Traiter le mal comme il faut
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L’État haïtien devra, que ce soit de son plein gré ou non, se débarrasser de ses mauvaises habitudes et de ses mauvaises fréquentations pour résoudre le problème de l’insécurité, et ainsi permettre à notre pays de reprendre une vie normale.
La solution n’est pas seulement policière et militaire.
Le chômage, qui touche une grande majorité de la population active, est un mal profondément enraciné. Les jeunes, qui ont reçu une éducation mais qui ne trouvent pas d’emploi, errent à la recherche de possibilités qui n’existent pas. Dans un pays où l’économie informelle est dominante, le manque d’emplois décents nourrit la frustration, la colère, et pousse bon nombre de citoyens à l’exode ou à l’illégalité. Ce vide économique devient un terreau fertile pour le recrutement par les groupes armés.
Cette surpopulation dans les zones urbaines, conséquence directe de l’exode rural, accentue les tensions sociales. Les infrastructures, déjà vieillissantes, peinent à répondre aux besoins d’une population en pleine expansion. Celle-ci vit dans des bidonvilles sans avoir accès aux services de base, tels que l’eau, l’électricité et les soins de santé. Cette densité humaine sans encadrement adéquat engendre promiscuité, maladies, criminalité et désespoir.
La mauvaise gouvernance est donc au cœur du problème. La mauvaise gouvernance est aussi un problème humain. Culturel même. Nous sommes prisonniers de schémas qui ont leur racine dans le système colonial avec son cortège de mépris et de préjugés.
On parle de changement de constitution. Si la démarche est entachée d’illégalité et semble faire partie d’un plan concocté par la classe politique aux ordres d’une élite antinationale pour maintenir un système qui a montré ses tristes limites, on oublie surtout que le matériel humain dont nous disposons n’est pas en mesure de nous mener nulle part. Le débat dit constitutionnel est donc un faux débat pour ne pas s’attaquer aux vrais problèmes.
Depuis des décennies, notre pays souffre d’institutions faibles, d’une corruption systémique et d’un manque de vision politique. Les élites au pouvoir, souvent plus préoccupées par leur enrichissement personnel que par le bien-être collectif, ont échoué à bâtir un État de droit, stable et équitable. L’absence d’une justice efficace, d’une police bien équipée et d’une transparence institutionnelle a creusé un fossé dangereux entre l’État et le peuple.
Dans ce contexte chaotique, les gangs se sont érigés en nouvelles autorités locales. Pour de nombreux jeunes en quête d’identité ou de survie, ces groupes représentent une alternative au vide de l’État. L’insécurité est ainsi devenue le quotidien de millions d’Haïtiens, freinant encore plus toute perspective de développement ou de relance économique.
Il ne suffit plus de traiter les symptômes – il faut s’attaquer aux causes structurelles. Cela implique une réforme en profondeur de la gouvernance, des investissements massifs dans l’éducation et l’emploi, une politique d’urbanisation inclusive, et une lutte sans merci contre l’impunité.
Gary Victor
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