radiotelepacific@gmail.com
Radio Pacific 101.5 fm
Éditorial

La myopie persistante

La myopie persistante

Les événements qui ont secoué Port-au-Prince les 6, 7 et 8 juillet auront été parmi les plus révélateurs de toute l’année 2018 sur le plan politique. Les autorités n’ont pas vu venir cette tempête qui traduisait un trop-plein de frustrations et de rage. Les cris lancés par divers groupes de la société étaient pourtant une alerte assez précise. L’absence de politique sociale dans un pays déchiré par les inégalités provoque toujours - et souvent sur une base cyclique - de tels troubles.

Les événements qui ont secoué Port-au-Prince les 6, 7 et 8 juillet auront été parmi les plus révélateurs de toute l’année 2018 sur le plan politique. Les autorités n’ont pas vu venir cette tempête qui traduisait un trop-plein de frustrations et de rage. Les cris lancés par divers groupes de la société étaient pourtant une alerte assez précise. L’absence de politique sociale dans un pays déchiré par les inégalités provoque toujours - et souvent sur une base cyclique - de tels troubles. Enfermés dans leur bulle et paralysés par leur myopie, les hommes et femmes au pouvoir persistent à alimenter leur soif de richesses sans se résoudre à amorcer le moindre arbitrage au profit des démunis.La démission du Premier ministre Jack Guy Lafontant réclamée par plusieurs secteurs est apparue comme la conséquence politique des émeutes provoquées par l’annonce de l’augmentation des prix de l’essence. Mais étant donné qu’ils doivent rester en poste jusqu’à leur remplacement, les membres du gouvernement sont encore vissés dans leurs fauteuils. Entre-temps le processus de ratification de la nouvelle équipe tarde à aboutir. Rien ne sert de courir. « Le président doit avoir du temps pour mettre en place un gouvernement qui répond aux besoins de la conjoncture », justifiaient certains.Deux mois après les émeutes de juillet, à l’incertitude politique de l’heure s’ajoutent quelques données qui confortent les pessimistes. Le désir de reconduire plusieurs anciens ministres est contradictoire à l’idée selon laquelle un nouveau gouvernement serait un début de solution. « Pourquoi ne pas garder les bons serviteurs ? », s’est demandé le Premier ministre nommé après le dépôt de ses pièces au Sénat. Mais « bon serviteur » demeurera très flou tant que les critères d’évaluation et les résultats obtenus n’auront pas été explicités. Sans compter que les pressions exercées par des clans tant au Parlement que dans d’autres sphères d’influence pour maintenir certains noms sur la liste ont été ébruitées dans la presse et sur les réseaux sociaux.En outre, le budget rectifié récemment voté dans les deux chambres ne permet de voir aucune velléité d’appliquer une politique sociale pour agir sur les causes profondes des dernières protestations accompagnées de pillages. Au contraire, ce sont les vautours qui continuent de garnir leurs tables. En dépit des annonces sur la suppression de privilèges dans le cadre d’un éventuel plan d’austérité, les institutions considérées comme les plus budgétivores n’ont pratiquement rien lâché. Seuls 50 millions de gourdes ont été ajoutées aux ressources affectées aux ministères des Affaires sociales (20 millions) et de la Santé (30 millions). Les dépenses pour l’achat de biens et services ont augmenté de plus de 5 milliards de gourdes. La Présidence, le Sénat et la Chambre basse ont soit bénéficié d’augmentation, soit gardé leur même allocation.Difficile de croire que les autorités ont déjà oublié les promesses qui leur ont été arrachées par la fureur populaire. Malgré le ras-le-bol contre la corruption, l’inflation asphyxiante et la décote continue de la gourde, les décideurs ont l’air de ne remarquer aucun indice qui puisse faire craindre une nouvelle explosion de colère. Leur myopie est-elle grave au point qu’ils s’entêtent à avancer vers un danger remarquable à distance ?L’histoire a cette capacité de trouver une explication à l’échec. Le prochain gouvernement devra sortir du grenier la malle des larges concessions. Sinon, tous les dimanches que le Bon Dieu fait ainsi que les autres jours des semaines à venir risquent d’être aussi agités que le dimanche 10 septembre 2018. Des revendications portées par des milliers de manifestants, et pas qu’à Port-au-Prince, et des parlementaires exigeant le retrait d’un arrêté de nomination des membres du gouvernement. Obligation d’abdiquer avant de gouverner.Coïncidence ou oubli, cette année, une première depuis des décennies, l’État n’a consenti aucun investissement dans des travaux à haute intensité de main-d’oeuvre indispensable pour la réfection des tronçons urbains et pour la garantie de revenus pour les ménages vulnérables. Avec la rentrée des classes, la circulation est devenue plus dense dans la région métropolitaine et les nombreuses crevasses au milieu de la chaussée irritent les citoyens.Le moins que l’on puisse dire est que ce constat renseigne sur l’état d’esprit des dirigeants et sur les conséquences de la demi-mesure entre un gouvernement nommé et un autre démissionnaire.Peu importe le prix à payer ou le coupable à livrer, il est urgent de pacifier le champ social, de redonner confiance, de permettre à la justice d’apaiser la colère de ceux qui, en fin de compte, gardent les valeurs et principes de la démocratie en vie.Alors un drapeau sale et déchiré flottant au sommet d’un édifice public ou d’un commissariat, devrait-on s’en étonner ?Le drapeau est ce qu’on est. Ce n’est pas un détail si ces drapeaux sont sales et déchirés.Il y a eu une incursion de soldats dominicains en territoire haïtien dans la région de Belladère. Les circonstances de l’affaire ne sont pas claires, car du côté haïtien, on n’a vraiment pas eu une réaction officielle. Mais il y a plein de réactions sur les réseaux sociaux comme celle de dire de cesser tout commerce, toute relation avec le pays voisin.Ces gens auraient dû voir un documentaire du journaliste Ives Marie Channel sur nos territoires frontaliers. Une honte pour l’État et les gouvernements haïtiens. La frontière n’est pas Malepasse, Ouanaminthe, Anse à Pitre seulement. C’est plus de trois-cents kilomètres de frontière et la majorité de la population qui y vit dépend de la République dominicaine pour l’éducation, la santé, l’eau potable, etc. Ce documentaire, les âmes prudes, nos nationalistes de pacotille, évitent de le visionner, ou s’ils l’ont visionné, ils préfèrent l’oublier.Et pourtant c’est la moindre des choses que de veiller à ce qu’un drapeau sur un édifice public soit fier. Si on n’est même pas capable de penser à cela, on a quelque chose qui ne fonctionne pas nos têtes.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Éditorial

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre