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Éditorial

SOS insécurité !

SOS insécurité !

L’histoire vraie ou montée de toutes pièces de groupes lourdement ar­més basés au coeur des zones sensibles dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince marque de façon ostentatoire les limites sans cesse dé­passées de l’insécurité. Les images déroutantes circulant sur les réseaux sociaux sont légion. On s’en effraie. En effet, les événements recensés au quotidien notamment dans les quartiers populaires, les banlieues, les boites de nuit alarment à juste titre les citoyens.

L’histoire vraie ou montée de toutes pièces de groupes lourdement ar­més basés au coeur des zones sensibles dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince marque de façon ostentatoire les limites sans cesse dé­passées de l’insécurité. Les images déroutantes circulant sur les réseaux sociaux sont légion. On s’en effraie. En effet, les événements recensés au quotidien notamment dans les quartiers populaires, les banlieues, les boites de nuit alarment à juste titre les citoyens. Mais c’est loin d’être insurmontable.L’insécurité ou le sentiment d’insécurité peuvent être considérés com­me des risques au même titre que les risques sismiques et la peur des dommages collatéraux lors des opérations de la Police nationale d’Haïti (PNH). Elle combine le danger réel ou imaginaire et la dimension de sa gravité. Des acteurs politiques n’hésitent pas à jouer sur les ap­préhensions collectives, voire à les susciter ou à les alimenter dans le but de s’assurer un certain pouvoir sur les populations sensibles à ce phénomène. Chômage, sous-emploi, absence de politique de jeunesse et de loisirs, de logements décents, mais aussi délinquance, instabili­té politique, corruption, concussion, impunité, arbitraire juridique et particularisme peuvent être perçus comme les principales causes de l’insécurité. On s’intéresse peut-être plus ici à l’accessoire qu’à l’essentiel.Les quartiers sensibles, les zones en dysfonctionnement socio-économique, les lieux de concentration de populations (ghettos) et de convergence des modes d’habitat (bidonvilles) sont propices à l’insécurité, de l’avis de sociologues qui mettent l’emphase sur la présence de la misère, le trafic illicite des stupéfiants, etc. Des études scientifiques montrent que c’est la faillite de l’État dans sa mission répressive, la dé­térioration des conditions de vie des populations qui génèrent le senti­ment d’insécurité, mais ce ne sont pas des traits dominants bien qu’ils soient souvent instrumentalisés par les politiques qui s’appliquent à masquer leurs liens directs avec les problèmes sociaux et leur spatiali­sation: précarité, discrimination, manipulation, exclusion.Rien ne serait pire que de jeter l’anathème ou de s’isoler dans une stricte observance ou une simple dénonciation de la montée de l’insécurité en milieu urbain ou para-urbain. Il faut savoir sortir de l’affrontement des alibis et tenter de saisir la nature des revendications légitimes de la population en se mettant à l’écoute de la demande sociale souvent con­frontée aux rythmes urbains de la ville à la non-ville sur tous les points.Depuis le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 et même bien avant, Port-au-Prince dessine l’époque inédite du monde post-urbain. C’est la ville dé-ville (Rodney Saint-Éloi) qui présente dans ce contexte les trav­ers du discours et des pratiques relatifs à la ville traditionnellement liée à la notion d’urbanité. Un premier discours classique renvoie à un savoir global, celui de l’urbanité dont parlait Albert Mangonès, alors qu’un sec­ond évoque des fictions, une poétique, un imaginaire, une posture nos­talgique sinon futuriste.À Port-au-Prince, de jour comme de nuit, on sent la ville. Non pas telle qu’elle devrait être dans sa splendeur, mais dans sa décadence et ses blessures. Il faudrait psychanalyser ceux qui s’adonnent à la vie noc­turne. On entend les armes chanter selon leur calibre les rythmes divers même aux alentours des centres hospitaliers. Comme dans un concert militaire. Il y a là une opposition insurmontable entre celui qui investit la ville et se complait dans les déambulations subjectives et celui qui perçoit la ville comme un immense projet qu’il élabore en son for inté­rieur en mettant « les pieds dans le plat ». Question de se moquer des seigneurs de la guerre. D’aucuns s’aventurent à corps perdu dans la ville, d’autres l’imaginent, l’inventent ou la formatent. Envers et contre tout. Et dire qu’il faut résoudre en toute urgence cette équation à multiples inconnus que constitue la machine infernale de l’insécurité.Aucun secteur politique ou social ne peut seul venir à bout de ces années de gabegie et de gestion du chaos. Il faut donc construire les passerelles qui permettront de refonder une société en lambeaux. Le dialogue national s’impose à tous comme une nécessité historique. Cependant elle ne doit pas être un exercice formel vide de toute substance civique et patriotique.Il est à déplorer les vices de forme dans le montage du projet qui semble à l’origine des retraits de certains commissaires. Nous avons le don de pervertir les meilleures initiatives et de gaspiller les momentums les plus précieux. Le retentissant échec du projet de Contrat social, en 2004, est un exemple saisissant d’un pacte social sacrifié sur l’autel des individu­alismes forcenés. Aujourd’hui, les États généraux sectoriels menacent de s’enfoncer dans les marécages de l’intolérance et du doute.Haïti a grand besoin pourtant d’une thérapie nationale, une mise en per­spective de nos problèmes structurels et des résolutions énergiques pour sortir du marasme de l’humanitaire. Il faut donner toutes ses chances à un vrai dialogue national.Manifestation perpétuelle près de la Faculté d’Ethnologie. Des policiers impassibles n’interviennent pas, mais surveillent. Le pays sombre déjà dans ce rayon de cinq cents mètres. On n’a pas besoin d’aller plus loin pour comprendre, car l’espace physique reflète bien l’état mental des hommes.On remorque des voitures qui stationnent dans certains endroits de cette zone. La facture est salée. L’État bandit, kleptomane, au travail. Le moteur de la corruption est dans cet espace, dans ce centre.On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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