sur laquelle s’est entrainé le pays sur fond de polémiques et d’intrigues inconsidérées.
Les plus avertis pensent vaguement que cette constatation sournoise et calme n’a rien d’étonnant. Il faut s’attendre à tout, même au pire, quand on a affaire avec les politiciens engagés dans des batailles de clans. Ce sont les dieux de tous les mauvais coups et des hasards significatifs. Mais gardons la tête froide pour ne pas perdre le fil du grand rêve d’unité et de solidarité nationale qui nous inspire.
En effet, avec la « caravane du changement », on assiste au bilan (sur le plan de la décentralisation et des grands chantiers de développement national) des régimes qui se sont succédé. Projet bizarre, ambitieux et sans cadrage. C’est en même temps une grande oeuvre d’analyse politique écrite au coeur du marasme économique qu’une certaine mémoire privée met en scène. Tout ceci est à mettre au compte d’une approche type des changements de régime ou des exigences de l’alternance.
Les propriétés technico-discursives de Jovenel Moïse sont à placer, après tout, dans la trame d’un tissu idéologique dont il faut tenter de délimiter quelques aspects. D’abord, la vision de l’Autre qui est le transcendant, le modèle à suivre. Au propre comme au figuré. Ensuite, la vision de soi qui est subordonnée à la conception qu’on se fait de l’Autre. Et c’est le pays qui en pâtit.
On voulait faire croire au « pays en dehors » que l’heure de la réforme cadastrale et, par voie de conséquence, de la production nationale a sonné. Les fruits des efforts entrepris dans cette perspective peuvent bien trahir la promesse des fleurs. Si l’on n’y prend garde. Le lieu commun de cette vision de soi est le bovarysme, l’auto-dépréciation plutôt cachée sous une hypervalorisation des idées reçues. Pour certains, Haïti est un pays essentiellement agricole. Pour d’autres, c’est un « pays paria » engagé durablement sur la pente raide du marasme économique qui entrave l’avenir.
Robenson Bernard
Une des solutions consiste à nous engager résolument sur les chemins d’un vrai débat national sur l’avenir d’Haïti. Le dialogue social doit donc être institutionnalisé et permanent et non se faire à coups de crise. En attendant, nous avons grand besoin de nous imposer une période assez longue de stabilité. Une trêve dans la guerre de basse intensité que nous nous livrons depuis des lustres.
La trêve n’exclut nullement la mobilisation intelligente et structurée pour forcer à la correction d’un contrat social en lambeaux. Ce qui n’est pas souhaitable ce sont les poussées aveugles de violence, le chaos social qui revient de manière cyclique dans notre histoire tumultueuse comme un torrent grossit au fil des ans par les eaux glacées de nos égoïsmes.
Un temps d’arrêt et de réflexion constructive est fondamental pour redonner, par exemple, à l’École et à l’Université leur vraie fonction, pour encourager des initiatives louables comme celles de « Summer tech » et les diverses foires culturelles et scientifiques qui se déroulent dans la Cité, malgré tout. En dépit de la densité du malaise qui accable les citoyens.
Ce sursaut est plus que nécessaire, pour une normalisation du pays et donner une chance à cette jeunesse qui a soif d’avenir, mais qui, pour l’instant, désemparée, tenaillée par la précarité et orpheline de modèles moraux, l’exprime dans certaines circonstances assez mal.
Roody Edmé
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