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Éditorial

Coupe zéro !

Coupe zéro !

Les lycéens sont à nouveau dans les rues. Les mêmes réclamations reviennent. Réclamations on ne peut plus justes. Ils veulent des professeurs. Quitter chez soi, parcourir parfois des kilomètres pour se retrouver à se tourner les pouces dans une salle de classe n’est pas chose acceptable. Surtout que l’école reste encore, malgré toutes les entreprises de nos experts en chaos, la porte ouverte sur le rêve. De l’autre côté aussi, les professeurs ne peuvent que réclamer.

Les lycéens sont à nouveau dans les rues. Les mêmes réclamations reviennent. Réclamations on ne peut plus justes. Ils veulent des professeurs. Quitter chez soi, parcourir parfois des kilomètres pour se retrouver à se tourner les pouces dans une salle de classe n’est pas chose acceptable. Surtout que l’école reste encore, malgré toutes les entreprises de nos experts en chaos, la porte ouverte sur le rêve. De l’autre côté aussi, les professeurs ne peuvent que réclamer. Encore réclamer, car beaucoup de promesses qu’on leur a faites sont restées lettres mortes. On peut reprocher ce qu’on veut aux professeurs, on aura encore plus à reprocher à cet État qui, décidément, à d’autres priorités que celles de concéder au secteur éducatif l’importance qui lui est due.Si les lycées sont en ébullition, nos écoles nationales et communales devraient l’être aussi. Visiter une école nationale comme celle de Cavaillon est le meilleur moyen de se rendre compte de l’énormité de la déficience de notre gouvernance pour ne pas parler de corruption tout court. Nos enfants manquent de tout et sont reçus, travaillent dans des conditions honteuses. Les professeurs qui continuent malgré tout à les encadrer, quel que soit le niveau de ces enseignants, sont des héros. Professeur et élèves manquent de tout. Alors que, chez eux, déjà, ils manquent de tout. Parfois se rendre seulement dans un lycée, dans une école nationale, relève du parcours du combattant.Le scandale d’une telle situation rebondit constamment sur l’attitude de ces fonctionnaires frileux, de ces experts qui se font avocats de la bête quand on ose parler de manque de moyens pour justifier cet état de choses. Les fondements mêmes de la nation sont sapés, noyés, dans ce hold-up effectué par nos gouvernements successifs sur les ressources du pays siphonnées autre part, là où elles ne vont servir qu’à des intérêts particuliers en fin de compte hostiles à la cause nationale. Si les professeurs, nos élèves dans les secteurs vulnérables sont ainsi négligés, la plus haute importance est accordée à d’autres endroits, lieux de prébendes et de privilèges. Des millions sont décaissés allégrement pour des parlementaires alors que ces mêmes millions rationnellement dépensées pourraient servir à des écoles nationales dans un état pitoyable. Une lutte effective contre la corruption et les dépenses non utiles consenties dans toute l’administration publique pourrait permettre de payer les professeurs. On pourrait ratisser large partout. Les quotas d’essence. Pourquoi un haut fonctionnaire en a besoin alors que tous les autres sont obligés de casquer à la pompe ? Les voyages, le plus souvent, inutiles à l’étranger, moyen toujours pour s’alourdir la bourse ! Les locations et achats de véhicules qui rapidement vont se déprécier, car le parc automobile de l’état vu la mentalité déplorable de ceux qui utilisent ce materiel, regorge de machines sacrifiées! Tous ces colloques, etc. organisés dans des lieux privés souvent pour permettre à des petits amis de se faire des sous ! Ces prêts faramineux octroyés à des particuliers bien placés comme si Dieu leur avait signé une rallonge de vie de l’époque biblique ! La contrebande qui est aussi un signe du pouvoir des anges de notre pays ! L’aide étrangère qu’on détourne comme des loups affamés ! Si on coupait le robinet partout où il ne s’agit que de permettre à des particuliers de s’enrichir, on trouverait certainement de quoi ramener à la normale ce pays qui porte bien haut le flambeau de la