Mèt kò ki veye kò
Le Premier ministre, remplissant ses fonctions au plus haut sommet de la pyramide de l’État, est sûrement un bon père de famille avec toutes les qualités de ce voisin correct, peu avare en bons conseils, que l’on rêve tous d’avoir. Profitant de la réunion en extraordinaire du Conseil supérieur de la Police nationale du mardi 6 juin, le Premier ministre a remis à la mode – peut-être sans le vouloir - la question de la responsabilité individuelle dans la nécessité de juguler l’insécurité.
Le Premier ministre, remplissant ses fonctions au plus haut sommet de la pyramide de l’État, est sûrement un bon père de famille avec toutes les qualités de ce voisin correct, peu avare en bons conseils, que l’on rêve tous d’avoir.
Profitant de la réunion en extraordinaire du Conseil supérieur de la Police nationale du mardi 6 juin, le Premier ministre a remis à la mode – peut-être sans le vouloir - la question de la responsabilité individuelle dans la nécessité de juguler l’insécurité.
Se mèt kò ki veye kò est un message bienveillant du bon concitoyen Lafontant. Mais venant du Premier ministre, il s’agit d’un appel presqu’irresponsable de renforcer le libéralisme économique par un libéralisme politique. L’État est en train de suggérer au peuple l’auto-défense et de recourir aux armes pour combattre une insécurité endémique qui a progressé de manière spectaculaire ces derniers temps.
Le Premier ministre n’a pas tort de reconnaître que la Police ne peut pas être partout et protéger toute la population en même temps. La population, évidemment, n’a pas attendu 2017 pour comprendre l’impuissance des autorités publiques à proposer des solutions sécuritaires viables et durables.
Il y a longtemps que l’État a cédé son monopole de la « violence légitime » au peuple souverain qui a appris à veiller sur luimême et sa famille, à organiser des brigades de vigilance, à punir de mort des présumés bandits, loups-garous et autres personnes aux moeurs suspectes.
Bien que la presse n’en fasse pas régulièrement écho, il n’existe plus de journées haïtiennes sans violence fatale sur des pauvres citoyens désarmés. Ceux qui ont les moyens et les privilèges du pouvoir ont compris, comme le peuple souverain, que la sécurité est une responsabilité individuelle. Le commerce des blindés, du gardiennage armé et des caméras de sécurité est florissant pour encore longtemps.
Le National et toute la presse s’inquiètent. L’éditorial de Roody Edme de lundi 5 juin a parlé d’urgence ; un article du 6 juin égrène des noms de victimes encore fraîches ; les consignes ont envahi les réseaux sociaux. La population a peur et se perd dans les spéculations. Départ annoncé de la Minustah ? Reconstitution des cartels de drogue ? Tentative de déstabilisation du pouvoir?
Le peuple a besoin que le Premier ministre et le Conseil supérieur de la Police s’interrogent sur la faillite de notre système de sécurité au lieu de les pousser vers le « mèt kò veye kò » que les parents, les amis, les bons voisins ont toujours enseigné et qu’ils ont pratiqué jusqu’à la joyeuse anarchie.
Le peuple veille, mais l’État aurait pu, au moins, gommer son incapacité à anticiper, à organiser ses services de renseignements et à rendre la justice célèbre et crédible.
Nous refusons de croire que la sécurité ne sera possible qu’avec l’instauration d’une société de citoyens méfiants, susceptibles, délateurs et armés.
Jean-Euphèle Milcé
Roody Edmé
Roody Edmé
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