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Éditorial

L'éthique en humanitaire

L'éthique en humanitaire

C'est autour du thème « Haïti, main dans la main pour résoudre les questions humanitaires » que la journée internationale de l'humanitaire a été célébrée le 21 aout dernier à Port-au-Prince. À cette occasion, la coordonnatrice ai de l'aide humanitaire pour Haïti, Marielle Sander et l'ambassadeur Henri Philippe Archer, représentant du ministre de la Planification et de la Coopération externe ont dégagé bien des perspectives.

C'est autour du thème « Haïti, main dans la main pour résoudre les questions humanitaires » que la journée internationale de l'humanitaire a été célébrée le 21 aout dernier à Port-au-Prince. À cette occasion, la coordonnatrice ai de l'aide humanitaire pour Haïti, Marielle Sander et l'ambassadeur Henri Philippe Archer, représentant du ministre de la Planification et de la Coopération externe ont dégagé bien des perspectives.

Comme pour  débattre et réfléchir sur cette thématique, des acteurs, chercheurs et observateurs de l'ensemble de la sphère humanitaire haïtienne et internationale et tous ceux que la question intéresse s'étaient mobilisés avec  l'implication d'un représentant de l'État. En effet, la journée internationale de l'humanitaire a permis de poser la problématique contemporaine de l'aide, l'élargissement du champ d'action des organisations la pratiquant, de la résilience, des points d'attache entre l'action sociale et l'action humanitaire. Elle a montré qu'il y a la nécessité de refonder l'humanitaire et d'insuffler une autre vie à l'aide à l'heure où elle se cherche  une nouvelle éthique,  un nouveau paradigme.

Après le passage du séisme du 12 janvier 2010 et de l'ouragan Matthew, l'humanitaire est  revenu au premier plan.  Faut-il revenir sur la crise humanitaire née de la catastrophe qui avait mobilisé une aide  importante dont la nation tente  de dresser encore le bilan? Mais comment ne pas questionner le sort fait aux bénéficiaires du TPS, véritable patchwork sur la transition à l'oeuvre dans l'action humanitaire ?  Le paysage de l'humanitaire est en profonde recomposition. Pour cause: la déstructuration de la société due à la précarité des conditions de vie de la population, à l'instabilité politique récurrente et à la corruption généralisée. Mais tout cela ne date pas d'hier.

L'aide humanitaire peut prendre diverses formes: don d'argent, envoi de marchandises et équipements de première nécessité, envoi de personnel  faisant des interventions  sur place, renforcement des acteurs locaux. Cette aide, pouvant provenir de différentes sources, est susceptible de s'apparenter  à la fiction au point de constituer ce que Jean Christophe Ruffin (de l'Académie française) appelle « les pièges humanitaires ».

Après le 12 janvier 2010, les gouvernements qui se sont succédé ont prétendu prendre en charge la souffrance sociale. S'ils ont compris la dimension universelle de la logique humanitaire, ils n'ont pas été forcément des gouvernements humanitaires. L'importance prise par le spectacle du malheur d'autrui dans la mise en oeuvre d'interventions ponctuelles auprès des individus de pauvreté et des victimes de catastrophes naturelles est à signaler, mais elle  ne détermine point une politique de la souffrance et de la compassion sur le long terme. La réalité  post Matthew  suffit pour nous en convaincre.

D'aucuns considèrent l'humanitaire autrement que sous une forme apologétique. Erreur. Or,  la critique de la raison humanitaire suscite souvent  curiosité et indignation, désir de comprendre et volonté de transformer. Elle n'est pas à prendre comme allant de soi, mais cherche au contraire à rendre compte de ce qu'elle révèle sur la société dont elle présente une grille de lecture   s'ouvrant à des chantiers portant sur l'avenir. On n'objectera pas qu'à travers leurs programmes de développement notamment en milieu rural,  des organisations internationales, de concert avec les autorités locales, n'évacuent pas les promesses de libération de l' action communautaire. Que l' année 2017  marque le début d'une époque nouvelle en Haïti  à propos de l'éthique en humanitaire, cela est  souhaitable,  mais ne peut faire l'économie  de l'utopie qu'elle recèle.

L'éthique en humanitaire, si elle laisse en suspens des questions, n'en reste pas moins un projet éminemment crucial.  Espérons à ce sujet que les changements de paradigme  qu'apportera  ce débat mettront fin à la farce ayant trop souvent marqué la célébration des journées nationales, à commencer par celle qui caractérise bien évidemment les journées internationales.

 

Robenson Bernard

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