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Éditorial

Préserver la stabilité !

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En face d’une élite dont les évènements troublants de début juillet ont montré qu’elle était plus que fébrile pour se révéler l’ombre d’elle-même devant la fureur des menées subversives ou du désir de changement des masses populaires prêtes à éclater de colère en faisant fi de l’appel d’un «messie» ou d’un «prophète» dont elles ignorent où ils les conduiraient, le maintien de la paix s’impose. Il dépend essentiellement de notre con­science de la primauté de l’intérêt national sur les intérêts de clan ou de chapelle. Cet intérêt supérieur est celui d’une Haïti libérée de ses en­traves et de ses servitudes.

En face d’une élite dont les évènements troublants de début juillet ont montré qu’elle était plus que fébrile pour se révéler l’ombre d’elle-même devant la fureur des menées subversives ou du désir de changement des masses populaires prêtes à éclater de colère en faisant fi de l’appel d’un «messie» ou d’un «prophète» dont elles ignorent où ils les conduiraient, le maintien de la paix s’impose. Il dépend essentiellement de notre con­science de la primauté de l’intérêt national sur les intérêts de clan ou de chapelle. Cet intérêt supérieur est celui d’une Haïti libérée de ses en­traves et de ses servitudes. Malheureusement, elle ne s’est pas suffisam­ment imposée jusqu’ici à notre démocratie en gestation qui n’en finit pas de surprendre.Quand cette élite réalise que ce que redoutent les couches les plus vul­nérables de la population, ce qui les nuit, leur nuira fortement à elles-mêmes, elle se rend à l’évidence que les mouvements de rue dits spon­tanés sont une opportunité formidable pour l’État de se questionner, de se faire comptable de ses lacunes, de ses ratures par rapport aux inégali­tés sociales. Et de se ressaisir. Pendant qu’il en est temps.La Police nationale d’Haïti (PNH) tape du poing sur la table. Après tout. Elle se dit debout contre les actes de banditisme, de pillages et les menées susceptibles de troubler l’ordre public. Les récents bouleverse­ments ont échaudé particulièrement les esprits. Peste ! Il y a donc fort à parier que désormais la PNH est plus que déterminée à « protéger et servir » dans les circonstances où on l’attend le plus. Soit. Mais avec ou sans moyens? Protéger les vies et les biens est plus qu’un slogan qui ne repose pas forcément sur un mythe en cas d’émeute, de soulèvement populaire et de grande crise sociale provoquée par la détérioration des conditions de vie de la population.Depuis la remise en question systématique de l’État providence con­sacrée par le néolibéralisme et ses avatars inquiétants, c’est une erreur monumentale de porter sa colère contre les politiques publiques stéri­les, donc sans effets déterminants sur le changement social, mais aussi contre ceux qui, du mieux qu’ils peuvent, font office de « créateurs de richesse » qui, il est vrai, correspond beaucoup plus au statut de « héros modernes » accordé aux entrepreneurs grouillant et se mouvant dans un État chaotique et ingouvernable, mais se démenant comme le diable dans un bénitier pour bâtir l’avenir.Dans les rangs des manifestants en furie, mais non moins compréhensi­bles, le son de cloche est tout autre. Pendant leur mouvement, une seule chose leur tenait à coeur : le retrait pur et simple de l’arrêté présidentiel annonçant l’augmentation excessive des prix du carburant. On aurait pu croire qu’une fois cet arrêté rétracté, ce serait la fin du mouvement. Tant s’en faut. La sortie tardive, mais opportune du président de la République aura été diversement interprétée par l’opinion. Quand Jovenel Moïse, de sa voix tremblotante, le teint fatigué et en position assise s’adressant aux « sacrés casseurs », a cru bon de sermonner : « peuple haïtien, vous avez parlé (NDLR : haut et fort) et votre président constitutionnel vous a en­tendu et compris..., cela signifie-t-il que c’est la meilleure manière pour les masses populaires d’être écoutées attentivement par celui qu’elles ont gratifié de leur bulletin de vote, il y a dix-sept mois et dont le bilan de gestion laisse à désirer s’il n’est pas trop tôt pour le dire?Jovenel Moïse n’a pas cru si bien faire en vantant les mérites de sa poli­tique visant à désenclaver l’arrière-pays. C’est un défi de taille, mais d’une importance capitale. Sans provincialisme ni régionalisme. Mais sur un autre plan, le chef de l’État a raté l’occasion de dévoiler à son peuple ses arbitrages essentiels pour le budget 2018-2019 en matière de politique sociale, éducative, sanitaire, agricole, sécuritaire et environnementale. Ce ne sont pas des économies substantielles qui sont attendues pour chacun de ces domaines aux dépens de la Présidence et du Parlement réputés budgétivores. L’enjeu véritable? Contenir l’augmentation des dépenses publiques (superflues), et donc le déficit public, sans taxer malencontreusement l’extrême pauvreté : ce qui constituera un manque à gagner ponctuel pour l’État qui a tant besoin de se refaire une santé économique afin de préserver la stabilité.Il est admis que le chaos peut-être le résultat d’une stratégie. À qui profitera l’avenir d’un pays où s’est installé le goût du désastre, la prolifération des petits gangs de jeunes chômeurs, de gens en cols blancs, d’activistes politiques ?Nous avons connu tant de désastres. Il est étonnant qu’ils ne nous permettent pas de nous reconstruire en tant que peuple capable de renforcer les liens qui peuvent unir les citoyens.Le Gouvernement peut capoter et ceux qui ont toujours fait semblant d’aider à la reconstruction du pays continueront à ne pas croire à l’utilité d’un gouvernement. Les États pensés par des clans, des ONG, des « baz », des marchands-fraudeurs sont généralement faibles.En passant et sérieusement, aujourd’hui, il est encore temps de préparer la population aux fortes pluies qui peuvent être provoquées par le passage de Béryl.Le pays pourra ne pas survivre à deux désastres en l’espace de quelques jours.Jean-Euphèle Milcé   Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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