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Éditorial

Assainir la capitale, un trou sans fond ?

Assainir la capitale, un trou sans fond ?

L’une des mauvaises sensations auxquelles le citoyen haïtien finit par s’habituer est celle de devoir se contenter, faute de mieux, du peu de services qui lui sont offerts. Le seuil de satisfaction baisse à mesure que les besoins ne sont pas satisfaits. Même l’organisme humain tient plusieurs jours avec de très faibles rations. C’est naturel !Il a fallu cette guerre déclarée par la municipalité de Port-au-Prince aux piles de détritus des coins de rue pour qu’on se rende compte que les résidants de la capitale sont encore réceptifs. Contrairement à l’arrêté communal imposant une amende aux citoyens surpris en train de polluer l’environnement, le jingle « Pa jete », a vraisemblablement réussi à faire un impact.

L’une des mauvaises sensations auxquelles le citoyen haïtien finit par s’habituer est celle de devoir se contenter, faute de mieux, du peu de services qui lui sont offerts. Le seuil de satisfaction baisse à mesure que les besoins ne sont pas satisfaits. Même l’organisme humain tient plusieurs jours avec de très faibles rations. C’est naturel !Il a fallu cette guerre déclarée par la municipalité de Port-au-Prince aux piles de détritus des coins de rue pour qu’on se rende compte que les résidants de la capitale sont encore réceptifs. Contrairement à l’arrêté communal imposant une amende aux citoyens surpris en train de polluer l’environnement, le jingle « Pa jete », a vraisemblablement réussi à faire un impact. Car il suffit d’entendre le klaxon récurrent des camions compressifs pour que les habitants des corridors ou ceux qui ont un vrai « devant de maison » s’empressent de sortir leurs déchets domestiques. Dans certains quartiers, l’expérience se révèle payante.Qui n’est pas soulagé de voir disparaître les montagnes d’immondices couvertes de bestioles ? Cette satisfaction ou demi-satisfaction se dissout malheureusement à mesure qu’on se rappelle qu’elles ont tout simplement été déplacées. Quoique moins imposantes, elles réapparaissent dans les coins où on les attendait le moins. N’étant pas traitées dans des décharges sanitaires, les ordures reviennent sous une forme ou une autre. Mais cela n’enlève rien au mérite de l’initiative des autorités municipales qui, en dehors d’une politique globale sur le plan environnemental, tentent de remplir d’eau un seau percé.En plein coeur de la ville, de nombreux agents du service des voiries occupent les trottoirs matin et soir pour balayer et ramasser sachets plastiques, assiettes et gobelets en polyfoam et tout ce qui fait le décor répugnant des caniveaux. La présence de ces hommes et femmes aurait dû être permanente, car les rues se salissent à nouveau à un rythme étourdissant. Quelqu’un a eu raison de dire que « ce n’est pas en ramassant régulièrement les détritus qu’on parvient à garder une ville propre, mais plutôt en évitant de la polluer ».Haïti est le pays le moins performant de la région Amérique-Caraïbes en matière de collecte de déchets avec un taux de 12.4 %, loin derrière son devancier, le Paraguay, qui affiche un pourcentage de 57 %, selon la Banque Mondiale. Vu le caractère transversal de la gestion des déchets, aussi longtemps que le pays ne se sera pas doté d’une vraie politique en la matière, les résultats revendiqués par les décideurs demeureront un trompe-l’oeil. Les initiatives éphémères et isolées doivent laisser leur place à des actions coordonnées entre le pouvoir central et les autorités locales. La bataille contre les produits plastiques, l’éducation à l’environnement, la construction de centres de tri et de décharges sanitaires et l’aménagement (ou réaménagement) de l’espace urbain sont des sentiers encore inexplorés. Le plus gros reste à faire.Notre ère est celle de tous les paris.Quel est le nôtre ?Il nous faut sortir du dilemme Petro blokaj versus Petro dechoukaj. Aussi est-il important pour les pouvoirs publics d’agir vite afin d’éviter la fatalité du pire.Il est vrai que ce qui est catastrophique pour la ville des Gonaïves et sa région, ce qui est loin d’être naturelle, réside dans l’appauvrissement progressive, mais dramatique, de la population.Dans les années 70 du siècle dernier, pour une population de moins de cent mille âmes, l’économie de la ville était portée par plusieurs manufactures spécialisées (IDAI, par exemple) et une forte activité de l’industrie extractive.En 2018, après la fermeture des usines, quelques deux inondations d’importance et deux carnavals, Gonaïves gère quelques commerces, ses envies de révolte et les projets d’avenir de quatre cent mille personnes, au moins.Pour ce triste anniversaire, la meilleure manière d’honorer les victimes serait d’imaginer la revitalisation des Gonaïves pour que cette vielle arrête d’exercer un pouvoir d’attraction sur les catastrophes.Nous nous permettons de douter. Aujourd’hui, ramène aussi le 81e anniversaire du massacre, par les Dominicains, de plus de vingt mille Haïtiens au nord de la frontière entre les deux pays.Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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