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Éditorial

Et si nous dépoussiérons le 18 mai ?

Et si nous dépoussiérons le 18 mai ?

Chaque année nous célébrons la fête du drapeau et de l’Université. Il s’agit d’un rituel important dans la vie de toute nation souveraine et libre. Le drapeau est un symbole manifeste du désir d’un peuple d’exister et de disposer de lui-même en toute indépendance. Qu’en reste-t-il 214 ans plus tard ?  Au-delà de la portée symbolique de l’évènement, n’est – il pas venu le temps du grand sursaut citoyen autour de ce bicolore qui a connu bien des infortunes, et dont les couleurs ont, au fil du temps, reflété les choix et tendances politiques dominants de chaque période de notre histoire ?

Chaque année nous célébrons la fête du drapeau et de l’Université. Il s’agit d’un rituel important dans la vie de toute nation souveraine et libre. Le drapeau est un symbole manifeste du désir d’un peuple d’exister et de disposer de lui-même en toute indépendance. Qu’en reste-t-il 214 ans plus tard ?

 Au-delà de la portée symbolique de l’évènement, n’est – il pas venu le temps du grand sursaut citoyen autour de ce bicolore qui a connu bien des infortunes, et dont les couleurs ont, au fil du temps, reflété les choix et tendances politiques dominants de chaque période de notre histoire ?

 En ce 18 mai 2017, soit près de deux cent quatorze années après sa création, des cérémonies officielles ont mis l’accent sur la mystique du drapeau: des parades de jeunes de nos lycées et collèges ont défilé bannière au vent, la tête altière pour nous rappeler que le 18 mai 1803 les futurs Haïtiens avaient, dans l’union qui fait la force, annoncé les couleurs de la libération.

 Mais le rituel ne suffit plus. Le symbole au fil des ans se vide de sa substance. Des milliers de jeunes se détournent de cette terre dans un sauve- qui- peut à nous faire frémir de honte.

Notre bicolore traîne depuis trop longtemps dans la boue de nos luttes séculaires, de la guerre de basse intensité entre les fils d’une même communauté ; au lieu d’être l’affirmation d’une nation fière de ses succès remportés contre l’adversité, notre drapeau a été le témoin de nos déchirures et de nos sanglantes bacchanales au nom des intérêts de bandes conquérantes.

 Il faut donc profiter de cette date pour interroger le piteux état de notre contrat social. Il devient urgent de réfléchir à cette nouvelle ingénierie sociale capable de remplacer cette terrible machine à fabriquer l’exclusion que constitue la société haïtienne aussi bien dans son fonctionnement passé que d’aujourd’hui.

 L’heure est grave et les catastrophes de toutes sortes font le siège de l’espace haïtien rendu plus vulnérable par de trop longues années de mauvaise gouvernance. Des dictatures successives nous nous sommes acheminés vers une sorte d’anarchie plus ou moins institutionnalisée. Le pays n’a cessé de régresser. Et chaque année nous célébrons un peu machinalement les hauts faits d’un passé révolu.

Si les célébrations de nos épopées fondatrices sont incontournables et sont constitutives de nos fondamentaux de peuple combattant et fier, la nécessité de leur redonner tout leur sens s’impose à nos volontés.

Et pour ce faire, il faut relever notre Université. Les maux qui l’affligent sont symptomatiques d’un mal être social généralisé et de l’accumulation de nos déficiences sur le plan des valeurs civiques. Depuis longtemps l’intolérance a établi ses quartiers dans nos facultés et écoles supérieures. La situation est si tragique qu’elle interpelle l’ensemble de la société. Les solutions à ce problème devront être vigoureuses et ne devront souffrir d’aucune demi-mesure. La violence s’y est invitée et l’irrespect est devenu un rite de passage.

 Nous ne pouvons laisser imploser l’Université haïtienne dans l’indifférence généralisée et laisser la nation, permettez ce jeu de mots, « perdre la tête ». Car un pays ou l’Université se meurt équivaut à une nation décérébrée.

 De nouveaux défis nous attendent au moment où nous célébrons cette semaine notre drapeau et l’Université. Ce n’est qu’en repensant la gouvernance générale du pays et en renouant avec nos valeurs profondes que nous trouverons le chemin de crête où enfin notre bicolore pourra fièrement flotter.

 Roody Edmé

 Mérès Weche

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