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Éditorial

Et si le soleil se lève en Floride

Et si le soleil se lève en Floride

Après le tremblement de terre de 2010, suivi des désastreuses évaluations des besoins pour la reconstruction, le concept « opportunités » a envahi notre quotidien d’Haïtiens. Ni l’absence d’une vision claire, ni la cacophonie des tables sectorielles, ni la posture « wonderfull world » des experts dépêchés au chevet d’Haïti ne nous ont pas empêchés de rêver. Dans l’inconfort humiliant d’un camp de tentes jusque dans les foyers tranquilles et épargnés des élites, tout le monde est allé de son petit espoir de bénéficier, ne serait-ce qu’indirectement des nouvelles opportunités. Comme si les cadavres de nos morts suffisaient à faire pousser les infrastructures de la reconstruction.L’erreur a été surtout de faire semblant d’oublier que les vrais défis économiques, sociaux et d’honnêtes gouvernances étaient antérieurs à la catastrophe. Puisqu’il s’agit d’histoire récente, la suite, pour le moins criminelle, on la connaît.

Le CIRH, toutes les Croix-Rouges du monde, les fonds PetroCaribe, les changements de régime, les ferventes prières et les mises en scène de la fièvre sociale n’ont pas aidé au démarrage souhaité de la reconstruction.On a compris qu’il est impossible de relancer l’économie d’un pays sous perfusion de l’aide humanitaire. Malheureusement, la panne de croissance actuelle était prévisible. Malgré les bons sentiments des candidats en campagne et malgré les mesures de redressement annoncées. On a compris également que la création d’emplois non spécialisés dans le secteur du textile et la politique de plus de taxes et de pressions fiscales sur les maigres revenus du citoyen pauvre ne peuvent en aucun cas relancer l’économie.Pour être clair, Haïti fait actuellement face à un manque évident de ressources pour financer son développement par le biais d’une politique économique assez forte pour le « décollage » tant espéré qui se traduirait par une croissance soutenue et la création d’emplois stables et dignes.Après les effets insignifiants de la grande réunion sur la reconstruction du 31 mars 2010 à New York, et si le soleil allait enfin se lever en Floride ?Le 27 janvier 2018, la diaspora haïtienne, traditionnellement cantonnée dans les opérations, non moins importantes, de transfert de fonds en Haïti, est sortie du bois par l’intermédiaire de Brothers Investment Group (BIG), un pool d’investisseurs de 200 millionnaires haïtiens de la diaspora. Au gala de présentation du BIG, des gros montants et d’immenses chantiers sont annoncés.Dans un show à la Steeve Jobs, dans le pur registre libéral, le BIG a dévoilé son projet de lever et de mobiliser des ressources financières de la diaspora pour « changer le destin d’Haïti en enclenchant la révolution économique », d’après Anson Jean-Pierre, le président du BIG.Le défilé des porteurs de projets et des chefs d’entreprises prêts à intervenir, à court terme, dans les secteurs de l’énergie, du logement et de l’agriculture, a été l’occasion de présenter les instruments financiers et savoirs innovants à la disposition du BIG. Si les détails n’ont pas été dévoilés, le groupe s’estime capable d’implanter sous peu en Haïti plusieurs entreprises viables et de créer un nombre important d’emplois.Entre patriotisme par le désir exprimé de restaurer la dignité haïtienne et la logique de faire des affaires en créant de nouvelles opportunités, le BIG veut indiquer à l’État son rôle de régulateur et fermer la porte du pays aux opérateurs de l’assistance humanitaire.En anglais, le mot révolution sonne doux. Le BIG a insisté sur le mot, mais aussi sur sa responsabilité d’offrir de nouvelles opportunités et de vraies perspectives économiques aux générations présentes et futures.Nous ne demandons qu’à croire, qu’à donner raison à notre diaspora. Mais, d’où qu'elles viennent toutes les déceptions se valent.

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