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Éditorial

L’immunité du mal

L’immunité du mal

Le Parlement haïtien depuis quelques jours est sous le feu des projecteurs. Les querelles entre sénateurs permettent de révéler au grand jour des choses qu’on mettait sous le boisseau. On savait déjà comment la course aux privilèges a transformé l’institution en un lieu pilote pour la perversion de la stabilité. Trafic d’influence, chantage à l’Éxécutif qui détient les cordons de la bourse, bref, on est bien loin de ce qu’avait été, il n’y a pas si longtemps encore, notre Parlement.Une sombre stratégie se développe ces jours-ci. Son objectif est de faire croire que tout le pays est pourri et qu’il est fou de penser qu’on peut changer le cours des choses. Si on remonte à la 46e législature, par exemple, dans les années 1995-2000, on est très loin des turpitudes d’aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire qu’on n’aurait rien à reprocher à ces parlementaires. Mais, aucun d’entre eux, semble-t-il, ne s’est grassement enrichi durant son mandat. À la 46e, il y avait des hommes avec encore une vision de la nation et on se serait bien offusqué alors si des sommes circulaient dans les couloirs pour influencer une quelconque décision. On pouvait avoir un problème idéologique avec l’un ou l’autre de ces sénateurs, mais difficile de penser à les questionner sur leur intégrité. La Chambre des députés aussi avait à l’époque des figures imposantes et des soupçons, des accusations, comme il y en a aujourd’hui, ne seraient jamais à un tel niveau de présomption de corruption.Le Parlement a commencé à prendre l’eau quand l’Éxécutif vers le début des années 2000, fatigué d’une certaine cohésion du pouvoir législatif avait décidé de la détruire en faisant tout pour faire élire au Bicentenaire des hommes qui n’avaient rien à y faire.

Le Parlement haïtien depuis quelques jours est sous le feu des projecteurs. Les querelles entre sénateurs permettent de révéler au grand jour des choses qu’on mettait sous le boisseau. On savait déjà comment la course aux privilèges a transformé l’institution en un lieu pilote pour la perversion de la stabilité. Trafic d’influence, chantage à l’Éxécutif qui détient les cordons de la bourse, bref, on est bien loin de ce qu’avait été, il n’y a pas si longtemps encore, notre Parlement.Une sombre stratégie se développe ces jours-ci. Son objectif est de faire croire que tout le pays est pourri et qu’il est fou de penser qu’on peut changer le cours des choses. Si on remonte à la 46e législature, par exemple, dans les années 1995-2000, on est très loin des turpitudes d’aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire qu’on n’aurait rien à reprocher à ces parlementaires. Mais, aucun d’entre eux, semble-t-il, ne s’est grassement enrichi durant son mandat. À la 46e, il y avait des hommes avec encore une vision de la nation et on se serait bien offusqué alors si des sommes circulaient dans les couloirs pour influencer une quelconque décision. On pouvait avoir un problème idéologique avec l’un ou l’autre de ces sénateurs, mais difficile de penser à les questionner sur leur intégrité. La Chambre des députés aussi avait à l’époque des figures imposantes et des soupçons, des accusations, comme il y en a aujourd’hui, ne seraient jamais à un tel niveau de présomption de corruption.Le Parlement a commencé à prendre l’eau quand l’Éxécutif vers le début des années 2000, fatigué d’une certaine cohésion du pouvoir législatif avait décidé de la détruire en faisant tout pour faire élire au Bicentenaire des hommes qui n’avaient rien à y faire. La puissance du narcotrafic a fait le reste. L’immunité parlementaire a été interprétée alors par certains comme une protection contre qui nous savons, un acquis capable d’être utilisé, négocié.Les derniers évènements semblent avoir ouvert des portes fermées. Des photos circulent sur l’internet montrant des écoles nationales. Dans nos éditoriaux, nous avons souvent dénoncé l’état de nos écoles nationales dans certaines communes. Dans les cours d’économie, on n’apprend pas, semble-t-il, à travailler sur l’opportunité des dépenses ni sur le détournement des fonds publics et la possibilité de leur récupération. Cela permet de protéger, qui on sait. Ainsi, l’État n’a pas de ressources pour nos écoles nationales, mais il en a pour octroyer des privilèges à des parlementaires, des hauts fonctionnaires qui n’ont jamais prouvé leur utilité à la nation. Des privilèges odieux dans un pays où une population est dans un tel état de dénuement.L’immunité parlementaire est mal comprise ici. Un parlementaire qui brûle un feu rouge peut et doit recevoir une contravention d’un agent de police. L’immunité parlementaire ne protège pas dans les cas de délinquance civile. Dans un tel cas, on va forcément vers la catastrophe. Il y a une autre immunité qui s’établit partout et qui vient renforcer cette fausse conception de l’immunité parlementaire. C’est l’immunité du mal. Le mal, ici, on ne l’attaque pas. C’est un monstre qu’on pointe du doigt. Comme c’est un monstre qui rapporte gros, on fait en sorte de le servir, de le nourrir et de le mettre à l’abri de toute tentative de le nuire. L’immunité du mal permet la perversion de la stabilité. C’est beau un mandat de quatre, de six ans pour jouir et ripailler en toute légitimité. C’est aux citoyens maintenant de comprendre l’importance du vote et le suicide que constitue le fait de rester chez soi le jour des élections ce qui permet ainsi aux décideurs traditionnels d’installer sans grand mal leurs poulains pour la perpétuation du mal.Il est un fait certain que la grande mobilisation du weekend dernier était incontournable. Aucune force de police n’aurait pu contenir un mouvement aussi généralisé avec des acteurs aussi déterminés, mais les pillages et les destructions systématiques qui ont duré même après la levée de la décision laissent dubitatifs.Il doit exister un profond malaise au sein des organes éxécutifs de ce pays qui méritent en toute urgence d’être revus. Il n’est pas possible que l’irresponsabilité et le manque de planification soient aussi à leur comble. On parle beaucoup ces jours-ci de mission hautement « sacrée » confiée par le peuple à ses élus. Il est temps que dans ce pays, ces élus qu’ils soient au Parlement ou dans l’Éxécutif se montrent à la hauteur de cette lourde mission.Ce peuple est humilié et nargué tous les jours par les privilèges et les postures peu amènes de ses élus. En même temps, on lui demande de se serrer la ceinture et surtout de rester serein face à sa misère. Aucune suite au dossier Petrocaribe et on l’exige de payer beaucoup plus pour un pétrole encore fumant de scandale.Quant aux élites économiques de ce pays outrageusement victimes de ces violences, il est venu pour eux l’heure d’opérer un bilan honnête autour des engagements pris en faveur de l’environnement, de la culture, de l’éducation dans une perspective de solidarité. Combien de musées et d’activités littéraires et artistiques, de projets communautaires sont supportés par des organismes privés ? Il en existe quelques rares qui ne font pas encore la différence. Et cette inaction ou cette passivité ne fait que mettre à nu les inégalités et renforcer les conflits de classe.De son côté, L’Opposition politique doit se rendre plus crédible. Les conférences de presse dominées par l’invective et la menace ne font pas un projet de société. Ce pays a les moyens de s’en sortir. Cependant, il faut surtout que nos pratiques changent, et ce à quelque secteur que nous appartenons.Le pays pourra ne pas survivre à deux désastres en l’espace de quelques jours.Jean-Euphèle Milcé   Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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