La cassure
L’été s’annonce chaud sur le front social. Les revendications fusent de partout, et pour l’heure le foyer de la contestation se concentre au parc industriel. Les conflits du travail ne sont pas en soi mauvais, ils peuvent au contraire contribuer à la modernisation de nos structures archaïques de production et à des accords collectifs dans le sens des intérêts bien compris du patronat et du salariat.
L’été s’annonce chaud sur le front social. Les revendications fusent de partout, et pour l’heure le foyer de la contestation se concentre au parc industriel. Les conflits du travail ne sont pas en soi mauvais, ils peuvent au contraire contribuer à la modernisation de nos structures archaïques de production et à des accords collectifs dans le sens des intérêts bien compris du patronat et du salariat.
Les forces en présence ont toujours proclamé leur foi dans un pays meilleur. Les patrons avaient récemment réaffirmé leur volonté de multiplier les facteurs de production. Ils avaient en outre affiché leur détermination à user de toute leur énergie de capitaine d’industrie afin de tirer la barque nationale des eaux malfaisantes du chômage structurel. Les ouvriers de leur côté se déclarent totalement en phase avec une augmentation de la production nationale qui ne pourrait que renforcer une classe ouvrière chétive, ils voudraient cependant que l’emploi soit de meilleure qualité et leur permette de faire face au galop inflationniste.
Nous sommes donc à un carrefour stratégique du développement des forces du travail en Haïti qui réclament des uns et des autres de l’intelligence et du sang froid, dans un contexte de crise généralisée.
L’Association des Industries a besoin, à côté de politiques d’investissements dans les zones franches et autres facilités industrielles, de revoir certains paradigmes de l’emploi productif. Elle se doit aussi d’encourager au sein des entreprises des espaces de dialogue, d’offrir avec l’aide de l’État de meilleures conditions de travail aux ouvriers. Le leadership syndical doit, tout en continuant sa mobilisation légitime pour des emplois plus stables et mieux rémunérés, naviguer à vue et opter pour une stratégie progressive qui prend en compte la fragilité structurelle de ce pays.
De même qu’il ne faut pas prendre prétexte de l’image de marque d’Haïti pour entraver les luttes légitimes des forces vives du travail, autant il serait irresponsable dans le cadre d’un tel mouvement d’aboutir à une paralysie générale et à long terme d’un secteur encore sous perfusion de la loi Hope.
Toute chose qui ferait encore les manchettes de la grande presse internationale à propos d’Haïti : « Trouble country » à l’instabilité légendaire.
On ne peut continuer à bâtir sur le sable de criantes injustices sociales une industrie prétendument florissante. Ni non plus à chaque fois résoudre les problèmes par le passage en force ou même à coup de promesses non tenues comme l’a fait jusqu’ici l’État Haïtien.
Nous avons dans ce pays pour habitude de laisser pourrir les situations et puis après de jouer aux pompiers. Les crises que nous aimons couver et caresser comme de petits monstres qui, après, nous dévorent les tripes sont en général des situations gérables rationnellement, mais que nous remettons toujours à plus tard.
Je me souviens qu’après le tremblement de terre du 12 janvier, certaines personnes se sont dit, peut-être que nous n’aurons pas à vivre un tel drame de sitôt et que de toute façon si cela se produit dans deux siècles nous ne serons plus présents. Au lieu de planifier, on souhaite donc que la catastrophe arrive le plus tard possible.
La hausse des prix des produits pétroliers en plus de faire fondre les salaires des ouvriers a un impact certain sur le fonctionnement des usines. Non seulement elle rend plus pressantes les demandes des travailleurs, mais encore elle met la pression sur les patrons obligés de faire face au renchérissement des coûts de production.
Pour l’heure, il s’agit de déminer le terrain pour permettre à de vraies négociations de se tenir en dehors des intimidations et de la stratégie de la nuisance. L’impasse dans laquelle se trouve le renouvellement des structures du Conseil supérieur des salaires n’est pas pour arranger les choses.
En désertant systématiquement les lieux de négociation institutionnelle, les protagonistes se sont voilé la face… jusqu’à la prochaine crise.
Roody Edmé
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