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Éditorial

Pour l’amour du Nord-Ouest !

Pour l’amour du Nord-Ouest !

Pendant très et trop longtemps, Port-de-Paix était plus proche de Miami que de Port-au-Prince. Parce qu’il était plus facile et plus agréable de regarder la mer au lieu d’imaginer le calvaire de la piste qu’il fallait prendre jusqu’à la nationale numéro 1.Nous sommes fatalement de cette majorité d’Haïtiens ayant grandi, hors des frontières du Nord-Ouest, avec la légende du Far West. Ce bout d’Haïti, la fin ou le commencement du pays, abandonné à l’expérimentation du pire. Un laboratoire de toutes les fausses solutions humanitaires.Il est impossible d’imaginer, de chercher à comprendre et de décrire le Nord- Ouest en refusant l’évidence même : l’abandon. Cette région est un cimetière des utopies et des projets les plus loufoques.

Pendant très et trop longtemps, Port-de-Paix était plus proche de Miami que de Port-au-Prince. Parce qu’il était plus facile et plus agréable de regarder la mer au lieu d’imaginer le calvaire de la piste qu’il fallait prendre jusqu’à la nationale numéro 1.Nous sommes fatalement de cette majorité d’Haïtiens ayant grandi, hors des frontières du Nord-Ouest, avec la légende du Far West. Ce bout d’Haïti, la fin ou le commencement du pays, abandonné à l’expérimentation du pire. Un laboratoire de toutes les fausses solutions humanitaires.Il est impossible d’imaginer, de chercher à comprendre et de décrire le Nord- Ouest en refusant l’évidence même : l’abandon. Cette région est un cimetière des utopies et des projets les plus loufoques. Dans le Nord-Ouest, on peut facilement passer d’une extrémité à une autre, de la longue et pénible sècheresse à la grande inondation. Le résultat est, dans tous les cas de figure, pareil. Du monde entier, les ONG humanitaires accourent pour en faire leurs terrains de jeu.Avec l’expérience du Nord-Ouest, nous nous sommes rendus compte de l’inefficacité de l’aide humanitaire dans un objectif de sortir les populations de la misère. Il s’agit là d’un constat flagrant d’inutilité de l’aide humanitaire.La mise sous perfusion du Nord-Ouest par les plus prestigieuses et plus grandes multinationales de l’humanitaire a été surtout caractérisée par la distribution massive de denrées qui a mis à mal les structures paysannes de production. La compétition est tellement rude que les paysans ont dû abandonner leurs parcelles pour aller vendre leur journée contre des rations alimentaires dans le cadre des programmes à haute intensité de main d’oeuvre de type « food for work ». Ceux qui ont fait de la résistance se sont retrouvés avec leur production invendue. Le blé américain a eu raison de la patate du Nord-Ouest.Et quand les Nordouesiens ont compris que le salut était dans la fuite, ils se sont rués, pendant deux décennies et au péril de leurs vies, vers les côtes de la Floride. Ainsi est né et a grandi le Nord-Ouest dans un rapport de dépendance avec l’étranger : un double paternalisme basé sur la pitié et le dur devoir d’assister : la diaspora et les cohortes humanitaires. Et le sport shake a remplacé l’acassan.Difficile d’accès, la région est restée à distance dans les esprits et dans les projets des pouvoirs qui se sont succédé.Depuis tantôt une semaine, les projecteurs sont braqués sur Port-de-Paix. Un séisme mineur, combiné à une fragilité construite socialement et politiquement, a provoqué ce que les médias et les acteurs politiques appellent avec jouissance une catastrophe naturelle. Comme s’il en faut de ces évènements pour se dédouaner et transférer toute la faute à la nature meurtrière. Sauf que la catastrophe est survenue bien longtemps avant le 6 octobre 2018. Bien avant ce séisme, des esprits malins ont réduit les habitants d’une bonne partie du Nord-Ouest à des assistés qui vivent par la main tendue.La surenchère de la communication, qui entoure l’aide apportée aux sinistrés de Port-de-Paix, enlève toute la magie de l’action citoyenne, responsable, désintéressée et altruiste. Il faut être cynique pour imaginer tirer bénéfice d’une campagne de séduction et de prestige sur le dos de pauvres sinistrés.Cachez-nous ces kits, ces tweets, ces communiqués, ces génératrices, ces bouteilles d’eau, ces promesses que nous ne saurions voir !Paradoxalement, le Nord-Ouest est la région des grandes potentialités. Peu peuplée, avec une morphologie où plaines, montagnes, côtes, cours d’eau s’agrémentent, la région peut-être le lieu d’expérimentation d’un modèle innovant de développement pour réparer la malfaisance des apprentis sorciers qui a duré trop longtemps.Les acteurs politiques, la très charitable communauté internationale, les expertes agences internationales, les respectables entrepreneurs en plus d’être patriotes, les courtiers de toutes les palpitantes aventures et l’imposante diaspora devraient comprendre que la mobilisation de projets d’infrastructures permettra aux éternels sinistrés du Farwest de s’émanciper et de développer leur région dans la dignité. À partir de ce moment, les messages et les communiqués auront un meilleur contenu.Faut-il rappeler que dans le cas du Nord-Ouest, la charité n’est pas que blessante ; elle a signé l’arrêt de mort de toute une région.Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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