Port-au-Prince la souffrante
Écouter l'article
Dans un récent éditorial, nous avons parlé du spectacle de décrépitude offert déjà dans un rayon de cinq cents mètres à partir du bureau de chef de l’État. Nous n’avons pas parlé de tout ce petit commerce de nourriture, machann fig, machann ze, qui permet au citoyen pauvre de se tirer d’affaire momentanément, des réparateurs de pneus sur la chaussée, etc. On peut nous reprocher de ne pas avoir signalé les nouveaux bâtiments en construction dans l’aire du Champs-de-Mars. Mais ce qui se passe au-dehors peut préfigurer la mauvaise gestion qu’on fera de ces espaces physiques modernes, mais qui seront utilisés par des gens qui n’ont que faire de la modernité.
Dans un récent éditorial, nous avons parlé du spectacle de décrépitude offert déjà dans un rayon de cinq cents mètres à partir du bureau de chef de l’État. Nous n’avons pas parlé de tout ce petit commerce de nourriture, machann fig, machann ze, qui permet au citoyen pauvre de se tirer d’affaire momentanément, des réparateurs de pneus sur la chaussée, etc. On peut nous reprocher de ne pas avoir signalé les nouveaux bâtiments en construction dans l’aire du Champs-de-Mars. Mais ce qui se passe au-dehors peut préfigurer la mauvaise gestion qu’on fera de ces espaces physiques modernes, mais qui seront utilisés par des gens qui n’ont que faire de la modernité. On peut penser à ce qui arrive au campus de Limonade par exemple où on n’a jamais été capable de penser une administration à la hauteur de ce cadre attrayant.Partant du Champs-de-Mars, une promenade dans la capitale offre au regard la dégradation des gens et des lieux. Fatras, poussières, fumée. Surtout la fumée et la poussière. Trottoirs embouteillés. Rues parfois impraticables. Bruits partout. Les stigmates du tremblement de terre sont encore là surtout au bas de la ville, là où une nuée de mécaniciens établissent leur garage souvent presque dans la rue. Autoparts, banques de boulette, petits commerces fleurissent partout. On peut trouver ce qu’on veut dans ces espaces où les pickpockets se donnent à coeur joie. Le Boulevard qu’on connaissait avec ses magasins, ses hôtels, ses restaurants n’est qu’un lointain souvenir. Les grands marchés fonctionnent encore, mais doivent faire face à un tas de problèmes comme ces incendies qui se déclarent souvent sans qu’on sache vraiment quelles en sont les causes.Dès quatre heures, Port-au-Prince se vide. Fonctionnaires, employés des commerces privés, regagnent leur demeure à la périphérie. C’est l’heure des embouteillages vers les banlieues sud, nord et est. On comprend alors que la ville vit malgré tout durant le jour sinon d’où viendraient tous ces véhicules, tous ces gens. La nuit, Port-au-Prince plonge dans une torpeur ponctuée de la musique de ces quelques restaurants dansants fréquentés par une faune de noctambules qui ne négocient pas les plaisirs terrestres. Vers le bas de la ville, la nuit, il y a une frontière, semble-t-il, à ne pas dépasser. On ne franchit pas la Rue Pavé vers le nord. Insécurité totale ! Après, jusqu’au Portail Léogane, une certaine vie nocturne tente de reprendre. Les mécaniciens de rues vont flamber le peu qu’ils ont gagné dans des boites interlopes où des filles décrépies de la république voisine viennent vendre ce qui leur reste de charme. Se promener dans Port-au-Prince à ces heures avancées de la nuit vous donne une impression de fin du monde. Une fin du monde à venir ou déjà installée comme une préfiguration de ce que sera notre chute finale vers le chaos. Entre monticules d’ordures et égouts à ciel ouvert, des citoyens rêvent encore d’une visite au Paradis. Parfois un pasteur, un fou, lance des imprécations inspirées de la Bible. On parle de Jésus qui revient bientôt. Des jeunes discutent de la dernière incursion des gangs venus des ghettos. Des policiers ont forcé des gens venus chercher refuge dans le sous-commissariat à déguerpir les lieux alors qu’il y avait des tirs d’armes dans la rue.Même quand le bateau coule, il faut vivre jusqu’à l’ultime moment.Depuis le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 et même bien avant, Port-au-Prince dessine l’époque inédite du monde post-urbain. C’est la ville dé-ville (Rodney Saint-Éloi) qui présente dans ce contexte les travers du discours et des pratiques relatifs à la ville traditionnellement liée à la notion d’urbanité. Un premier discours classique renvoie à un savoir global, celui de l’urbanité dont parlait Albert Mangonès, alors qu’un second évoque des fictions, une poétique, un imaginaire, une posture nostalgique sinon futuriste.À Port-au-Prince, de jour comme de nuit, on sent la ville. Non pas telle qu’elle devrait être dans sa splendeur, mais dans sa décadence et ses blessures. Il faudrait psychanalyser ceux qui s’adonnent à la vie nocturne. On entend les armes chanter selon leur calibre les rythmes divers même aux alentours des centres hospitaliers. Comme dans un concert militaire. Il y a là une opposition insurmontable entre celui qui investit la ville et se complait dans les déambulations subjectives et celui qui perçoit la ville comme un immense projet qu’il élabore en son for intérieur en mettant « les pieds dans le plat ». Question de se moquer des seigneurs de la guerre. D’aucuns s’aventurent à corps perdu dans la ville, d’autres l’imaginent, l’inventent ou la formatent. Envers et contre tout. Et dire qu’il faut résoudre en toute urgence cette équation à multiples inconnus que constitue la machine infernale de l’insécurité.Aucun secteur politique ou social ne peut seul venir à bout de ces années de gabegie et de gestion du chaos. Il faut donc construire les passerelles qui permettront de refonder une société en lambeaux. Le dialogue national s’impose à tous comme une nécessité historique. Cependant elle ne doit pas être un exercice formel vide de toute substance civique et patriotique.Il est à déplorer les vices de forme dans le montage du projet qui semble à l’origine des retraits de certains commissaires. Nous avons le don de pervertir les meilleures initiatives et de gaspiller les momentums les plus précieux. Le retentissant échec du projet de Contrat social, en 2004, est un exemple saisissant d’un pacte social sacrifié sur l’autel des individualismes forcenés. Aujourd’hui, les États généraux sectoriels menacent de s’enfoncer dans les marécages de l’intolérance et du doute.Haïti a grand besoin pourtant d’une thérapie nationale, une mise en perspective de nos problèmes structurels et des résolutions énergiques pour sortir du marasme de l’humanitaire. Il faut donner toutes ses chances à un vrai dialogue national.Manifestation perpétuelle près de la Faculté d’Ethnologie. Des policiers impassibles n’interviennent pas, mais surveillent. Le pays sombre déjà dans ce rayon de cinq cents mètres. On n’a pas besoin d’aller plus loin pour comprendre, car l’espace physique reflète bien l’état mental des hommes.On remorque des voitures qui stationnent dans certains endroits de cette zone. La facture est salée. L’État bandit, kleptomane, au travail. Le moteur de la corruption est dans cet espace, dans ce centre.On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.