La volonté de s’en sortir existe-t-elle vraiment ?
Écouter l'article
On est en droit d’en douter quand on constate comment ceux qui auraient dû exiger la normalisation à tout prix du pays s’adaptent au chaos et en profitent. Une autre économie se développe là sous les yeux certainement complices ou impuissants de nos dits dirigeants. On en a pour preuve la manière dont s’organise le transport par mer de Port-au-Prince vers le Sud. La fermeture de la Nationale 2 favorise de grands intérêts et on comprend qu’ils ne sont pas pressés d’abandonner cette manne.
Cette adaptation au chaos ne vient pas par hasard. Depuis longtemps, nos politiciens alliés à des groupes économiques ont acquis une bien étrange expertise : celle de transformer la misère en or. Une alchimie nauséabonde ! On a vu avec quelle célérité nos autorités ont sciemment gonflé les chiffres des victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010 pour attirer au plus vite l’aide internationale. On sait maintenant qui sont ceux ayant profité de cette aide.
Les actions policières se multiplient. On parle de contrat signé avec une compagnie de sécurité étrangère. Les drones explosent. Mais, jusqu’à présent, les résultats concrets se font attendre. La route du sud reste fermée. De nombreuses voies de communication sont toujours sous le contrôle des gangs. Des dizaines de milliers de personnes ne peuvent toujours pas regagner leurs domiciles. Les gangs peuvent impunément menacer un commentateur vedette comme avec la complicité de toute la pourriture étatique.
Dans une comédie boiteuse, le CPT rencontre le CEP. Cap dit-on vers le référendum et les élections. Il reste cinq mois avant l’échéance de février 2026. Dans des situations bien meilleures, il avait fallu plus que cela pour monter une machine électorale. Maintenant, nous avons les départements les plus importants du pays, viciés par les gangs.
Pire que tout est le délice du pouvoir. Le délice de la ripaille. Nos hauts fonctionnaires vivent dans une tour d’ivoire d’où ils ferment yeux et oreilles aux peines et souffrances de la population. Cette faune politique à une peur bleue d’élections qui pourraient permettre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe voulant implémenter une autre gouvernance dans l’intérêt de la communauté. Le chaos, la transition permanente sont pour eux des opportunités auxquelles il faut s’accrocher avec l’énergie du désespoir.
Tout porte à croire que le CPT n’est qu’une chronique annoncée d’un monumental échec. Ce ne sont pas certes les neuf meilleurs cerveaux haïtiens, mais on pouvait croire que neuf cerveaux, neuf volontés pouvaient donner des résultats. C’était sans compter avec notre pitoyable conception du pouvoir, nos instincts dus à cette peur incrustée chez nous de la précarité.
On ne peut avoir la volonté de sortir du chaos quand le chaos est profitable à la ripaille.
Gary Victor
1 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Henri D. Baptiste
Plus besoin d'aller plus loin, tu l'as dit déjà dans tes écrits, "nos hommes et femmes au pouvoir veulent prouver au monde leur incapacité congénitale à nous diriger, leur ridicule servilité et leur régression même à un stade animal qui ferait honte à certaines espèces animales." De plus en plus, on l'a vu, le docteur Francois Duvalier n'était pas le mal absolu. Le mal haitien est plus profond. Une certaine marie marguerite bouchereau clérié (devoir de mémoire) a du pain sur le planche. Avec les faux démocrates (secteur démocratique largement large, crédit à marvel dandin) de l'après 1986, le pays ne cesse de cheminer de chaos en chaos. Comme dans un rêve...