Mieux préparé qu’avant 2010 ?
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Ce n’est pas toujours facile de connaitre l’état d’esprit d’un chef d’État. Ceux qui ont évolué dans les couloirs du Palais national expliquent qu’il faut avoir du tact pour savoir quand « le chef » blague ou quand on doit le prendre au sérieux. S.E.M. Jovenel Moïse, de passage à New York dans le cadre de la 73e assemblée générale des Nations unies, a surpris les communautés haïtiennes le 25 septembre 2018 par ses déclarations selon lesquelles le pays serait mieux préparé qu’avant 2010 à faire face à des désastres naturels. L’autodérision aide à décompresser. L’humour a sa place dans des méthodes thérapeutiques.
Ce n’est pas toujours facile de connaitre l’état d’esprit d’un chef d’État. Ceux qui ont évolué dans les couloirs du Palais national expliquent qu’il faut avoir du tact pour savoir quand « le chef » blague ou quand on doit le prendre au sérieux. S.E.M. Jovenel Moïse, de passage à New York dans le cadre de la 73e assemblée générale des Nations unies, a surpris les communautés haïtiennes le 25 septembre 2018 par ses déclarations selon lesquelles le pays serait mieux préparé qu’avant 2010 à faire face à des désastres naturels. L’autodérision aide à décompresser. L’humour a sa place dans des méthodes thérapeutiques. De tels propos pourraient donc n’avoir pas été gratuits. Un président mérite ce crédit.L’allusion faite au 12 janvier sous-entend que S.E.M Jovenel Moïse évoquait le bilan post-séisme. S’il croit ses propres déclarations, le chef de l’État est parmi les rares Haïtiens à ne pas remarquer les constructions anarchiques qui s’érigent un peu partout dans la capitale et dans d’autres grandes villes. Faut-il rappeler au président que la majorité des personnes tuées, huit ans de cela, par le tremblement de terre ont trépassé sous des décombres ? Suite aux secousses ressenties le week-end dernier au Cap-Haïtien, des citoyens témoignent qu’ils vivent avec la peur au ventre. Le directeur du Bureau des mines et de l’énergie Claude Prépetit a, d’ailleurs, soutenu, 48 heures avant les déclarations de New York que les mesures les plus urgentes n’ont toujours pas été adoptées pour éviter qu’un nouveau séisme fasse autant de victimes que celui de 2010.Aucun plan de contingence ne pourrait ne pas inclure l’application d’un nouveau code de construction. Certes, le ministère des Travaux publics, appuyé par des agences internationales comme l’ONU Habitat, s’est démené pour populariser les techniques de construction parasismique, mais il demeure évident qu’un code de construction ne s’applique pas tout seul. Combien d’écoles, d’hôpitaux, d’églises, en dehors des bâtiments endommagés ou détruits, ont été renforcés selon les normes établies ? Qu’est-ce qui a changé dans les conditions d’octroi des permis de construction au niveau des mairies ? Ces questions restent pendantes.Il ne serait pas honnête de dire que tout est exactement comme avant 2010. Certaines entreprises ont consenti d’assez lourds investissements pour reconstruire leurs locaux avec une ossature métallique. Mais cela n’enlève rien au fait que la cité de Canaan, dans la commune de la Croix-des-Bouquets, constitue la plus grande cicatrice que le séisme de 2010 ait laissée sur l’habitat haïtien. C’est également la preuve que « la reconstruction sur de nouvelles bases » annoncée n’était qu’un leurre.Des penseurs s’autorisent à affirmer que le peuple haïtien a la capacité de rire de son propre malheur. Les mésaventures, tellement courantes dans le vécu de l’haïtien, auraient perdu tout pouvoir de l’accabler. Plus encore, on reconnait à certains des nôtres l’attitude qui consiste à tout faire pour cacher aux étrangers la laideur de quelques façades du pays. Mais au-delà des considérations sociologiques ou autres, les autorités sont a priori redevables au peuple haïtien. Le désir de faire bonne impression auprès des étrangers, n’est-ce pas déjà une bonne raison de tout mettre à point ? Avoir honte de soi peut être un facteur de motivation.Faudra-t-il attendre que la PNH compte 20 000 agents pour enfin relever le niveau académique du policier et lui accorder un traitement digne de sa mission ? Évaluer les menaces en matière de sécurité publique, identifier puis faire face aux facteurs criminogènes et gagner la confiance de la population sont l’apanage de spécialistes bien équipés et bien traités. Le choix d’opérer une vraie réforme s’impose. Qui veut aller loin ménage sa monture !Nos chefs sont avertis. S’ils sont sincères dans leur projet de transformation de l’État, il faudra en plus d’un document de réforme bien ficelé, une volonté politique qui s’apparenterait à une véritable révolution culturelle.Aussi, il faut admettre que l’empreinte destructrice des gonaïviens sur une terre marécageuse au niveau de la mer a facilité la catastrophe. Si la ville avait été habitée autrement, l’inondation n’aurait pas provoqué autant de morts et affecté, pour encore longtemps, l’économie moribonde de la ville.Il est vrai que ce qui est catastrophique pour la ville des Gonaïves et sa région, ce qui est loin d’être naturelle, réside dans l’appauvrissement progressive, mais dramatique, de la population.Dans les années 70 du siècle dernier, pour une population de moins de cent mille âmes, l’économie de la ville était portée par plusieurs manufactures spécialisées (IDAI, par exemple) et une forte activité de l’industrie extractive.En 2018, après la fermeture des usines, quelques deux inondations d’importance et deux carnavals, Gonaïves gère quelques commerces, ses envies de révolte et les projets d’avenir de quatre cent mille personnes, au moins.Pour ce triste anniversaire, la meilleure manière d’honorer les victimes serait d’imaginer la revitalisation des Gonaïves pour que cette vielle arrête d’exercer un pouvoir d’attraction sur les catastrophes.Nous nous permettons de douter. Aujourd’hui, ramène aussi le 81e anniversaire du massacre, par les Dominicains, de plus de vingt mille Haïtiens au nord de la frontière entre les deux pays.Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.
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