L’État peut-il se réformer ?
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Le débat autour de la modernisation de l’État s’intensifie de nos jours avec la finalisation par l’Office de management et de ressources humaines(OMRH) du nouveau document de référence de la réforme de l’État. Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Jean-Henri Céant a mis l’accent sur la nécessité de mettre l’administration publique « au service du citoyen ». Tout semble donc concourir pour qu’enfin, cette réforme depuis longtemps en chantier puisse connaître un début d’aboutissement.
Le débat autour de la modernisation de l’État s’intensifie de nos jours avec la finalisation par l’Office de management et de ressources humaines(OMRH) du nouveau document de référence de la réforme de l’État. Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Jean-Henri Céant a mis l’accent sur la nécessité de mettre l’administration publique « au service du citoyen ». Tout semble donc concourir pour qu’enfin, cette réforme depuis longtemps en chantier puisse connaître un début d’aboutissement.Ce qu’il faudra surtout éviter, c’est le double emploi. Il y a une réforme en cours sous les auspices de l’OMRH et il y a une annonce faite par le Premier ministre de la mise en place d’une table sectorielle autour de la même problématique. Le risque que les deux réformes balisent le même chemin existe et que comme toujours tout soit à recommencer. On l’a déjà constaté avec les différentes réformes sur l’éducation jamais inachevées, toujours à recommencer !Et rien n’est plus paralysant pour le vrai changement que les initiatives qui ne se matérialisent jamais dans la glaise du réel. Ce pays a déjà connu sur le papier d’excellents plans de réformes conçus par les meilleurs experts nationaux et étrangers, et, comme on dit chez nous : « Nad marinad ». Une fois élaborés, on les relègue dans des tiroirs de l’oubli : le plus difficile reste l’application sur un terrain plutôt rocailleux de ces semences de l’espoir. Or, l’un des grands obstacles à toute véritable transformation de l’appareil d’État est sa propension à rejeter toute nouveauté comme un corps étranger. Surtout si cette réforme vient bousculer des habitudes confortablement installées, telles que des pratiques de corruption incluant toute la panoplie d’actions déloyales, abusives et frauduleuses : gabegie, népotisme, favoritisme, passe-droits, etc. Il existe une sous-culture organisationnelle bien en place depuis des lustres et qui fonctionne comme sur pilotage automatique.Nous avons souvent vu les meilleures initiatives se fracasser contre les murailles inexpugnables d’une tradition qui remonte au moins au Président Pétion. Un « lese grennen » qui sait comment gagner à l’usure les technocraties les plus coriaces et mettre sous le boisseau les réformes les plus velléitaires. Ce qui se passe dans l’administration publique n’est que le reflet d’un mode de fonctionnement général qui affecte la société tout entière. Tout se passe comme si l’exception haïtienne se résumait au « fè sam pito » . Or ce n’est nullement une fatalité : beaucoup constate que nous nous comportons différemment une fois à l’extérieur du pays, nous savons nous adapter aux normes et aux règles dans les sociétés ou on applique la loi. Mais dès notre arrivée à l’aéroport de Port-au-Prince, c’est le relâchement total de toutes nos pulsions, même les plus débridées. Et certains citoyens qui ont le sens de l’humour plutôt noir n’hésitent pas à afficher en grandes lettres sur le pare-brise de leurs véhicules : « love it or leave it ». En d’autres termes, il faut accepter ce mode de vie, notre pays est tellement singulier.En fait, l’État haïtien tolère à peu près n’importe quel comportement anarchique de ses citoyens. Il peut toutefois, réprimer avec la dernière rigueur toute tentative de mise en question de l’autorité politique qui préside au système. C’est un héritage de nos multiples dictatures qui autorisent toutes les « magouilles » pourvu que l’on ne touche pas à l’essence du pouvoir.La réforme de l’État ne pourra se réaliser que si on prend en compte ces paramètres sociologiques. Le culte du chef, le clientélisme et le népotisme sont des pratiques presque sui-généris qui sauront résister aux tentatives de mettre en place un État moderne. Nos pères conscrits ont expliqué que leurs multiples frais de fonctionnement mis en cause par l’opinion publique, leur permettaient de faire face aux demandes de leurs « bases ». Il leur est difficile d’y renoncer sous peine de faire capoter tout un système. Toutes ces pratiques bien ancrées dans nos moeurs feraient partie d’une sorte de « realpolitik » à l’ haïtienne.Nos chefs sont avertis. S’ils sont sincères dans leur projet de transformation de l’État, il faudra en plus d’un document de réforme bien ficelé, une volonté politique qui s’apparenterait à une véritable révolution culturelle.Aussi, il faut admettre que l’empreinte destructrice des gonaïviens sur une terre marécageuse au niveau de la mer a facilité la catastrophe. Si la ville avait été habitée autrement, l’inondation n’aurait pas provoqué autant de morts et affecté, pour encore longtemps, l’économie moribonde de la ville.Il est vrai que ce qui est catastrophique pour la ville des Gonaïves et sa région, ce qui est loin d’être naturelle, réside dans l’appauvrissement progressive, mais dramatique, de la population.Dans les années 70 du siècle dernier, pour une population de moins de cent mille âmes, l’économie de la ville était portée par plusieurs manufactures spécialisées (IDAI, par exemple) et une forte activité de l’industrie extractive.En 2018, après la fermeture des usines, quelques deux inondations d’importance et deux carnavals, Gonaïves gère quelques commerces, ses envies de révolte et les projets d’avenir de quatre cent mille personnes, au moins.Pour ce triste anniversaire, la meilleure manière d’honorer les victimes serait d’imaginer la revitalisation des Gonaïves pour que cette vielle arrête d’exercer un pouvoir d’attraction sur les catastrophes.Nous nous permettons de douter. Aujourd’hui, ramène aussi le 81e anniversaire du massacre, par les Dominicains, de plus de vingt mille Haïtiens au nord de la frontière entre les deux pays.Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.
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