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Éditorial

Nos dangereuses anormalités

Nos dangereuses anormalités

Vivre sans se rendre compte des anormalités jusqu’à ce qu’elles deviennent de nouvelles normes est un glissement lent, mais certain vers le chaos, vers des folies qui peuvent être meurtrières. Certes, encore une fois, on trouvera des avocats du diable, des acrobates de la rhétorique qui tenteront de tout expliquer, de tout justifier avec des arguments fallacieux, mais tout simplement parce qu’ils jouissent de l’assassinat des normes.On peut se rendre dans une pharmacie pour acheter un inhalateur pour un asthmatique en crise, de quoi le soulager ou même sauver sa vie et s’entendre dire qu’il n’y en pas sur le ton le plus badin.

Vivre sans se rendre compte des anormalités jusqu’à ce qu’elles deviennent de nouvelles normes est un glissement lent, mais certain vers le chaos, vers des folies qui peuvent être meurtrières. Certes, encore une fois, on trouvera des avocats du diable, des acrobates de la rhétorique qui tenteront de tout expliquer, de tout justifier avec des arguments fallacieux, mais tout simplement parce qu’ils jouissent de l’assassinat des normes.On peut se rendre dans une pharmacie pour acheter un inhalateur pour un asthmatique en crise, de quoi le soulager ou même sauver sa vie et s’entendre dire qu’il n’y en pas sur le ton le plus badin. Tout ce qui est basique peut manquer dans ces boutiques qui se font passer pour des pharmacies. Avec la moindre gouvernance, aucune desdites pharmacies ne pourrait se permettre de manquer certains produits d’urgence et même stratégiques pour la nation, comme les contraceptifs et les médicaments contre l’hypertension dans un pays où le pourcentage de citoyens qui souffrent de cette maladie est trop élevé.Un représentant d’une marque automobile ou de n’importe quel engin mécanique peut ne pas disposer d’une simple pièce. On vous enverra promener comme si de rien n’était alors que la logique serait de dire au client que la pièce en question serait disponible dans un temps x. Avec l’internet, les services de livraison rapide plus la proximité des marchés, c’est la moindre des choses. Mais le service après-vente, chez nous, témoigne souvent de la mentalité de flibustier de nos hommes d’affaires, de leur mépris pour leur propre clientèle. L’État ne tombe pas du ciel !Une anomalie délirante est d’entendre le prêche d’un pasteur dans une grande assemblée dite évangélique, prêche retransmis à la télévision. Pendant plus deux heures, le discours tourne autour d’un seul sujet. La peur ! La peur de l’autre. La peur du voisin. La peur d’un ami. L’autre vous veut du mal. Absolument du mal. L’autre est méchant, pervers. L’autre veut vous nuire. Il est animé toujours d’une jalousie meurtrière. La seule manière de se protéger contre l’autre est de se convertir à Jésus. À entendre le pasteur, chaque citoyen devrait vivre entouré de barbelés, car la Bible a bien dit aide-toi et le ciel t’aidera. Des prêches qui ne peuvent que développer la paranoïa. Une véritable entreprise de déstabilisation sociale. Car comment des gens qui entendent de tels propos pourront-ils faire confiance à l’autre pour des entreprises où la solidarité, l’entraide, la camaraderie sont nécessaires ? Où est la fraternité dans tout cela ? Pas une pensée d’amour. Rien que la haine qui va se manifester encore plus quand on s’en prend à une partie de la population : les vodouisants. Ces derniers sont traités de malfaiteurs. On frise l’appel à la guerre sainte au nom de Jésus. Pendant ce temps, on fait passer des enveloppes pour que les fidèles y mettent une somme d’argent dont le minimum est parfois fixé à l’avance.Une anormalité qui fait aussi peur est d’entendre certains jeunes opiner sur l’actualité récente. Les propos indécents d’un ancien président, le scandale PetroCaribe, les sommes dépensées pour le carnaval, les frasques des hommes politiques en particulier les parlementaires, etc. sont traités sur un mode badin, presque anecdotique. On rêve tous de venir s’asseoir sur la branche pourrie. Quand les normes fondent au soleil de la précarité et de l’ignorance, tout devient possible.Nos politiques doivent avoir à l’esprit que nous avons par l’une des diasporas les plus dynamiques au monde. Elle constitue un riche filon financier et académique que nous avons encore beaucoup de mal à exploiter. Prenons par exemple le tourisme, lors du dernier carnaval ce sont les Haïtiens venus de l’extérieur qui ont rempli nos hôtels tant à la capitale que dans nous villes de province. Sans parler du milliard et plus de transferts annuels représentant à peu près 25% de notre Produit national brut.Il s’agit là de données stratégiques sur lesquels doivent plancher des équipes du ministère des Finances, de la Planification et des Affaires étrangères en vue de dégager des politiques susceptibles de permettre à ce pays de mieux profiter de cette force de travail et de tous ces cerveaux qui attendent même de loin de pouvoir contribuer à l’essor de leur pays d’origine.Avec les progrès de la technologie, une bonne connexion internet peut par exemple, permettre à d’éminents spécialistes haïtiens travaillant à l’étranger de donner des cours tous les soirs dans nos facultés et écoles supérieures.Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres. Tout cela suppose la mise au point d’instruments légaux correspondants et une reconnaissance constitutionnelle des droits de nos compatriotes à l’étranger, comme semble vouloir le faire à la Chambre des députés, la Commission Tardieu sur la réforme constitutionnelle.Il existe des solutions : il suffit de trouver ceux qui, armés de volonté politique, veulent bien les porter et les faire aboutir.Nous ne demandons qu’à croire, qu’à donner raison à notre diaspora. Mais, d’où qu'elles viennent toutes les déceptions se valent.

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