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Éditorial

Les vides

Les vides

Certains noms de partis politiques –de groupements ou de clans politiques- témoignent d’un vide abyssal de la pensée. On oublie souvent que le verbe a ses incidences sur la matière, donc sur la réalité. Le verbe se conçoit puis se réalise dans le présent. Prétendre que cet ancrage dans ces chimères a quelque chose de culturel, c’est croire que tous les enfants du Bon Dieu sur notre terre seraient des débiles mentaux. C’est vrai que le slogan simpliste, ces dénominations en fin de compte aberrantes, visent à courtiser la bête, la médiocrité qu’un État corrompu par la mentalité affranchie n’a jamais voulu exorciser par l’instruction, l’éducation comme tous les États l’ont eu à le faire, même nos voisins de l’Est.On entend chez nous des discours qui, tenus sous d’autres cieux, seraient perçus, avec raison, comme des harangues nationalistes d’extrême droite, des propositions racistes, théocratiques ou autres. Comme si chez nous tout serait permis dans ce vide de la pensée, ce désespoir, cette paresse, cette démission programmée presque existentielle.La gêne est toujours présente dès qu’il s’agit de la République dominicaine même dans les médias. Certains citoyens disent ne jamais vouloir mettre les pieds en pays voisin. Pendant ce temps, hypocrisie, on fait des affaires de l’autre côté de la frontière où l’on va se la couler douce. On sait les relations difficiles entre nos deux pays. La mémoire des massacres sous Trujillo. La question migratoire. Le racisme d’une partie de l’élite dominicaine, mais racisme qui n’est pas pire que celle d’une partie de la nôtre. On fait exprès d’oublier que deux pays frontaliers se doivent d’être toujours en compétition, car celui qui est le plus fort économiquement et militairement domine forcément l’autre. Le mouvement migratoire va nécessairement du moins développé au plus développé.La morale, les larmes ne changeront rien à cela jusqu’à la fin des temps. La seule politique possible est de se battre pour se mettre à niveau, ici, chez nous. Refaire notre économie, créer des emplois, revoir notre système éducatif et miser sur le seul secteur où nous sommes compétitifs : La Culture.Mais, c’est ici qu’il semble que nous n’avons ni la volonté ni le désir, de faire l’effort de la mise en commun de nos intelligences pour que nous ayons enfin un pays. En nous cantonnant dans nos émotions, dans l’imaginaire, en nous gargarisant de mythes, nous nourrissons nos paresses. Ce n’est pas pour rien si nous voulons être premiers par procuration. Dès que quelqu’un d’origine haïtienne brille à l’étranger, il a doit à tous les hommages avec même en prime des discours nationalistes délirants alors que rien n’a été fait ici pour permettre de telles réussites. On peut constater avec quel mépris nos gouvernements depuis quelque temps traitent le ministère qui aurait dû être le plus prestigieux, celui de la Culture. Mais il y a des choix qui ne font que refléter le niveau de nos dirigeants.Port-au-Prince n’est pas en odeur de sainteté. Notre capital est plus que mal placé sur le baromètre de la salubrité. Le maire de la ville a du pain sur la planche. Mais les citoyens ont-ils conscience que c’est à chacun de nous de s’investir dans cette lutte pour la salubrité ? Petite scène dans une rue de la ville. Deux jeunes policiers obligent un quidam à ramasser des pelures de mangue qu’il vient de jeter sur le trottoir. Les gestes qui polluent, salissent, sont coutumiers chez nous et démontrent un vrai mépris pour notre environnement immédiat. Par la fenêtre d’un véhicule, on se débarrasse, sans aucune gêne, d’une bouteille en plastique ou de la canne à sucre mâchée. Il serait vraiment temps que la PNH sévisse contre ces comportements anti-citoyens. Par exemple, ces conducteurs qui empoisonnent les gens avec la fumée de leur moteur en mauvais état.Comme ont écrit ces jeunes qui ont visionné Haïti en 2042, c’est maintenant, ici, avec les gestes les plus anodins, qu’on peut éviter cet avenir cauchemardesque que nos monstres nous concoctent.Avant d’être le miroir, une sorte de valeur ajoutée à la liberté d’opinion et d’association, elle est porteuse d’un projet collectif et professe une philoso­phie du vivre-ensemble. En dehors de tout calcul politicien. Peut-être les « États généraux sectoriels de la nation » permettront-ils de remettre le train de la société civile en marche dans la mesure où celle-ci se remet en ques­tion et montre qu’elle est manifestement fascinée par l’avenir.Une bonne nouvelle, si les engagements sont tenus. Selon une source proche du journal, il existe par ailleurs, tout un pan de la coopération internationale avec plus d’une trentaine d’universités francophones, qui attend un climat plus apaisé pour travailler pleinement avec l’UEH.Il faut donc continuer les efforts pour une plus grande normalisation de la vie universitaire, pour le fonctionnement rationnel d’un enseignement supérieur qui, tout en renforçant sa fonction critique, se pose plus que jamais en garant d’un futur encore possible.Aujourd’hui que l’espoir ne fait malheureusement plus vivre, il devient vital que se produise le réveil citoyen pour la renaissance de nos villes. Nos municipalités doivent trouver des solutions novatrices comme : travailler en étroite collaboration avec les comités de quartier pour des campagnes permanentes de propreté. On pourrait aussi demander à chaque grand ministère de contribuer à l’assainissement de sa rue.Au centre-ville ces jours-ci, les immeubles en construction de la nouvelle Cité administrative ont pour clôtures des piles d’immondices. Où sont passés les équipements lourds de la Caravane ?On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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