ÉDITO: Protection sociale : les enjeux en cause
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Les analyses sur la conjoncture d’après les émeutes des 6, 7 et 8 juillet ont recommandé que le nouveau gouvernement puisse lancer une vraie politique sociale. Le contexte se prêtait à de telles réflexions. Toutefois, les interventions sociales sont un domaine étranger aux décideurs. Non seulement il est difficile de se souvenir des dernières initiatives en faveur d’une redistribution des richesses générées dans l’économie nationale, mais la praxis de la politique haïtienne semble être sur le point de gagner à nouveau la bataille en faveur du maintien du statu quo.
Les analyses sur la conjoncture d’après les émeutes des 6, 7 et 8 juillet ont recommandé que le nouveau gouvernement puisse lancer une vraie politique sociale. Le contexte se prêtait à de telles réflexions. Toutefois, les interventions sociales sont un domaine étranger aux décideurs. Non seulement il est difficile de se souvenir des dernières initiatives en faveur d’une redistribution des richesses générées dans l’économie nationale, mais la praxis de la politique haïtienne semble être sur le point de gagner à nouveau la bataille en faveur du maintien du statu quo.
Plusieurs leviers sont disponibles pour que l’État puisse mettre en oeuvre des actions sociales. D’abord, il y a les interventions de la Caisse d’assistance sociale (CAS) et d’autres programmes conjoncturels exécutés par le FAES ou le ministère des Affaires sociales. Ensuite, à côté d’actions menées sur le terrain par des ONG, il faut noter, parmi les stratégies les plus courantes, les fameux projets à haute intensité de main d’oeuvre évoqués d’ailleurs par le nouveau Premier ministre. Mais à la vérité, dans son énoncé de politique générale, Jean Henri Céant n’a annoncé aucune innovation capable d’apaiser les appréhensions. Il ne faut s’attendre à rien de nouveau. Le cri du peuple que le président Jovenel a dit entendre est entré dans une oreille et sorti par l’autre.
Les projets exécutés par les différents gouvernements des vingt dernières années n’ont pas vraiment fait bouger les lignes. « Lapè nan tèt, lapè nan vant », « Programme d’assistance sociale (PAS) », « Ede Pèp » ou encore « Kore Etidyan » ne s’inscrivaient pas dans un cadre permanent de protection sociale. Les restaurants communautaires sont fermés faute de moyens et de budgets. Les seules traces qui en restent sont les photos de propagande. Que de temps et d’argent gaspillés !
Accorder sur une base continuelle et loin de toute visée politicienne des bons alimentaires, une couverture d’assurance-santé, des logements sociaux, l’accès à l’éducation aux citoyens représente un pôle qui mobilise dans certains pays – comme la France – jusqu’à plus de 40 % des dépenses publiques. Aux États-Unis, c’est sans tambour ni trompette que des citoyens reçoivent les « foods stamps ». Est-ce trop ambitieux de penser à un modèle qui correspond aux besoins et réalités spécifiques d’Haïti ? Sauf que le modèle convenable, laissant peu de place au paternalisme politique, ne tente pas les autorités sans bilan qui comptent faire bonne impression auprès de l’électorat tout en s’attachant à leurs nombreux privilèges. L’enjeu électoral influence toujours les schémas décisionnels.
Au regard des millions dépensés pour peu de résultats obtenus, il serait logique de penser à enfin institutionnaliser la protection sociale en Haïti où le concept de mal-développement trouve tout son sens. C’est-à-dire, un pays où le processus de croissance bénéficie seulement à une minorité d’individus et à des espaces réduits. Une politique soutenue éventuellement par une loi de financement de la protection sociale aurait le mérite de changer la configuration socioéconomique caractérisée par un large fossé entre la minorité qui possède presque toutes les richesses du pays et les classes paupérisées qui peinent à joindre les deux bouts.
Hélas ! La marche vers le développement d’Haïti ne cesse de se heurter aux coups de frein de la politicaillerie. Entretemps, les foyers de tensions sociales se multiplient et le risque d’explosion s’accroît.
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