non-gouvernance et de la corruption. Corruption qui continue à donner une belle coupe zéro à notre cher pays !En effet, jusqu’en 2013, Haïti ne pouvait s’empêcher de se montrer incapable de mettre à jour les documents relatifs aux règles d’origine et aux normes en vigueur dans la communauté. Elle n’a pas non plus adopté les mesures légales visant l’alignement systématique du tarif national aux Tarifs extérieurs communs (TEC) appliqués dans la région. Les questions liées, par exemple, aux dispositions à prendre par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique pour finaliser la participation du pays aux travaux de la Cour de justice des Caraïbes, à la signature et la ratification de l’accord établissant cette Cour, à l’approfondissement des travaux initiés avec l’Organisation régionale des normes et qualités (CROSQ), à la mise en place à l’aéroport d’une ligne réservée aux ressortissants des pays membres de la CARICOM ont été posées. En quoi ces questions ont-elles été répondues par l’État haïtien et le secteur privé qui a d’ailleurs tant besoin de réinvestir activement et durablement ce champ d’action?C’était assurément pour leur permettre de saisir aujourd’hui la balle au bond que la 29e session de la conférence intersessionnelle de la Caricom s’est tenue à Port-au-Prince. Au cours de ces deux journées d’échanges fructueux et sereins, les débats ont porté sur la gestion des risques et désastres, les changements climatiques, l’augmentation des primes d’assurances et le Single Market & Economy (CSME). Cerise sur le gâteau : la libre circulation au niveau de la Caraïbe.Si les barrières linguistiques sont désormais abolies grâce à un système de traduction automatique personnalisée qui sera mis en place lors des assises, la question de la libre circulation des gens et des biens demeure le symbole des frontières établies au niveau de la Caricom. Même s’il est entendu que les personnes détentrices de visa américain, canadien ou Schengen peuvent voyager librement à compter du 30 mars 2018. ce qui donne l’illusion qu’un certain pont a été jeté pour supprimer les frontières entre les hommes.La journaliste du Nouvel Obs Martine Girard a fait le tour de ce que notre pays offre à ses visiteurs en termes d’avantages comparatifs par rapport à d’autres pays de la région. Elle a également fait parler Jean François Rial, PDG de Voyageurs du Monde qui a mis Haïti sur sa liste de destinations touristiques : « D’une poésie permanente, Haïti fait partie des destinations émergentes, passionnantes avec la Colombie ou l’Albanie » affirme M. Rial. L’article a cité, parmi d’autres, comme attraction touristique incontournable pour tous ceux qui nous visitent…le marché en fer, haut lieu de l’artisanat au centre-ville. Vraisemblablement, au moment de mettre sous presse, l’auteure ignorait selon toute évidence le sort tragique que venait de subir cet édifice historique récemment rénové. Conséquence désastreuse de nos insoutenables légèretés.Tout ceci pour revenir à une question qui nous tient à coeur dans ce journal : l’aménagement du territoire de manière à en faire un espace résilient, et un pôle multiple de développement. Souvent décrit à longueur de projets, et repris dans moult discours officiels, cet aménagement stratégique tarde à se concrétiser. Une telle politique n’est pas possible sans une décentralisation et une autonomie progressive des communes.La détresse urbaine et la déforestation sont des facteurs qui se conjuguent pour nous embourber dans le mal développement. Nous avons hâte de voir ces questions obtenir le bénéfice de l’urgence de la part des pouvoirs publics, de la société civile et des partis politiques. Alors seulement nous cesserons comme dit le poète, « d’aller à la mort par habitude ».Il existe des solutions : il suffit de trouver ceux qui, armés de volonté politique, veulent bien les porter et les faire aboutir.Nous ne demandons qu’à croire, qu’à donner raison à notre diaspora. Mais, d’où qu'elles viennent toutes les déceptions se valent.

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